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      Alerte rouge de Domee Shi : un panda beau-cœur

      Nouvelle création de Pixar, Alerte rouge dépeint, une fois n’est pas coutume, les tourments intérieurs de son héroïne. À travers ce récit déluré, la cinéaste Domee Shi, première femme réalisatrice femme du studio en solo, signe une intéressante métaphore de la puberté féminine. Mais écrasé sous ses références (autant occidentales qu’asiatiques), le long-métrage rate son émancipation. Décevant.

      Alerte rouge : un long-métrage mineur de l’écurie Pixar

      Alerte rouge est le 25e long-métrage des studios d’animation américain Pixar, appartenant à Disney depuis 2006. Ce long-métrage, le premier de son autrice Domee Shi, après son très joli court nommé Bao, traite de l’émancipation et du passage de l’enfance à l’âge adulte. Son regard se définit, à l’instar de son héroïne, par sa condition de femme sino-canadienne.

      Nous suivons ainsi l’histoire de Meilin Lee, surnommée Mei, une jeune fille de 13 ans tiraillée entre la culture traditionaliste et studieuse inculquée par ses parents et ses désirs féminins. Ces derniers tendent à exploser au grand jour lorsqu’un matin, Mei constate qu’elle se transforme en panda roux géant lorsqu’elle est submergée par ses émotions.

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      Disney/Pixar

      Vous l’aurez compris, la métaphore d’Alerte rouge est un peu plus claire : dans cette période charnière de l’adolescence, Mei découvre sa puberté et apprend à vivre avec l’exultation de son for intérieur. En cela, cette nouvelle production Pixar se veut très ancrée dans le monde réel. À travers le regard de la jeune fille, nous suivons un groupe d’adolescents haut en couleurs (quoiqu’un peu cliché sur pattes) : la gothique névrosée, la bourrine prêt à tout pour défendre ses amies et la garçon manquée. Cette bande de filles qui s’adonne à une remarquable sororité n’aura qu’un seul objectif : assister au concert des 4*Town, leur boys band préféré qui passe dans leur ville. Dès lors, il s’agira pour Mei de réussir un rite de passage shamanique pour révoquer définitivement son panda roux.

      Regard féminin

      Là où Alerte rouge réjouit, c’est dans sa volonté de traiter frontalement des craintes adolescentes, sous un nouveau regard : le féminin. C’est d’ailleurs des femmes qui composent la plupart de l’équipe technique, aux postes les plus importants : production designer (Rona Liu), scénaristes (Domee Shi et Julia Cho), superviseuse de direction technique (Danielle Feinberg), productrice exécutive (Lindsey Collins) et évidemment la réalisatrice Domee Shi.

      Si cette vision détonne dans l’animation, notamment occidentale, elle n’échappe pas à ses principales faiblesses. Très programmatique, Alerte rouge a beaucoup de mal à s’échapper de sa formule plus disneyesque que pixarienne, à grands ressorts dramatiques éculés (foreshadowing maladroit, séquences fonctions trop identifiables). Pour un premier long-métrage, Domee Shi semble loin d’appliquer le complet potentiel de son talent d’animatrice, se contentant de réciter scolairement le cahier des charges d’une production hollywoodienne.

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      Disney/Pixar

      Pixar en perte de vitesse

      C’est une problématique à laquelle se confronte Pixar depuis plusieurs années. Incapable de renouveler le souffle dramatique de ses débuts, le studio se retrouve obligé d’appliquer une logique industrielle, à grand coup de suites moyennes (Les Indestructibles 2), quand elles ne sont pas inutiles (Le Monde de Dory, Toy Story 4). Quelques productions originales surnagent grâce au talent des historiques du studio, comme Pete Docter ou Lee Unkrich (Coco, Soul), mais les nouveaux talents peinent à insuffler un nouvel âge d’or chez le studio à l’ampoule enragée. En témoigne leur dernière production en date, Luca, qui s’enferme dans la même logique d’œuvre personnelle en appelant à l’origine italienne de son auteur, pour un récit sans audace.

      Alerte rouge souffre du même syndrome, avec son traitement amusant mais dramatiquement plat d’un pitch accrocheur. Alors que Domee Shi revendique un melting-pot d’inspirations (découvrez notre interview de la réalisatrice et la productrice Lindsey Collins), allant de la japanimation (Ranma ½, les films de kaïjus) aux œuvres Disney/Warner, la cinéaste se retrouve écrasée par ses références. Tant est si bien que l’impression de déjà vu s’installe rapidement. Surtout que la tonalité délurée semble singer les productions Sony animation, comme récemment Les Mitchell contre les machines.

      Une animation mirifique

      Le long-métrage ne manque pourtant pas d’un charme formel pour convaincre. Son esthétique mêlant photoréalisme et loufoqueries anthropomorphiques compose des instants hilarants, le sourire ne retombant que rarement pendant le visionnage. Atteignant une perfection technique qui rend bouche bée, Pixar peut se targuer d’une animation sans faille, qui voit le moindre de ses pixels magnifier l’écran. Le pari est encore une fois gagné avec Alerte rouge, d’autant que ses appels du pied aux techniques asiatiques sont réussis et dynamisent, lorsqu’ils ne sont pas trop présents, des séquences à l’origine indigestes.

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      Disney/Pixar

      On soulignera également le soin apporté à sa métaphore première, celle de la puberté, en abordant de façon directe la question des menstruations, des hormones ou des sentiments désabusés. Rares sont les longs-métrages d’animation hollywoodiens à s’emparer de ces sujets avec un tel jusqu’au-boutisme. Ce qui ne manquera pas de séduire, voire de bouleverser les spectateurs qui y sont le plus sensibles. Les autres, toutefois, ne classeront pas Alerte rouge comme l’un des opus majeurs signés Pixar.

      [Edito] : L’auteur de ces lignes voudrait souligner qu’il est révoltant que le studio qu’est Disney impose un calendrier de sortie sur plateforme numérique plutôt que dans les salles obscures qui, elles, ont besoin d’œuvres populaires pour survivre. Cette logique mercantile invisibilise le travail de l’ensemble des techniciens qui ont respecté leur part du contrat pour la major. Soul et Luca avaient déjà subi le même traitement miteux. De surcroit, rares sont les personnes à se rappeler de ses œuvres qui, comme d’autres contenus noyés dans un catalogue de productions à rallonge, sont instantanément oubliées.

      Long-métrage dynamique et pertinent, Alerte rouge ne transforme pas l’essai de par sa structure pachydermique et son manque d’audace formelle. Si ses quelques tentatives stylistiques (les chansons du boys band, ça passe ou ça casse) sont à souligner, il symbolise une stagnation pour Pixar, incapable de renouveler son cheptel de talents et d’insuffler un regard percutant, à défaut d’être universaliste.

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