Critique du tome 15 de Shy : into darkness

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shy tome 15

Depuis son premier tome, la série Shy publiée par les éditions Kana, a conquis un public de plus en plus large. Mêlant univers super-héroïque et hommage au shonen, l’oeuvre de Bukimi Miki a subtilement évolué. Depuis le tome 12, la menace est devenue planétaire obligeant notre jeune héroïne à plonger plus profondément dans les racines du mal. Ce 15ème tome poursuit avec maestria cette lutte féroce entre idéalisme et nihilisme.

Opération infiltration

Le royaume d’Amalarilk continue de grandir. Des quatre coins du globe, des enfants, des adultes gagnent les rives de Never Land, attirés par la promesse d’un bonheur absolu. Pour retrouver leurs âmes d’enfants et oublier leur peine, ils sont des centaines à s’abandonner totalement et à succomber aux chants des sirènes. Pourtant cette île recèle un mystère que les héros doivent résoudre s’ils veulent briser le charme démoniaque de ce lieu.

Alors que plusieurs équipe se séparent pour entamer cette périlleuse mission, les difficultés s’accumulent. Pilse Dunant alias Lady Black tombe entre les griffes de Sitgma qui lui fait revivre les traumatismes de son enfance. Shy, quant à elle, doit toujours comprendre comment sa sœur, l’ex héroïne du Japon a pu donner naissance à Stigma. Or, pour obtenir toutes les réponses, elle doit s’enfoncer au plus profond de la tanière de l’ennemi au risque de ne plus pouvoir en ressortir.

shy tome 15

Shy : Toi qui entre ici, abandonne tout espoir

Bukimi Miki continue de construire un lieu de terreur. Ce parc Never Land ressemble à un diable déguisé en père Noël. En effet, les foules d’anonymes sont totalement envoûtées par Stigma. C’est de leur plein gré qu’elles accostent sur les rives de ce parc paradisiaque. Ce tome 15 use avec talent des codes propres à l’univers de l’enfance joyeuse : la lumière, les jouets, la simplicité. Tout est réuni pour que le bonheur absolu, le spectacle sans fin, libèrent l’esprit des visiteurs de toute pensée négative.

Mais le récit glisse subtilement vers une métaphore qui rappelle l’Enfer de Dante. Tout est trop beau. L’agitation constante semble agir comme un trompe l’oeil. Les attractions s’enchaînent comme pour empêcher l’esprit de se poser trop de questions. Un enfant tombe épuisé, personne ne l’aide, personne ne semble remarquer sa détresse, hypnotisé par le spectacle ambiant. De même aucun visiteur ne se pose la question de la jeunesse des visiteurs ? Où sont passés tous ces adultes qui se sont rués sur l’île ?

shy tome 15

Au bord du gouffre

Ce 15ème opus de Shy malmène nos héros tout en ménageant des révélations poignantes. En effet, une grande partie de ce tome se concentre sur la torture mentale que subit Lady Black. Son passé nous est révélé au gré de flashbacks qui font progressivement monter la tension jusqu’à un final dramatique. A la fin de ce volume, le lecteur se retrouve dans la même situation que l’héroïne : épuisé, vaincu, presque au bord de la capitulation.

Shy, elle-même, n’est pas épargnée. Dans un hommage à Alice au pays des Merveilles, elle se retrouve engluée dans une prison-monde aux règles très bizarres. Elle doit pourtant le traverser, le comprendre pour percer le secret du pouvoir de Stigma. Mais aura-t-elle le temps de le trouver avant que le monde ne sombre dans le chaos ? Seule lueur d’espoir, Haltia, l’héroïne de la Finlande, dont la joie de vivre maintient encore la bonne humeur du groupe.

shy tome 15

Stigma : la figure du gourou

Si Shy fonctionne si bien depuis ses débuts, cela tient à la très bonne écriture de son ennemi principal. Longtemps dans l’ombre, il ne faisait que de brèves apparitions, laissant ses séides affronter les héros, prendre des coups et épuiser ses adversaire. Maintenant, il est en première ligne et toute sa perversité explose à l’image. Manipulation psychologique, mensonge, lavage de cerveau, il possède toute la panoplie des armes mentales. Il ne lui manque que la puissance physique.

Le parallèle entre Stigma et Ami de 20th century boys devient alors de plus en plus évident. Outre leur apparence très originale, ils ont cette capacité à avoir trois coups d’avance et à embrigader les foules. Ils font clairement référence à Shōkō Asahara, chef fondateur de la secte Aum, responsable des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Cette arrière-plan historique accentue encore l’atmosphère dangereuse dégagée par la fin du manga.

Porté par un suspense haletante et un dessin toujours aussi magnifique, ce tome 15 est passionnant à lire. Vous pouvez retrouver l’intégralité des critiques des volumes précédents sur notre site.