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      Critique Star Wars : Le Réveil de la Force de J.J Abrams

      10 ans après le dernier opus de la prélogie (La Revanche des Sith) ayant parachevée la lente descente aux enfers de son créateur, George Lucas, rincé par une industrie ayant réduit à peau de chagrin son génie, voilà pourtant que la saga Star Wars repart de plus belle.

      Confié au bon soin de J.J Abrams (Lost, Star Trek, Super 8), réalisateur le plus geek de sa génération, auquel s’est joint Lawrence Kasdan (scénariste attitré de la saga) et le casting original accompagné de petits nouveaux, autant dire que ce nouvel opus de la saga sobrement intitulé Star Wars : Le Réveil de la Force partait sur de bonnes bases. Des bases heureusement renforcées par le talent du metteur en scène, qui en étalant tout son amour à la trilogie originale, donne à voir l’un des meilleurs épisodes de la saga et une furieuse dose de nostalgie !

      Star Wars : Le Retour du Geek

      Avant d’être la suite de la célèbre saga initiée par George Lucas en 1977, « Star Wars : Le Réveil de la Force » est surtout une oeuvre qui fera date dans l’histoire du cinémaAttendu par des millions de fans, fait planter des sites de réservations de billets outre-Atlantique et généré un culte du secret à la limite du grotesque ; tout en déployant dans son sillage la quasi-totalité du spectre émotionnel, entre crainte, espoir (quoique fébrile), excitation, ferveur et angoisse, le film aura surtout dépassé au cours de sa production, le stade du simple film, pour se muer en évènement sociétal, culturel et surtout industriel, le long-métrage étant par la force des choses devenu l’une des plus belle vitrines jamais réalisées pour le compte d’une des plus grandes industries du film : Disney. Et si l’on a pu pendant un temps, comme tant d’autres d’ailleurs, être effrayé par le studio ayant repris les rennes du projet, par peur d’infantilisation de son contenu, le gigantisme du film et l’impact de la prélogie (1999-2005) sur le grand public auront toutefois amené un autre vent d’inquiétude : la difficile situation de la saga laissée en jachère depuis 10 ans et pérennisée par des adaptations télévisuelles de factures relativement discutables.

      Considérée comme finie par certains, quand d’autres rêvent secrètement de son retour, la saga est en 2013 au pied du mur, si bien que de la réussite du projet, dépend la survie du mythe Star Wars tout entier.

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      Un défi, si ce n’est une pression (colossale) qu’a pourtant accepté d’endosser J.J Abrams, lui qui s’est fait la main sur Star Trek et qui a pu démontrer au cours de sa filmographie, que son principal atout en tant que réalisateur, n’aura été que son respect quasi papal envers tous les sujets qu’il a eu à traiter de par ses films. Un fanboy ou geek donc.

      Mais force est de constater, après visionnage, que ce geek aura eu les coudées franches pour raviver avec panache ce qui manquait à la prélogie, truffée de conflits politico-familiaux : sa simplicité. Car qu’on le veuille ou non, mais Star Wars n’aura jamais été qu’un long affrontement manichéen entre le Bien et le Mal et ses émanations : le coté lumineux et le coté obscur. D’aucuns ont supporté la sagesse de Yoda quand d’autres auront préféré la fragilité cachée de Dark Vador. Et ce simple constat est à même d’expliquer pourquoi Abrams a réussi, là ou Lucas a préféré s’engouffrer dans une vision dolosive faite de tourments familiaux et de discordances politiques. Car en voulant proposer un divertissement s’épanchant sur les racines manichéennes du mythe tout en lui rendant splendeur, beauté et dynamisme, Abrams offre ce que la plèbe a toujours voulu : un vrai Star Wars. Comprenez ici, un divertissement prompt à se voir appelé Guerre des Etoiles, supposant donc la réunion de grosses machines de guerres utilisées à des desseins malhonnêtes le tout plongé dans l’immensité du cosmos. Et on ne s’y trompe pas d’entrée de jeu. Passé la phrase posant le contexte et ce générique tonitruant suintant la nostalgie par toutes ses pores que nous voilà déjà plongés dans le bain de ce nouveau jalon de la saga. Luke Skywalker a disparu, et est ardemment recherché par le Premier Ordre, section militaire malfaisante née des cendres de l’Empire après qu’il ait été dissous des suites de la débâcle de la bataille d’Endor. Dernier Jedi en vie, il demeure la seule menace présente pour contester l’hégémonie que bâtit secrètement cet Ordre, au nez et à la barbe de l’Alliance Rebelle, renommée Résistance et qui travaille de pair avec la République. Une menace dont la Résistance aimerait user afin de restaurer la paix sur la Galaxie, et qui serait en bonne voie d’être retrouvée, la Générale Leia ayant envoyé en secret l’un de ses meilleurs pilotes en quête d’une information capitale permettant de le localiser.

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      Une virée nostalgique surmontée d’une leçon de mise en scène 

      Nous ne nous aventurons (heureusement) pas plus loin dans les révélations car si tant est que l’univers jadis esquissé en son temps par Lucas vous attire, nul doute que cette nouvelle pierre posée dans l’héritage de la saga saura vous séduire. Et pour cause. Désireux de revenir à une réalisation plus mécanique, et prompte à rappeler la malice de la trilogie originale, Abrams n’a pas lésiné sur les moyens. Tournage aux quatre coins du globe (Emirats Arabe Unis, Irlande, Angleterre), retour en fanfare du casting original et arrivée de petits nouveaux (Oscar Isaac, Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver et Domnhall Gleeson), le film joue la carte de la fraicheur et de l’ancienneté simultanément. Une note d’intention qui permet de comprendre les déclarations émues de Mark Hamill, qui disait dans un making-off du film, que rien et tout à la fois avait changé ; mais qui rappelle surtout ce soin maladif d’Abrams de vouloir rendre hommage.

