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      Champs-Elysées Film Festival : des courts métrages américains sensationnels

      Le Champs-Elysées Film festival est bientôt terminé mais ne faiblit pas ! Toujours en grande forme, l’événement parisien nous a dévoilé sa sélection de court-métrages américains en compétition officielle. Et le moins que l’on puisse dire est que nous avons eu affaire à une sélection de grande qualité. Retour sur chacun des films, dont la plupart nous ont convaincu malgré quelques petits bémols

       

      The Robbery : aussi cynique que jouissif 

      The Robbery raconte l’histoire d’une jeune fille décidant de braquer un magasin. Son but est d’obtenir l’argent nécessaire pour récupérer son chien enfermé à la fourrière. Ce court-métrage délicieusement cynique a de quoi en amuser plus d’un. La qualité tient notamment dans son actrice principale absolument parfaite dans un rôle de jeune fille névrosée et sensible. Complètement folle et déconnectée de la réalité, celle-ci adopte une attitude particulièrement amusante durant ce braquage. Acculée par le caissier qui se défend à coup d’arbalète (les américains ont décidément beaucoup trop d’armes…), celle-ci passe son temps au téléphone malgré le risque de mort et ses diverses blessures. L’actrice est également parfaite dans les changements d’attitudes. Entre la folie, la douceur, la tristesse et l’énervement, celle-ci nous gratifie d’une magnifique performance en très peu de temps.  Avec un final aussi amusant que burlesque, The Robbery est une drôle d’histoire particulièrement bien menée. Il est à noter que tout le film se tourne en plan séquence. S’il s’agit d’un faux plan séquence (comme vu dans l’excellent Birdman), l’effet passe parfaitement. Et s’il s’agit d’un vrai : chapeau l’artiste ! 

      The Robbery

      The Rabbit Hunt : Une oeuvre marginale

      The Rabbit Hunt nous présente une famille chassant les lapins afin de les cuisiner et les revendre. Il s’agit indéniablement d’une oeuvre à mille lieux de ce que l’on a l’habitude de voir. The Rabbit Hunt est un documentaire qui se démarque de part son sujet si particulier et son traitement si réaliste. Les pérégrinations de cette famille nous plongent dans un univers sobre et indescriptible, où nous découvrons une chasse violente et concrète. Il est intéressant de constater à quel point la chasse frappe plus lorsque celle-ci est montrée sans concession. Cette oeuvre a le mérite de faire réfléchir quant au sujet de la chasse et de nos relations avec le règne animal. Elle a également le mérite de vouloir présenter des choses différentes de ce que nous avons l’habitude de voir dans le cinéma mainstream. 

      The Rabbit hunt

      Casa de mi Madre : Bien interprété, mais bourré de problèmes sonores 

      Casa de mi Madre est un court-métrage dont l’intérêt principal réside dans l’interprétation de son actrice principale. Celle-ci nous ballade avec elle dans ce qui semble être une violente bipolarité, impliquant des changements d’humeurs soudains et imprévisibles. Passé cette interprétation, on constate que le film souffre malheureusement d’un déficit de réalisation. Si peu de choses sont à dire concernant la gestion de l’image, qui n’est pas particulièrement originale, il faut toutefois parler du son. Stridente et désagréable, la gestion sonore fait particulièrement défaut à ce film. Deux solutions peuvent expliquer ces déficiences: soit il s’agit d’une mauvaise gestion due à un manque de budget, auquel cas, aucun reproche n’est à faire au film. Soit cette gestion est volontaire de la part du réalisateur Franck Mosley, auquel cas il faut avouer que ceci n’est pas réussi. Pas de méprise, le travail sur le son est d’une importance capitale dans un film et aide à créer une ambiance malaisante ainsi que des émotions fortes. Cependant, le son ici n’aide pas à la compréhension de l’histoire ni à l’atmosphère. Au contraire, cette gestion stridente nous sort complètement du film et empêche le spectateur de réellement s’impliquer dans son histoire. Casa de mi Madre jouit d’une histoire intéressante, mais perd le spectateur de part une réalisation assez bancale. Il mériterait donc amplement une remake mieux maîtrisé afin d’exploiter tout son potentiel

