Calamity Jane : le féminisme au galop

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Affiche Calamity Jane
Affiche web Calamity Jane

Légende ou vérité ?

Calamity Jane souffre d’un mal répandu pour les personnages de sa trempe : elle est soumise à une légende teintée d’images qui ne correspondent pas fidèlement à la réalité. Que ce soit des stéréotypes sur la vision de la femme qu’elle renvoie ou des caricatures de cow girl un peu garçon manqué sur les bords, nous avons tous cette vision de cette femme portant une carabine sur un cheval lancé au galop.

Charlotte Herbeau, l’auteur et la comédienne principale de ce spectacle, s’est intéressé de près à cette figure américaine, de son vrai nom Martha Jane Cannary. Certains pans de sa vie sont méconnus du grand public. Notamment le fait que Calamity Jane a été maman.

Mère indigne ou femme libre ?

L’histoire débute dans un saloon d’une petite ville légèrement sinistre, la bien nommée Deadwood. Calamity, la meilleure conteuse de l’Ouest, est heureuse. Wild Bill, son ancien amant, est mort. Elle annonce à la cantonade qu’elle va récupérer sa fille, Janey, laissée quelques années auparavant auprès d’une famille adoptive. Un homme dans l’assemblée, insultant et rabaissant Calamity, fera les frais de sa colère.

Cette première bagarre marque le point de départ d’une longue suite de combats : celui de Calamity pour récupérer sa fille, mais également celui qu’elle mène contre un système inégal, enfermant les femmes dans un rôle de mère au foyer ou de putain, la dichotomie classique !

C’est aussi le combat qu’elle mène contre elle-même, dans son ambivalence et ses contradictions : comment offrir un foyer stable à une enfant lorsque sa vie est marquée par l’aventure, certes palpitante, mais branlante et dangereuse ?

calamity jane
calamity jane

Une plongée dans l’ambiance du Far West

La scénographie fonctionne très bien : la compagnie Tic Tac a réalisé des décors en cartons, bluffant de réalisme. Les panneaux sur roulettes se déplacent et instaurent de multiples lieux : bars miteux, façade d’une petite maison de campagne aux volets blancs, intérieur d’un bordel, ponton d’un bateau. De belles images, fugaces, qui sont très bien inscrites dans la continuité de l’arc narratif. La bande sonore permet une expérience réellement immersive dans cet univers poussiéreux, désertique et hostile. La mise en scène est minutieusement pensée, pour dépeindre un tableau réaliste et subtil de l’histoire de Calamity Jane.

Une galerie aux multiples personnages

La parution entre les 3 comédiennes est bien respectée. Charlotte Herbeau campe une Calamity Jane touchante, avec une rudesse parfois maladroite qui caractérise celles et ceux qui ne savent pas parler de leurs émotions. Constance Chaperon et Julie Cléry interprètent tous les autres personnages : hommes, femmes, esprits du désert, perroquets aux plumes colorés et même célébrités comme Sarah Bernardt.

Une épopée émouvante

Qu’est ce que l’aventure, sinon la rencontre avec soi-même ? Ce n’est pas sa fille qu’elle retrouve, c’est son identité de mère, à sa façon à elle. Aimer son enfant, c’est l’aimer du plus profond de soi, même si cela implique de l’aimer de loin. Aimer, c’est renoncer parfois. Après une ultime révélation sur le drame qui a marqué Calamity et son entrée dans la maternité, les choses s’apaiseront enfin pour elle. Après la guerre, vient la paix. Calamity a payé très cher sa liberté, mais elle la conservera jusqu’à son dernier souffle et c’est ici que la fiction rejoint la réalité.

En conclusion : un très bel hommage que je vous conseille fortement de découvrir.

Autour du spectacle : le texte est proposé à la vente à la sortie du spectacle. Yves-Pol Denielou, le metteur en scène, joue également dans la pièce de théâtre : Danton, les derniers jours du Lion, au théâtre des corps saints, à 18h35. 


Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Yves-Pol Deniélou
  • Chorégraphie : Antonin Laetitia
  • Interprète(s) : Charlotte Herbeau, Chaperon Constance, Julie Cléry
  • Costumière : Virginie H
  • Création Lumière : Dan Imbert
  • Musique : Mathieu Rannou
  • Décors : Prod Tic Tac
  • Graphisme : Lavrut Franz

Dernier article de Laëtitia GRIMALDI : https://www.justfocus.fr/spectacles/japellemesfreres.html