      Si celui-ci paie de se voir trop appuyé, notamment dans son intrigue, qui va jusqu’à recycler des thèmes narratifs et d’intrigues de l’Episode IV : Un Nouvel Espoir, la comparaison s’arrêtera toutefois là. Abrams, conscient de la pression, amène de nouveaux enjeux, personnages et une nouvelle menace, tout en assurant une technique qui vient à elle seule compenser sa relative faible prise de risque. Qu’elle passe dans la conception de ses plans, délesté de ses lens-flare et enrichi par une image au grain très reconnaissable, ou par le soin tout particulier apporté aux effets spéciaux, qui permettent d’effacer les scories que traînait bien malgré elle, et faute de moyens suffisants, la trilogie originale, la réalisation de J.J Abrams donne l’air d’avoir été à tout instant mûrement réfléchie pour raviver la richesse de la saga et assurer l’adhésion du public. Car si le retour de la franchise semble pointer une volonté purement financière, nul doute que le film d’Abrams ne sera que la partie visible de l’iceberg, celle servant à rallier un public meurtri et trahi par le dernier film en date, et qui n’attendait que de voir des suites originales, qu’on peut désormais librement penser se voir amenées par Rian Johnson (Episode VIII) et Colin Trevorrow (Episode IX).

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      Des suites qui n’affectent toutefois en rien la qualité du film d’Abrams qui sait à tout instant, et voilà sa plus grande richesse, rendre le lustre d’antan à la franchise, tout en la modernisant. Un mélange qui contre toute attente, prend, et déploie un parterre de sentiments qu’on attendait plus à la vue d’un Star Wars.

      Tour à tour aventureux, drôle, magique, terrifiant, rêveur, iconique, référentiel, trépidant, émouvant, parfois même bouleversant… Star Wars : Le Réveil de la Force est bel et bien le premier VRAI Star Wars depuis des lustres réunissant tous les ingrédients espérés pour relancer la saga, avec souffle, panache et intensité. 

       

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      4 Commentaires

        • Merci à toi. J’ai pu lire ton papier. Bien que je n’apprécie pas forcément la forme (personnelle) qui limite de temps à autre la portée du propos, je dois dire que tes arguments se tiennent. Mais à mon plus grand regret, le problème est que presque toutes les personnes qui détestent le film, cherchent à le comparer aux anciens. Alors oui, forcément, avec une telle saga, on peut pas commencer à faire n’importe quoi, mais ce qui m’agace est de voir toutes ces personnes dire qu’il est pas bien parce que les anciens faisaient pas ça et ainsi de suite.
          C’est un film à prendre tel qu’il est et pis c’est tout.

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      1. Oui, donc on revient à la simplicité de la trilogie avec le côté nouveau en moins. C’est aussi un peu osé de parler de mise en scène pour Abrams. Non sérieusement, la prélogie était de loin la meilleure. C’est d’ailleurs la trilogie préféré de Lucas qui est avant tout un intellectuel. Voir son premier film et voir comme il n’a cessé de retoucher la trilogie. La prélogie est un des rares blockbosters où l’on peut entendre Platon discuté face à Aristote. En matière d’action, la prélogie nous donne enfin des vrais combats de sabres lasers et nous montre ce qu’était vraiment les Jedis…
        Bref… en effet, c’est ce que la plèbe veut… du pain et des jeux.

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        • En fait, et je suis actuellement en train de le faire remarquer dans un article que j’écris, je pense que la faible prise de risque de Abrams peut s’expliquer par deux théories :
          – Soit il s’agit de la preuve irréfutable que Disney, ne disposant pas d’histoires originales, a quand meme voulu relancer la franchise et donc va bêtement recopier la trilogie originale ( ça se tient niveau choix des réalisateurs pour les suivants d’ailleurs).
          – Soit au contraire, les pontes de Disney ont préféré susciter la veine nostalgique de leurs spectateurs pour réintroduire l’aspect classe et intergénérationnel, en faisant un film 100% pour les fans, en répétant la recette ; et qu’une fois que le succès est au rendez-vous, ils offrent de vrais scénarios pour les suivants. En gros, ils nous harponnent avec le premier avec ce qu’on aime, et ensuite ils nous offrent des choses différentes.

          Lucas a certes préféré faire la trilogie mais je regrette : à mes yeux, quand tu tournes 100% sur fond vert, tu peux pas appeler ça mise en scène sachant qu’une mise en scène ça se bâtit sur des contraintes et autour de décors, pour assurer l’interaction. Le propos est certes osé et surprenant pour des blockbusters mais dommage qu’il n’ait pas d’entrée de jeu institué ça dans la nouvelle trilogie. Car nous sortir ces réflexions politico-familiales à deux balles parfois, ça frise le risible. Et ensuite, niveau combat sabre laser, l’ancienne trilogie sera toujours au dessus pour moi car un combat c’est primitif et violent, pas ces sortes de jeu d’épées à la chorégraphie immaculée comme celui d’anakin vs Obi Wan dans le 3

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