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      La Minute Yaoi #6 : Rêve de coucou, par Tamekou

      Pour cette nouvelle Minute Yaoi, nous vous proposons une incursion dans une œuvre troublante et fascinante : Rêve de coucou, manga en deux tomes de la talentueuse Tamekou, disponible chez Boy’s Love IDP !

      L’histoire

      Depuis de longues années, Natsuka nourrit un amour inconditionnel envers son ancien camarade Hakushima. Mais ses sentiments restent à sens unique. D’autant plus qu’il se refuse à les avouer, craignant par-dessus tout de perdre l’amitié du jeune homme. Pour évacuer sa frustration, il fréquente Seno, un garçon vivant à la marge.

      Mais un jour, Seno et Hakushima sont tous deux impliqués dans un accident et tombent dans le coma. Natsuka veille son amour d’enfance pendant de longs jours, désespéré de le voir se réveiller un jour. Mais c’est Seno qui ouvre les yeux en premier… et jure s’appeler Hiro Hakushima ! Que s’est-il passé ? Se pourrait-il que le choc ait entraîné un échange entre les deux garçons ?! Comment Natsuka va-t-il gérer cette situation ?

      Jeu de dupes

      Rêve de coucou s’impose dès les premières pages comme un jeu des apparences, une valse des faux-semblants. Sous le trait délicat de Tamekou, ses personnages usent tour à tour de froideur, de chaleur et de sensualité pour dissimuler leurs secrets.

      Ainsi, Natsuka refoule ses sentiments envers son camarade Hakushima, afin de préserver leur amitié. Mais il se plonge en réalité dans une souffrance absurde, trahissant son identité propre tout comme les fondements de leur relation. Seno, quant à lui, se laisse manipuler et utiliser. Pourquoi se détruit-il et se laisse-t-il détruire ainsi ? Seul Hakushima, pourtant au centre de cette histoire, garde un caractère flou et lisse. Nous avons en effet peu accès à ses pensées, du moins jusqu’à ce qu’il se « réveille » dans le corps de Seno. Tout comme Natsuka, le lecteur ne peut que se baser sur l’apparence proprette et la gentillesse manifeste du jeune homme pour se forger un avis sur celui-ci.

      Cette impression est renforcée par l’importance des dialogues, qui prennent le pas sur les bulles de pensée des personnages. Chaque mot compte, tout comme les jeux de regard et les moments de flottement. Ici, les trames et la mise en scène des cases choisies par la mangaka révèlent toutes leurs forces et amènent un rendu très fluide à la narration.

      Emprise et renoncement

      Lorsque Hakushima se réveille dans le corps de Seno, il se heurte d’abord à l’incrédulité de Natsuka, qui le soupçonne de se moquer de lui. Mais au fur et à mesure que les preuves s’accumulent, les deux jeunes hommes vont se rapprocher. Leur relation prend le pas sur tout, quitte à les enfermer D’une simple mesure de protection – comment expliquer la situation à la mère de Hakushima, par exemple ? – se crée donc une certaine emprise.

      En effet, Natsuka, d’abord hésitant et méfiant, décide de laisser libre cours à son amour pour son camarade de lycée. Il utilisera ainsi le corps de Seno, qui porte encore la trace des envies et plaisirs de son ancien « propriétaire », pour toucher du doigt ce dont il a toujours rêvé. Désir et répulsion, réalité et fantasme, se mêlent. On peut alors se questionner : que désire vraiment Natsuka ? Est-il seulement attiré par l’idée qu’il se fait de Hakushima ? Serait-il capable de l’accepter dans sa globalité ? Comment considère-t-il Seno, dont il utilise le corps à ses propres fins ?

      Tamekou déroule sur deux tomes une histoire complexe aux enjeux troublants. Ses personnages prennent de plus en plus d’ampleur au fil des pages et rien ne leur est épargné. Cet « échange » surnaturel est l’occasion pour la mangaka de questionner la notion même d’identité, en développant le passé de chaque protagoniste avec justesse et réalisme. Elle décrit ainsi une jeunesse japonaise en perdition, se heurtant aux diktats et à la pression sociétale, se glissant dans le moule ou au contraire le rejetant en bloc. Leurs questionnements sont particulièrement émouvants et prennent sens avec la métaphore du coucou en fil conducteur. Cet oiseau est-il un parasite ? Sert-il d’une manière ou d’une autre l’espèce qu’il colonise ? Les personnages de Rêve de coucou se questionnent ainsi en miroir, se cherchant une identité et une place fixes à travers les méandres de la vie.

      En conclusion, Rêve de coucou nous entraîne dans une histoire à la complexité passionnante. A travers les dessins hypnotiques de Tamekou, laissez-vous porter aux côtés de jeunes garçons en quête d’eux-mêmes !

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