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      Critique « Cenizas » de Nicolas Jaar : de l’ambient sous une bonne étoile

      Nicolas Jaar a une double nationalité (américaine et chilienne) mais ce n’est pas sa seule dualité. Il a eu sa phase festive dans son projet Against All Logic (2 compilations de ses œuvres dance-floor, tout plein de disco et d’électro transcendantale dedans). Mais quand il reprend son nom original, la tonalité est autrement plus introspective et inquiétante. Agité par les états piteux de ses 2 patries (les relents de persécutions au Chili et la poussée autoritaire des USA), Cenizas est le miroir de son âme torturé. S’en suit une très belle collection de morceaux hors de toute étiquette, comme une bande-originale de rêves ambiants doux-amer.

      Cendres sonores

      Cenizas donne d’emblée le ton : « cendres » en espagnol, cela peut sonner comme une prescience anxiogène de la vague meurtrière du coronavirus. Ecouter Cenizas, c’est être le témoin privilégié de la psyché de Nicolas Jaar, de ses messages indicibles, véritables passages entre dureté du réel et légèreté des sons. La dualité, en plus de ses 2 facettes festives et mélancoliques, s’exprime aussi intra-muros, dans cette galette, mélange d’évasion et de menaces. Si l’on est entre 4 murs 23 heures sur 24 en ces temps de confinement, un livre, un film peut nous aider à nous évader. On peut s’aider aussi à mieux accepter notre isolation comme telle, un cocon, mélange de protection et de huis-clos. Le disque parfait pour cela.

      Nicolas Jaar recherche de nouveaux conforts

      La facilité (qui ne rime pas avec pauvreté) de son formidable project Against All Logic ne va pas pouvoir servir le but que s’est donné Cenizas. Dans le morceau Menysid, il va plutôt piocher du côté des instrus de James Blake, de lentes rythmiques ambient. Agusto va convoquer la gravité d’une grosse clarinette, entre 2 ritournelles usées d’un piano étouffé. Le morceaux titre, chanté, susurre une réponse à des éclats précédents, que ce soit Sirerns en 2016 ou son premier et tout aussi mélancolique Space is Only NoiseTout est un peu en sourdine, pas de tubes ni de single, rien ne se sépare : c’est comme un tout qu’il faut écouter Cenizas. Un fond sonore jamais loin de la lumière : en témoigne Faith Made of Silk , la sortie de tunnel rassurante. Mais actant tout de même le pénible passage de l’enfermement, vécu comme salutaire. Cet album l’est tout autant, assurément.

      Nicolas Jaar sera au festival Days Off à la Cité de la Musique – Philharmonie de Paris le 4 juillet 2020 (sous réserve de confirmation au vu de la pandémie).

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