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      La Ménagerie de Verre au Théâtre de La Colline

      Le Théâtre de La Colline accueille jusqu’au 28 avril La Ménagerie de Verre, œuvre de T. Williams mise en scène par Daniel Janneteau, qui a su lui donner une esthétique originale.

      « We are such stuff as dreams are made on, and our little life Is rounded with a sleep ».

      Daniel Jeanneteau a conçu sa Ménagerie de Verre comme un souvenir. Souvenir tissé dans l’étoffe des rêves, chère à Shakespeare. Le souvenir de Tom, fils ainé de la famille Wingfield qu’il a quitté pour se sauver de la chape de plomb de sa mère tyrannique.

      Tom nous apparait donc au début de la pièce sous la forme du narrateur, et tout au long du spectacle, il se démarquera de l’action principale pour venir nous la raconter avec ses propres mots. Or, comme dans tout souvenir, les faits sont modifiés, les détails tantôt altérés, tantôt exacerbés par le temps qui a coulé depuis ce passé oppressant devenu mémoire. Passé dont il parvient souvent à se départir, mais qui régulièrement vient le hanter et titiller sa culpabilité.

      On oscille donc entre le récit mental de Tom et l’histoire de cette famille déchirée par l’absence d’un père qui les a abandonnés. Les Wingfield tentent de survivre dans une vie pauvre et monotone, cohabitant dans leur petit appartement de Saint Louis. La mère Amanda n’a de cesse de se remémorer sa jeunesse flamboyante mais définitivement perdue, et elle harcèle ses enfants pour faire leur bonheur. Tom, lui, travaille dans une manufacture de chaussures qu’il déteste et rêve de devenir poète. Quant à Laura, frappée d’un handicap indéfinissable, elle vit recluse dans un monde qu’elle s’est créé, fait de bibelots en verre, aussi fragiles et transparents qu’elle. Puis survient un « galant », Jim, invité pour une soirée. Il fait l’espoir d’Amanda qui rêve de marier sa fille à un riche mâle. Mais l’espoir de libération de cette vie morne pour un destin fait d’amour et de richesse, s’estompe très vite. Mais l’illusion se dissipe et le poids de cette joie inaccomplie fait basculer les trois vies dans un désespoir irrémédiable.

      Dans ce monde de souvenirs biaisés, les quatre personnages semblent la plupart du temps traverser la scène comme des fantômes. Le jeu décalé, le travail des corps et des voix des comédiens, et particulièrement des deux comédiennes, accentuent ce côté onirique.

      La scénographie, faite de voiles et de verre vient envelopper l’histoire dans un monde cotonneux flottant et flou. Au centre de la scène, un cube dont les parois sont des voiles et le sol est duveteux enferme les protagonistes dans une cage vaporeuse, où la tension fait vibrer chaque molécule d’air. L’impression de flottement se heurte à cette tension concrète pour créer une dichotomie radicale.

      L’œuvre de Tennessee Williams prend ici toute son universalité en nous montrant des personnages perdus entre l’absence, les désirs, les déceptions et la permanence en chacun de nous de ce qui a disparu. Daniel Janneteau et son équipe font résonner le texte de la Ménagerie de Verre de façon subtile et puissante, dans une atmosphère esthétique et distanciée.

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