Plongez dans le noir et la nouveauté avec Deep Me

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Vous en avez marre des bd qui se ressemblent toutes ? Vous êtes persuadé que rien n’a changé depuis Mickey ? Découvrez avec Deep Me combien vous avez tort.
L’objet avant tout ?

Deep Me est un récit complet en un tome écrit et dessiné par Marc-Antoine Mathieu chez Delcourt. Cet auteur français est totalement unique dans le monde de la bande dessinée. A chaque nouveau livre, il vous ouvre des portes vers l’inconnu. Auteur conceptuel, il réfléchit à la forme de la bd et propose de nouvelles expériences de lecture. On a pu le voir dans les sept tomes de la série sur Julius Corentin Acquefacques avec une histoire-miroir, une autre sur le point de fuite ou un récit sans scénario. Il poursuit également ses expérimentation dans des récits complets ou des séries parallèles.
Deepme1 Plongez dans le noir et la nouveauté avec Deep MeDeep Me démontre son originalité dans sa forme éblouissante : le livre est un bloc anthracite jusqu’aux bords des pages. On se croirait dans un tableau de Soulage. Sur la couverture, le lecteur ne voit rien en-dehors du noir mais on devine le titre, l’auteur et à l’arrière quelques phrases intrigantes. Une fois ouvert, on constate qu’une bonne moitié du livre est dénué de figures humaines mais des bulles émergent du néant. Le lecteur pourrait être perdu mais il repère différentes voix par la forme des cases ou par les nuances de gris dans les phylactères. Même sans images, les pages ont une structures qui revient régulièrement.

Au-delà de la forme toujours surprenante, l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu pousse le lecteur à des réflexions personnelles ou philosophiques. Deep Me poursuit l’étude du Grand Rien en présentant une conscience isolée (d’où le noir complet) confrontée à son ignorance. On voit un esprit raisonner. Ne pouvant se baser sur aucun sens ni ses souvenirs, le narrateur réfléchit pour comprendre ce qu’il lui arrive. Adam s’éveille en entendant son prénom mais sans comprendre où il est, pourquoi personne ne l’entend alors qu’il voit des ombres. On est effrayé par l’extrême solitude d’Adam. D’abord totalement perdu, Adam élabore progressivement une réflexion et cherche la moindre sensation. Deep Me nous parle de l’existence : que reste-t-il d’un être humain sans ses sens ou ses souvenirs ? Marc-Antoine Mathieu donne la réponse : les mots.

Non, l’objet avec les sentiments
deep meMais Deep Me n’est pas une œuvre froide. Dans 3 secondes, Marc-Antoine Mathieu rentrait dans l’image, mais aussi dans un récit policier en suivant le trajet d’une balle du tueur à sa victime. Le sérieux de la réflexion n’empêche pas l’humour comme dans DIEU où le divin reçoit le Grand Prix de la Critique. Dans Deep Me, l’esprit fluctue entre conscience et noir absolu comme le montre l’effacement régulier des mots. Adam tente de s’accrocher à un mot, l’Eclipse. Le lecteur est partie prenante du récit car, aussi perdu qu’Adam, il élabore des hypothèse que Marc-Antoine Mathieu valide progressivement. Est-on dans l’esprit d’un patient dans le coma ? Pourquoi entend-il des inspecteurs ? Deep Me devient alors le plus addictif des polars ou des récits de prison car sans voir les visages on est totalement immergé dans l’esprit d’un homme piégé dans son propre corps. Deep Me n’est pas désespéré. On s’amuse des incompréhension d’Adam et des dialogues parfois absurdes entre ces personnes invisibles. On est ému de la force d’un homme qui lutte contre l’adversité. Il ne doute pas de lui mais des autres. Cependant, le retour des images brise toutes les certitudes du lecteur en même temps que celle d’Adam.

Avec Deep Me, le lecteur comprend à nouveau la richesse de l’univers de Marc-Antoine Mathieu. Par des moyens très simples, il plonge le lecteur dans des réflexions abyssales sur l’esprit, la solitude, la vie… Mais on ne s’ennuie jamais car l’auteur sait installer un stress, une tension à partir d’une idée : un homme inconscient va-t-il devenir conscient ?
Retrouvez notre critique sur L’Hyperrêve du même auteur et une autre bd concept avec Mundus.