Critique « Downsizing » d’Alexander Payne : une réflexion drôle et sans prétention sur notre avenir

Critique « Downsizing » d’Alexander Payne : une réflexion drôle et sans prétention sur notre avenir

Critique « Downsizing » d’Alexander Payne : une réflexion drôle et sans prétention sur notre avenir

Réalisation

Scénario

Casting

Mise en scène

Thématiques

Summary:
Le premier film de science-fiction du réalisateur américain est un pari audacieux et réussi. Une forme très bien maîtrisée pour une première avec un univers drôle et crédible. Et un fond riche, nuancé et immensément réaliste sur notre société. Au final, une oeuvre universelle qui marque son approche d'un propos malheureusement inévitable.

78%

Une expérience enrichissante !

L’année 2018 commence sur les chapeaux de roues avec un projet de longue date qui sort enfin en salles : Downsizing, septième film d’Alexander Payne, après une écriture de plus de dix ans. Le réalisateur nous présente une oeuvre polymorphe, entre science-fiction, comédie et drame social. Encore le cocktail particulier de l’américain qui sait subtilement jongler entre le comique et le dramatique, tout en portant un regard réaliste et plein de réflexions sur notre société. Préparez-vous à rétrécir !

Entre dystopie et prise de conscience

Downsizing est sans conteste un film déjà clé dans la filmographie d’Alexander Payne. Pourquoi ? Premièrement, le genre. Même si son géniteur refuse de le labelliser, le film est au carrefour de plusieurs registres. Au milieu de la sauce magique Payne, l’aspect futuriste lui colle indéniablement une étiquette de science-fiction. Mais pas que ! On rit, on verse une larme et surtout on sort de la salle en se posant des questions. Voilà le génie de Downsizing ! A partir d’une prémisse assez absurde (rétrécir les gens pour lutter contre la surpopulation) Payne en fait un film plutôt sérieux, qui propose des solutions dignes de réflexion. De nombreux thèmes sont évoqués tels que l’écologie en tête, la société de consommation, le regard sur « l’autre qui n’est pas comme nous » et j’en passe. 

On retrouve un héros typiquement paynien (excusez le néologisme) : le quadra pommé dans sa vie, qui cumule les déboires émotionnels pour finalement atteindre un cap social. La solution miracle proposée par des scientifiques scandinaves apporte son lot de réflexion. Le downsizing n’est pas seulement bénéfique à la planète. Il l’est surtout pour le portefeuille de l’intéressé qui voit son montant multiplier grandement. Et c’est là qu’on voit le génie de cette dystopie qui pose un regard sur la société de consommation et l’enrichissement personnel en les élevant comme un besoin quasi-primaire. Au même niveau que la préservation de l’espèce humaine sur le papier ! Downsizing est sans nul doute la première dystopie qui n’en est pas une originellement. Car qui dit dystopie dit automatiquement société clairement autoritaire et pessimiste. Dans ce cas, la solution vient du mix entre la science et le marketing. Du coup, tout le monde est éligible. Une histoire universelle qui pourra toucher un public très large qui se demandera « est-ce que je l’aurais fait également ? » 

L’univers crée par le duo Jim Taylor/Alexander Payne, est très richement illustré côté décorations grâce aux talents de Stefania Cella (nouvelle arrivée dans la famille artistique Payne). Nos objets du quotidien prennent un nouvel aspect quand leur taille démesurée est utilisée de manière artistique. Comme Dusan (Christoph Waltz) qui fait d’un billet d’un dollar une magnifique toile au mur de son salon. Chaque petit accessoire est clairement motivé par une narration de fond dès la sortie du four à micro-ondes. Payne vient rappeler qu’au cinéma, chaque chose à l’image sert au film (même les perches d’un preneur de son assoupi).

Le film grandit peu à peu, de comédie romantique à drame social. On est également porté par une histoire qui n’emprunte pas des rails classiques. La narration est rondement bien menée, si l’on prend la peine de se laisser porter par le récit. Les tribulations comico-dramatiques de Paul Safranek l’amènent vers des thèmes beaucoup moins légers car Downsizing parle de la ghettoïsation et des deux faces (surtout celle cachée) de toute action entreprise par l’homme. On voit que le downsizing réunit des communautés différentes qui ont recours au processus pour des motivations aux antipodes. Le scénario propose donc plusieurs dualités, entre les grands et les petits par la taille d’abord. Puis l’on se concentre sur les petits pour voir que des disparités sociales, morales et écologiques subsistent. Payne nuance un univers qu’il faut déjà assimiler pour passer au stade supérieur.