      casa de mi madre

      Antartica : Une pépite d’esthétisme et de suspens

      Antartica nous fait entrer dans le monde de l’adultère pour nous empêcher dans ressortir. C’est aussi bien le sentiment du spectateur que de son personnage principal. Ce court-métrage nous fait découvrir une femme se laissant tenter par une brève liaison adultérine avec un inconnu. Cependant, les choses tournent au cauchemar… Antartica frappe immédiatement de part son esthétisme si épuré et travaillé. Chaque plan est une véritable merveille de composition et nous plonge parfaitement dans l’errance de cette femme et de ses désirs. A cela s’ajoute une tension palpable qui ne nous lâche pas une seule seconde. Nous savons qu’il va se passer quelque chose, mais nous ne savons pas quoi. Et quand ce « quelque chose » arrive, la tension se transforme en un délectable malaise, comme seul le cinéma sait nous en fournir. Nous pouvons, en plus de l’histoire, nous amuser à rechercher toutes les symboliques qui émanent de cette oeuvre si particulière. Et lorsque l’on se met à rechercher des sous-textes dans un court métrage, on se dit qu’il s’agit d’une merveille d’écriture, en plus d’être une pépite de réalisation

      Antartica

      Game : Une superbe fable sportive sur l’égalité des sexes

      Avec Game, nous entrons sur le terrain des films engagés. Ce court-métrage sportif relate l’histoire de A.J, un jeune homme passant les sélections d’une équipe universitaire de Basket-Ball. Jeune homme ? Pas tout à fait… Mais qu’A.J soit une fille, celle-ci s’avère bien plus douée que toutes les personnes passant les sélections. Elle devra donc garder son secret bien enfoui afin d’avoir une chance d’être un jour sélectionnée. Game est non seulement une fable magnifique sur l’égalité des sexes, mais est surtout une superbe histoire sportive. La narration de l’histoire est d’une fluidité sans faille et la réalisation parfaitement maîtrisée. Bien que cette dernière soit particulièrement scolaire, ce classicisme ajoute une véritable plus-value à cette oeuvre. A l’heure où l’exploit technique est particulièrement recherché dans le cinéma, il est bon que cette réalisatrice (Jeannie Donohoe) soit restée dans la simplicité. Simplicité n’est d’ailleurs pas antonyme d’efficacité, puisque la maîtrise de son oeuvre est totale. Avec Game, Donohoe nous parle de sport, d’égalité des sexes, d’esprit d’équipe, de sacrifice, de confiance, de partage… le tout en une petite quinzaine de minutes. A découvrir absolument

      Game

      Black Holes : un joyeux délire d’animation 

      Attention les yeux voici Black Holes ! Comment décrire cet incroyable délire sous acide retranscrit en film d’animation ? Black Holes relate l’histoire de Dave, un astronaute devant mener sa première mission sur Mars. Mais à la dernière minute, il se voit contraint de faire équipe avec… un melon doué de conscience (oui oui vous avez bien lu). Et ce n’est pas tout : ce melon prétend être la réincarnation d’un grand couturier. Avec ce nouveau partenaire, Dave va être poussé jusqu’aux limites de sa santé mentale. Quel plaisir ! Quel plaisir de découvrir ce genre d’œuvre si joyeusement barrée. Si l’animation ne conviendra pas à tous les goûts (ce qui relève pour le coup de la totale subjectivité), l’histoire à vite fait de nous embarquer. Le situations sont cocasses à souhait, l’humour gras et déjanté juste comme il le faut, la narration à hurler de rire. Bref, un pur moment de divertissement. A découvrir sans ses enfants car ils ne sont clairement pas la cible, mais à découvrir tout de même ! 

