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      Promethea (tome 1) : le retour du chef-d’œuvre d’Alan Moore

      Depuis fin novembre, Urban comics propose le premier tome de Promethea dans une édition unifiée : imaginez une réinterprétation de Wonder Woman infusée aux romans du XIXe siècle et à la magie. Vous laisserez-vous envoûter par ce chef-d’œuvre du scénariste de Watchmen ?

      Un scénariste majeur en liberté

      Alan Moore est souvent considéré comme le meilleur scénariste des comics. Plusieurs titres plus anciens le démontrent (Watchmen, V pour vendetta, Swamp Thing) mais la série Promethea s’inscrit dans une de ses périodes les plus fastes. Lassés des contraintes et du manque de respect de DC Comics, le scénariste obtient son propre label – America’s Best Comics (ABC) – dans la maison d’édition de Jim Lee. C’est dans ce lieu protégé de toute contrainte éditoriale que son imagination se libère. Il y crée La League des Gentlemen Extraordinaires (disponible chez Panini comics), Top 10 (déjà chez Urban) et Tom Strong (chez Delcourt) mais Promethea est résolument à part. L’écrivain britannique profite d’un récit de super-héros pour déclarer sa flamme à l’imagination et décrire sa perception de l’occulte.

      Une guerrière de l'imagination

      Promethea, une héroïne de fiction rentrant dans le réel

      Sophie Bangs finalise son sujet de thèse qui comme toujours pour ces étudiants laisse perplexe ces amis — les différentes itérations de l’héroïne mystique Promethea. Mais Sophie, passionnée, cherche à rencontrer la femme d’un écrivain ayant utilisée ce personnage. Sa situation devient franchement étrange quand cette héroïne légendaire arrive dans la réalité. Pire, Promethea lui assène qu’elle est son nouvel avatar et, en ce tournant de millénaire, elle est le héraut de l’apocalypse.

      Cette aventure se mêle à une réflexion sur la littérature et le pouvoir de l’imagination. Alan Moore ne part jamais de rien mais s’approprie des récits anciens pour en donner une nouvelle version. Forcément, Promethea fait penser à Athéna ou à Wonder Woman. En effet, Sophie se retrouve dans les plaines d’Immateria, le pays des mythes et de l’imaginaire où elle rencontre les anciennes – ou l’ancien – incarnations de Promethea tout en découvrant ses ennemis. On croirait lire Aristote mais en plus fun car ce monde imaginaire est tout aussi important que le réel. Dans le dessin, on trouve ces nombreuses références – pour les plus évidentes, Le petit chaperon rouge ou King Kong. Le personnage de Barbara Shelley fait aussi référence à Frankenstein ou le Prométhée moderne. Plongé dans tous ces fils, la lecture devient vertigineuse car toutes ces références ne sont pas un détail fun destiné aux fans mais font parties du récit. Chaque lecteur peut y trouver une interprétation différente. A côté de ces références réelles, le scénariste en ajoute de fausses.

      Promethea, la magie visuelle

      Au fil et à mesure des tomes, le scénariste rajoute des thèmes et des concepts faisant de Promethea, un récit foisonnant. Ce foisonnement peut faire penser à Hal Jordan : Green Lantern sorti cet été. Par exemple, à travers les avatars successifs de la super-héroïne, le duo artistique montre aussi différentes facettes du féminin. Ces femmes fortes ne sont pas toutes de jeunes bimbos au corps parfait mais peuvent être âgées, en surpoids… Même si ce n’est pas explicite, ces femmes ont des relations sexuelles. Le scénariste profite aussi de cette héroïne venue d’Égypte ancienne pour développer une réflexion sur la réflexion sur le clergé et le mysticisme. Le premier épisode est totalement construit en lien avec les cartes du tarot. Mais, n’ayez pas peur, on peut apprécier le livre sans avoir besoin de rentrer dans une secte. Vous aurez sans doute envie d’en savoir plus. Les scénarios de Moore sont parfois desservis par des dessinateurs ayant du mal à atteindre le niveau de complexité du texte. Ce n’est absolument pas le cas ici avec J.H. Williams III. Ce talentueux artiste américain est au sommet. J.H. Williams III s’adapte dans chaque épisode au genre mis en avant. Ses mises en page sont à la fois fluides et le lecteur peut y passer des heures à contempler chaque détail. Charles Vess l’épaule pour raconter une partie du récit se déroulant au XIXe siècle dans le chapitre quatre.

      Une couverture splendide

      L’écrin est à la hauteur du récit car l’éditeur Urban comics ne se contente pas de simplement réimprimer les anciens épisodes. La couverture d’un blanc nacré entouré d’un lettrage doré est magnifique. En plus de l’ensemble des couvertures dont celles d’Alex Roos, cette édition commence par la préface d’Alan Moore et se conclut par la postface de l’écrivain et scénariste Brad Meltzer. Les puristes seront ravis de comparer le script original de l’épisode trois avec les pages de J.H. Williams III. On peut saluer le travail du traducteur Jérémy Manesse qui avait déjà réalisé quelques tomes de la précédente édition. Dans un podcast, il avoue avoir passé une journée à traduire certaines cases. Il peut ici enfin traduire l’ensemble pour reprendre son travail précédent qui était une des premières traductions.

      Promethea est l’évènement de l’automne. Visuellement splendide, le scénario touffu d’Alan Moore plonge le lecteur dans un monde Ces douze premiers épisodes d’une série prévue en trois tomes sont un immanquable pour le fan de bd et l’apprenti magicien. Le plus dur sera d’attendre la suite programmée pour mars.

      Ce mois-ci, vous trouverez dans un autre genre, la sortie de Batman Death Metal sur ce lien.

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