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      Critique « Rosalie Blum » de Julien Rappeneau

      Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Rosalie Blum, le premier film de Julien Rappeneau, en salles le 23 mars, est une perle de sensibilité et d’émotion.

      Le film est adapté de la BD Rosalie Blum de Camille Jourdy. Le synopsis ne fait pas rêver : Vincent Machot (Kyan Khojandi de Bref qui tient ici son premier rôle au cinéma) est un peu paumé et mène une vie ennuyeuse entre une relation amoureuse qui fait du surplace et une mère envahissante (Anémone). Il rencontre alors Rosalie Blum dans sa supérette (Rosalie est jouée par Noémie Lvovsky qui a déjà une très belle carrière dans le cinéma en tant que réalisatrice ou actrice, elle a gagné, entre autres, le prix Louis-Delluc pour Camille Redouble en 2012). Persuadé de l’avoir déjà vue, il se met à la suivre partout.

      On aurait pu craindre que le film tombe dans l’écueil de la comédie sentimentale qui sent bon la guimauve. Ce n’est pas du tout le cas, Rappeneau signe, au contraire, un film très émouvant, enlevé, qui sonne vrai et n’est ni mièvre ni tire-larmes. A cet égard, le long-métrage rappelle le travail d’Arnaud Desplechin (avec qui Noémie Lvovsky a d’ailleurs travaillé sur La Vie des morts et La Sentinelle et d’autres).

      Des personnages touchants pour des acteurs à l’interprétation sans faille

      Copyright SND
      Noémie Lvovsky dans la peau de Rosalie Blum – Copyright SND

      Le film parle de personnages abîmés par la vie, qui y reprennent goût par hasard, en se prenant à un drôle de jeu de course-poursuite. Ce qui provoque l’empathie pour les personnages c’est qu’à un moment ou à un autre dans notre vie, on a tous été Vincent Machot, Rosalie Blum (Noémie Lvovsky) ou Aude (Alice Isaaz déjà vue dans la Crème de la Crème). La caméra de Rappeneau semble effleurer ses personnages sans jamais les brusquer, juste pour extraire d’eux leurs émotions les plus profondes. Beaucoup de la beauté du film repose sur l’excellente performance de tous les acteurs, sans exception. Kyan Khojandi fait une entrée réussie au cinéma. Au premier abord, son personnage semble ressembler un peu trop à celui qu’il incarnait dans Bref. Vincent serait comme « le mec de Bref » un gars normal filmé aux prises avec ses tracas quotidiens.

      Néanmoins, Vincent se démarque rapidement du mec de Bref, de par la nature de ses problèmes, et surtout du fait du jeu de Khojandi tout en retenue et hésitation volontaire montrant la gêne inhérente au personnage. La seule filiation qu’on peut noter avec Bref est la sensibilité propre aux deux œuvres. Noémie Lvovsky, pour sa part, fait des merveilles en campant Rosalie Blum, cinquantenaire à la fois mélancolique et rayonnante, portant, avec fierté, de lourds fardeaux émotionnels. Mention spéciale aussi à Alice Isaaz, qui joue Aude, jeune adulte désorientée mais pleine de fraîcheur. Les seconds couteaux ne sont pas en reste et participent grandement à l’aspect comique du long-métrage : les amies ou le colocataire d’Aude sont hilarants.

      Une narration et un montage astucieux

      Kyan Khojandi incarne le timide coiffeur Vincent Machot qui suit Rosalie - Copyright SND
      Kyan Khojandi incarne le timide coiffeur Vincent Machot qui suit Rosalie – Copyright SND

      Le scénario est finement écrit et la narration calquée sur la BD, sans être novatrice, est efficace. Le spectateur revit, effectivement, plusieurs fois les mêmes scènes mais sous l’angle d’un autre personnage. D’ailleurs, le montage crée un rythme très particulier, on ne sait jamais exactement où le film nous emmène : si l’on n’a pas lu la BD, on ne voit rien venir, on se laisse porter avec plaisir. Ce montage en plusieurs parties s’accompagne aussi de changements de tons qui marquent le mélange des genres qu’opère le film. Ainsi, la première partie est lente et mélancolique, on suit Vincent dans sa vie triste mais traitée, à certains moments, avec humour. Comme pour marquer sa solitude et son ennui, il est souvent seul dans le cadre ou filmé en train de suivre Rosalie . La seconde partie, plus collective, montre les liens entre Rosalie, Aude, ses amis et Machot en train de se tisser. Différente du premier tiers du film, ce morceau est à la fois plus comique et plus tendu -au sens où il emprunte des codes au thriller– que le précédent, il traite avec subtilité et une extrême tendresse des souffrances des personnages principaux. Le dernier tiers, focalisé, sur Rosalie, sans se départir de la tendresse et de la comédie, donne un ton plus grave au film. Rappeneau est proche de ses personnages. Par une utilisation habile des plans rapprochés, il permet au spectateur de saisir, sur le vif, et cela de manière intense, les émotions des protagonistes, que ce soit la tristesse dans les yeux de Vincent ou encore un sourire d’Aude à l’égard de sa tante exprimant leur complicité. Rappeneau a de l’affection pour ses personnages et cela se ressent dans l’utilisation de l’éclairage, en extérieur comme en intérieur, la lumière est douce et diffuse. A part peut-être la bande-son, oubliable, il est difficile de nommer des défauts tant ce film marque par sa beauté.

      2 Commentaires

      1. Bonjour,

        Oui, si vous aimez Desplechin, je conseille vivement d’aller le voir comme vous avez pu remarquer. Il y a une vraie filiation pour moi. Merci d’avoir porté attention à l’article 😉

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