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      Critique : « On est toujours le vieux d’un autre », un spectacle délicieusement amusant

      Joséphine, octogénaire raciste délicieusement horripilante, gagne un voyage pour ce qu’elle pensait être son destin. Mais son rêve se transforme en cauchemar : elle se retrouve en Egypte et non pas place de la Concorde à Paris…
      Pour la première fois de sa vie, elle se trouve réellement confrontée aux autres. Ses préjugés envers les étrangers et les jeunes n’ont d’égal que ceux dont elle est victime elle-même en tant que « vieille ». Elle découvre pourtant que tout est possible.

      Des thèmes abordés avec justesse

      Derrière le choix d’une comédie et à travers ce « seule en scène » en forme de road-trip, difficile de savoir exactement quels sont les thèmes abordés tant ils sont pluriels.
      Certes, il y a celui de la vieillesse qui semble prédominer et qui tisse un fil conducteur tout au long de la pièce, mais il n’est pas le seul à tenir le haut du pavé. Le sujet de « l’Autre », dans sa différence et sa singularité y est aussi très présent. Cet Autre sans lequel il est inenvisageable de vivre, à moins de faire le choix d’un isolement monastique ou insulaire au fin fond du Pacifique sud ! Celui de l’homosexualité également. Sans oublier celui des origines et de la pluralité ethnique, celui de l’amitié, du pardon et bien plus largement de la nature humaine dans sa complexité et ses errances.
      A-t-elle véritablement 85 ans, cette Joséphine qui gagne un jour un voyage au loto ?
      Ou est-elle plus jeune ? Beaucoup plus jeune ? A l’image d’une ado découvrant le monde et l’espèce humaine ? On peut se poser la question tant elle semble s’être coupée, sans doute malgré elle, de ces données particulières.
      La pièce a des allures de roman d’apprentissage et notre Joséphine a quelques ressemblances avec un certain Candide, découvrant le monde, expulsé lui aussi de sa zone de confort et de ses quatre murs protecteurs.

      La vieillesse, un sujet tabou ?

      La vieillesse au théâtre n’est pas une donnée simple à aborder. Seules environ 20% des pièces introduisent des personnes âgées ou des vieillards.
      Mais, c’est le choix qu’ont pourtant fait la comédienne Anne Cangelosi et le metteur en scène Alexandre Delimoges dans cette pièce dont le texte, taillé au cordeau, est magistralement interprété par la comédienne et ressort tout en délicatesse. Derrière son premier abord horripilant et repoussant, le spectateur découvre petit à petit une Joséphine sensible non dépourvue d’une grande émotivité.
      « Pourquoi ce qui ne nous concerne pas nous dérange quand même ? » s’interroge t-elle à un moment bien central de la pièce.

      Un comédienne dotée d’un talent d’interprétation remarquable

      On peut parfois entendre dire que les meilleures personnes qui puissent tenir des rôles de personnes âgées ce sont des personnes âgées, car qui d’autre sait ce qu’est la vieillesse ?
      Mais ici, Anne Cangelosi n’a pas 85 ans, sa prouesse de comédienne à nous le laisser croire est vertigineuse dans ce rôle de Joséphine, affublée de ses pantoufles et de sa blouse à carreaux achetée par correspondance à la Blanche Porte.
      Cette comédienne est une étoile filante théâtrale dont les rêves de planches remontent à l’adolescence, avec pour but de provoquer le rire, en grande partie. Le texte de la pièce naît à la disparition de sa grand-mère qui l’a élevée jusqu’à l’âge de ses 11 ans. Mais, il est abandonné parce qu’un blocage s’opère via les conseils de son entourage à allonger le propos. Ce n’est que plusieurs années plus tard que la comédienne se remet au travail et constate que son personnage de Joséphine émeut et touche les gens.
      Elle émeut en effet cette « Anne-Joséphine » chez laquelle semble « poindre ostensiblement une blessure défigurant la belle âme de la femme qu’elle est », comme le précise Alexandre Delimoges, le metteur en scène et co-auteur de la pièce.
      A chaque instant, le spectateur oscille entre des émotions très fortes et des rires affichés, appuyés par son accent du sud virevoltant. Mais la comédienne imite aussi à merveille l’accent chti et celui des personnes arabes s’exprimant en français. Une prouesse.
      On embarque dès les premiers instants avec cette vieille femme sur ce bateau de croisière qui vogue au fil du Nil. Les escales évoquées par la comédienne sur la terre égyptienne sont savoureuses.  On vogue au fil des repas gargantuesques qu’elle s’octroie au buffet, des inimitiés apparentes de ses deux voisines de table, des ruines de Louxor ou du souk chatoyant.
      Et on rit ! On rit beaucoup au fil de l’eau et de la palette très large des émotions qu’encore une fois Anne Cangelosi parvient à nous transmettre peut-être parce qu’elle dit les choses sans mâcher ses mots, ces choses que bon nombre de personnes pensent tout bas!
      Anne Cagelosi a incontestablement du talent, celui qui rassure avec la nécessité inébranlable que le théâtre doit perdurer coûte que coûte contre vents et marées, réticences épidémiques et besoin impérieux de culture!
      Courez au Théâtre du Gymnase Marie Bell, boulevard de Bonne Nouvelle et répandez la, la bonne nouvelle, que dans une petite salle aux accès labyrinthiques, joue une merveilleuse comédienne qui ne vous laissera pas indifférente.
      Vous y découvrirez un diamant brut.
       
      On est toujours le vieux d’un autre.
      Théâtre du Gymnase Marie Bell
      38 Bd de Bonne Nouvelle Paris 10ème
      Tél : 01 42 46 79 79
      Les 14,15,19 ET 20 janvier à 19H.
      Les 28,29 janvier à 21 H.
      Les 16, 30 janvier à 16H
      Et en février, les 10,11, 12, 17,18,19,24,25, 26 à 21 H.
      Les 13,20,27 à 16H
      Auteur : Anne Cangelosi avec la collaboration complice d’Alexandre Delimoges.
      Mise en scène : Alexandre Delimoges.
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