Et la couleur fût… dans la Sin City

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Ce quatrième tome, Le salaud en jaune, marque une rupture brutale. Non la bienveillance n’est toujours pas de mise dans Sin City, mais le dessin de Frank Miller connaît un bouleversement en technicolor.

Un dernier jour de m…

Le moment de basculement dans Sin City
Le moment de basculement dans Sin City

Chaque aventure de Sin City propose un nouveau récit complet et peut donc se lire indépendamment. Ce quatrième volume suit un inspecteur de police, John Hartigan lors de son dernier jour avant la retraite. Cependant, il n’est pas serein : Nancy Callahan a été enlevée. Cette fillette de onze ans est la quatrième victime d’un sadique rôdant dans les quartiers pauvres de la ville. Comme Nancy ne vient pas du famille riche, la police se désintéresse vite de l’affaire, mais John va aller au bout de ses forces pour résoudre l’affaire.

Ce nouveau volume de Sin City est en effet le portrait d’un héros vieillissant. Son visage est marqué par sa carrière dans la police. Son corps est chancelant. Il est mis en retraite anticipée en raison d’une faiblesse cardiaque et, dans les premières pages, il fait une crise. Pourtant, son âme est pure. John est conduit par un sens inébranlable de la justice. Il oublie tout pour sauver une enfant et punir le criminel. Hartigan répète le nom de la victime et son âge comme un mantra pour libérer son esprit en oubliant son corps. Cependant l’inspecteur se fait piéger. Le héros est désormais vu par tout le monde comme le pire des criminels.

Le salaud en jaune poursuit la découverte de la sombre Sin City. la violence est omniprésente. Elle est présente non seulement dans les quartiers glauques, mais également dans les méthode de l’inspecteur Hartigan. La sexualité tarifée des tomes précédents laisse la place à la perversion d’un pédophile.

Ce tome montre qu’un fil surprenant relie ces premiers récits de Sin City : l’innocence. Si l’environnement est dur et vicié, l’innocence perdure : dans le premier tome ce sont les motivations du personnage central, ce sont les femmes des tome deux et trois et ici une enfant kidnappée. Hélas, son innocence n’est que temporaire.

Un nouveau départ

Sin City ou la violence de la couleur
Sin City ou la violence de la couleur

Ce quatrième tome de Sin City est toujours l’œuvre d’un seul homme, Frank Miller cumulant les poste de scénariste, de dessinateur et de coloriste. Il est en pleine maîtrise de son style visuel unique comme sur le visage grimaçant du héros alors qu’il a une attaque cardiaque. Des éléments reviennent. On découvre un nouveau membre de la famille Roark. L’enquête d’Hartigan le conduit au même bar minable du tome un semblant être le cœur de Sin City. On y retrouve les codes du polar : John Hartigan est certes un représentant de l’État, mais il est totalement épuisé par sa tâche. Il ne croit plus aux valeurs de la justice et de l’ordre, mais cette démotivation ne l’empêche pas de partir en croisade une dernière fois. L’élite est corrompue. Elle ne travaille pas pour le bien commun mais pour son profit et pour l’avenir de sa famille… quitte à ignorer la loi. Dès le début, on sait que le coupable est un fils d’un sénateur. Plus tard, par le discours du sénateur, Miller montrera à quel point il hait le pouvoir.

Cependant, les règles du départ de Sin City sont désormais bouleversées. L’humour apparaît par le duo de malfrats absurdes Klump et Schlubb qui, malgré leur insignifiance, parlent comme un dictionnaire. La couleur arrive. Jusqu’à présent, le dessin marquait le lecteur par l’inversion des codes. C’est le noir qui était la base et le blanc venait créer des formes. Ce tome ouvre ce principe de départ à de nouvelles expérimentations. Le titre est à prendre au sens littéral. Le salaud en jaune n’est pas un ouvrier ayant trahit le syndicat et encore moins une personne d’origine asiatique, mais un homme si malade que sa peau est devenue jaune. Il est également le symbole de la maladie qui ronge la ville de Sin City : la corruption des élites. Cette idée peut rappeler des souvenirs aux cinéphiles puis qu’elle est la trame du deuxième volet de l’adaptation filmique de Sin City.

Si le récit évolue dans Sin City, la forme reste identique. En effet, les éditions Huginn & Muninn poursuivent leur très talentueux travail de ressortie de chaque volume. On trouve à nouveau deux éditions : une édition souple disponible dès à présent et une version collector rigide et quelques bonus. Peu importe votre choix car la qualité est identique. La préface de Yann Graff et Jean-Marc Lainé est également un atout indéniable

Édité par Huginn & Muninn, la suite de Sin City se révèle à la hauteur des précédents tout en proposant de nouvelle pistes. Le polar urbain de Frank Miller offre aux chanceux lecteurs une aventure oppressante et sombre donnant une vision fataliste du monde. Un vieil homme donne tout pour sauver l’innocence. En même temps, les rebondissements sont plus nombreux. On est plus proche du thriller que du polar. Le dessinateur invite la couleur dans le noir et blanc prolongeant la révolution graphique.

Retrouvez sur le site les chroniques des premiers tomes de Sin City ainsi que du troisième.