      Black Holes

      Across My Land : une subtile critique des armes aux USA

      On change totalement de registre avec Across My Land. Cette oeuvre engagée nous plonge dans le quotidien d’une famille américaine tout ce qu’il y a de plus respectable en apparence. Papa, Maman, les deux enfants, un chien et une jolie maison familiale. Leur particularité ? Ceux-ci vivent à la frontière mexicaine. Ainsi, papa et fiston s’en vont faire un tour de reconnaissance à la bordure, saluant les miliciens et méprisant les migrants capturés. Avec un sujet particulièrement d’actualité (surtout depuis que Biff Tannen aka Donald Trump a pris le pouvoir), Across My Land se démarque surtout de part sa subtilité dans l’écriture. Pas à un seul moment le sujet des armes n’est évoqué explicitement. Nous ne faisons que voir un jeune homme monter et démonter une arme avant d’aller patrouiller. Et rien que ces images suffisent à heurter, car la vue d’un adolescent avec une arme paraît très vite contre nature. Ceci est sublimé par une réalisation à la sobriété déconcertante. Cette simplicité illustre parfaitement cette famille toute aussi simple, mais se déshumanisant de part la traque d’autres êtres humains. Le final, bien qu’un petit peu anticipé, vient terminer d’illustrer le propos du film de manière absolument parfaite et nous oblige à nous poser de nombreuses questions sur l’état de notre monde malade. Across My Land n’est pas seulement un bon court-métrage, il est aussi un court-métrage d’utilité publique. A montrer sans modération aux personnes qui considèrent que les armes sont sans danger quand elles sont entre les mains de « personnes respectables »…

      Across my Land

      Fanny Pack : une virée en famille à la Woody Allen 

      On revient à quelque chose de plus léger avec le délicieux Fanny Pack. Cette comédie traite d’une femme indo-américaine quittant le domicile familial afin d’aller vivre ses rêves d’artistes à New-York. Cependant, son père indien la poursuit, affublé d’un sac banane, afin de la convaincre de rester et de devenir médecin. Cette oeuvre légère et stéréotypée est un plaisir sincère à regarder. Bourré de clichés en tout genres, Fanny Pack n’en n’est pas moins une oeuvre délectables, aux personnages colorés et aux situations cocasses. Dans un style rappelant fortement Woody Allen, ce court-métrage plaira au plus grand nombre de part sa légèreté et son sujet universel. Un chouette petit film à voir seul ou en famille

      Fanny Pack

      Homing In : Mystérieux, fascinant et malaisant

      Homing In est une de ses œuvres qui nous laissent un gout d’incertitude et d’incompréhension. L’histoire est celle de Joan, une femme au foyer qui entend son mari rentrer à la maison. Du moins le croit-elle. il s’agit en fait d’un inconnu avec lequel elle entame une banale conversation, avant que celui-ci ne s’en aille. Son mari finit alors par rentrer du travail. Homing In laisse une impression de déjà-vu, sans pour autant que l’on ne comprenne pourquoi. La réalisation confine au mystère et à l’étouffement, malgré des cadres plutôt aérés. Cela tient aux environnements utilisés, qui semblent enfermer notre héroïne dans sa propre maison. Celle-ci semble piégée par cet inconnu, qui ne montre pourtant aucune hostilité à son égard. La fin du court-métrage nous fait nous poser plusieurs questions : est-ce une souvenir du passé ? Est-ce une métaphore expliquant que la routine sera la même quelle que soit la personne dans notre foyer ? Homing In prête à l’interprétation et à de nombreux questionnements, ce qui est très agréable. Un bon court-métrage bien maîtrisé

      Homing in

      Grace Period : un récit tendre à la porté sociale

      La sélection se termine avec Grace Period, l’histoire d’un jeune homme prénommé Miles. Ce garçon tente de subvenir aux besoins de sa mère et de ses deux sœurs par tous les moyens possibles, tout en cherchant à faire sens avec ce qu’il est réellement. Cette histoire nous montre une famille prête à tout pour garder la tête hors de l’eau, malgré les échéances financières presque intenables. Si ce court-métrage se laisse regarder avec intérêt, celui-ci manque un petit peu de rythme, aussi bien en terme d’écriture que de réalisation. L’écriture s’avère légèrement inégale et la réalisation un petit peu trop plate. Toutefois, la tendresse qui se dégage de cette famille fait de ce film une oeuvre agréable à découvrir. L’amour qui se dégage de la relation mère – fils rappelle que les émotions pures sont parfois bien plus agréables la réalisation et les fulgurances scénaristiques. Grace Period nous offre donc un résultat en demi-teinte mais qui mérite d’être découvert, à l’instar de toute cette sélection. 

      Grace Period

      Cette sélection de court-métrages américain du Champs-Elysées Film Festival est un concentré d’émotions et de talent. Un véritable bon moment de cinéma, qui donne envie que les court-métrages soient mieux représentés au quotidien dans les salles obscures. 

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      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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