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      Tame Impala, bonnes nouvelles des étoiles psychés ?

      Tame Impala peut se traduire littéralement par « Adopte un impala » (petite antilope africaine) : ce groupe australien apparait en 2005 et est vite repéré par le manager de ses compatriotes MGMT, qui les honore d’une première partie durant leur tournée. Ils furent rapidement adoptés par le public lorsqu’ils sortent « Innerspeaker » en 2010, puis « Lonerism » en 2012 :perçu comme une rémanence du psychédélisme, quelque part entre les Beatles, Grandaddy et les Flaming Lips. « Currents » sort ces jours-ci et sonne comme un groupe changeant, délaissant les lourdes guitares vaporeuses au profit d’atmosphères plus digitales et, hélas, plus impersonnelles. Critique et écoute.

      Tame Impala
      Tame Impala

      L’Australie et le rock?  AC/DC, INXS et Nick Cave trustent les inconscients mélomanes à la pensée de cette île-continent, pas suffisamment isolée pour obtenir les mêmes effets prolifiques que les petites Jamaïque et Islande. Les années 2000 voient enfin la médiatisation de nouvelles générations : MGMT et leur vision déconstruite de la pop à travers les morceaux-fusées de « Oracular Spectacular », et de leur odyssée « Congratulations », et Tame Impala. 2 groupes emblématiques et qui se ressemblent, de part une même gourmandise des références pop-rock tous azimut du siècle dernier : psychédélisme, pop et expérimentations diverses.

      En 2012 sort donc « Lonerism » et sa pochette curieuse affichant la grille du jardin du Luxembourg à Paris. L’écoute est vivifiante : sans forcer, le groupe arrive à reproduire des saveurs ambivalentes 60’s et 70’s où les oxymores pullulent. Une lourdeur de guitares à la Cream après une séquence hyper légère de chant / clavier aux effets fuzzés que les Stranglers auraient pu avoir composé, une batterie lourde dont la cadence est rendue véloce par des refrains oniriques, tels ceux des Kinks. Tout ceci sans qu’on arrive à distinguer le couplet du refrain, ni parfois la fin d’un morceau du début du suivant. La perte de repère est alors un régal, car c’est en se trompant de chemin qu’on arrive à trouver parfois son bonheur, souvent grâce à son caractère insoupçonné. Et Tame Impala, c’est ça :  « Endors Toi« , en français dans le texte, est assez révélateur de cette impression. Parties transitoires qui succèdent (ou précèdent) aux interludes chantés, avec des mots difficilement audibles : on dirait que « Lonerism » est un album fait d’entractes, de passages, aux frontières jamais fermées. Il est à ce titre presque fascinant, de part l’effet rendu par les musiciens qui agissent ainsi avec une apparente flegme. Des talents, donc.

      « Currents » ressemble moins à ce patchwork fou, et plus à un pilotage controlé, un ordre qui succède au foutoir. Des morceaux fluorescents via une instrumentation simple et accessible, plus hi-fi, moins physique (où sont les cordes et les battements de caisse?), plus immatérielle. Des compos qui tentent de renouer vocalement avec un bon Beach Boy, ou de réécrire un refrain similaire à « Across The Universe » par Lennon/McCartney. Et qui tentent seulement : parce que le groupe se conforte dans une facilité digitale et dans un formatage qui ne lui ressemble pas, on a beau faire un effort, les talents réels présents dans « Lonerism » ne sont plus là. Fini les bifurcations hésitantes qui permettaient de prendre la droite aussi bien que la gauche dans un même morceau, la musique s’apparente plus à un aigle métallique volant paisiblement et surement dans un ciel introublé, plutôt qu’à un caméléon dont la couleur n’était jamais identique et adoptait des tons contraires au même moment. L’aspect « soul » qu’on aimerait leur accorder s’avère en réalité un aspect « soupe » : on peut penser que les responsables des Monoprix qui choisissent le single « Cause I’m A Man » dans leur playlist aiment l’atmosphère soporifique qui s’y dégage, propice au consumérisme tranquille. Ah, on a quand même le premier titre « Let It Happen » qui s’en tire très bien, une petite météorite futuriste qui ose des méandres sonores assez vertigineux. Mais même les apparents tubes « The Less I Kow The Better » ou bien « Cause I’m A Man » aux arrangements légèrement catchy, ne sont pas suffisamment consistants pour marquer les esprits, le groupe ne parvenant pas à attirer l’attention plus de 45 secondes. Ce sont tout juste de bons samples potentiels pour de l’électro à la Daft Punk ou pour un DJ d’ambiant allemand. Un faux pas qu’on espère temporaire, car le groupe garde tout de même de loin cette aura créatrice qui peut surprendre à nouveau dans un prochain disque. A suivre !

      Tame Impala se produira en concert le 30 août 2015 à Rock En Seine.

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