L’illusion parfaite !

Ce septième film est le baptême du feu pour le réalisateur qui n’avait jamais entrepris une oeuvre massivement basée sur les effets visuels avant. (ndlr : à différencier des effets spéciaux qui sont réalisés sur le plateau, ex: la pluie). On a déjà abordé le décor plus tôt, la mise en scène est réellement au service du downsizing. Payne, en tant que bon réalisateur, a d’abord voulu privilégier la performance d’acteur aux artifices des VFX. En revanche, impossible de ne pas saluer son travail, chapeauté par James E. Price, son superviseur d’effets visuels. Un travail en étroite collaboration avec son monteur de toujours, Kevin Tent. Le downsizing a été étudié bien en amont du tournage par ce trio afin de rendre un résultat très immersif.

Bien qu’habitué à accorder peu d’intérêt aux cadres, le duo Phedon Papamichael (chef opérateur) et Payne ose dans ce film. Le pari est grandement salué par une série de plans assez bien motivés et une caméra qui bouge allègrement, avec un but, dans ce microcosme. Pour reprendre les mots du réalisateur, il devenait problématique de filmer des gens petits et grands avec des caméras de taille normales. La maîtrise de la mise en scène prend toute sa valeur dans ce plan à la sortie du four à micro-ondes où des maïeuticiens attendent la dernière fournée. La caméra est plus mobile que dans ses autres films et le résultat est à la hauteur de l’attente de certain(e)s.   

Fidèle à lui même, Payne nous entraîne dans des paysages variés et surtout réels. Evidemment, tout commence dans son Nebraska natal et la ville d’Omaha qui a accueilli tous ses films, à l’exception de Sideways et The Descendants. L’équipe s’est envolée vers le nord de la Norvège pour filmer le détroit de Raftsund dans le bras appelé Trollfjord. Beaucoup de productions hollywoodiennes (notamment avec des hommes et des femmes en combinaison latex avec/sans cape) auraient opté pour le fond vert (ou bleu pour mieux représenter la rivière….). Payne se détache de ses semblables en voulant montrer des paysages authentiques. Il se dit d’ailleurs documentaliste dans son approche des lieux et décors. The Descendants en est un exemple brillant ! Downsizing fait voyager ses personnages et le public dans des contrées tellement différentes et spectaculaires, une belle représentation des richesses de la planète bleue.

L’univers du monde des petits tient la route de A à Z. De la nourriture jusqu’à la pelle qui sert à ramasser la nouvelle fournée, tous les objets que nous utilisons dans notre vie sont minutieusement intégrés dans le décor. Un aspect de la narration que le réalisateur trouve primordial avec celui abordé prochainement. On a vu des extérieurs à couper le souffle. Admirez maintenant l’intérieur. Le downsizing est avant tout un moyen de préservation de l’espèce humaine. Vous ne verrez plus vos bouteilles de vodka de la même manière en sortant. Chaque micro détail trouve sa place dans le cadre en alliant pragmatisme et humour à l’image des films d’animation comme A Bug’s Life (1001 Pattes) ou bien Ratatouille, qui s’intéressent à des individus petits habitant le monde des grands. Dans un film d’animation, tout est créé informatiquement. Payne les a filmés et mis en scène ! Une aimable démonstration qu’un bon film de divertissement et de VFX hollywoodien peut coûter moins de 70 millions de dollars et être grandement plus profond.  

Hong Chau……et le reste !

Son nom n’est pas sur l’affiche et pourtant c’est bien elle la vedette du film. La performance de l’actrice américano-vietnamienne est tout simplement géniale ! Son personnage de réfugiée politique annonçait déjà la couleur dès le début du film. On a déjà pu la voir dans Inherent Vice de Paul Thomas Anderson en (2014). Un réalisateur à la mise en scène ingénieuse d’ailleurs, que la rédaction vous conseille vivement. Bien qu’elle n’apparaisse qu’assez tardivement, le spectateur s’attache indéniablement à elle, jusqu’à se désintéresser du malheureux Matt Damon. Son interprétation est spontanée, forte et en toute discrétion à la fois. Une agréable surprise qui apporte un ton nouveau au film, jusqu’ici porté par Damon et Waltz. 

L’acteur autrichien est également un personnage attachant. Qui de mieux que le fanfaron qu’on connaît pour interpréter l’aspect festivement consumériste du downsizing ? Il est tellement génial dans son rôle que la femme de Payne est tombée sous son charme, à redemander plus de séquences avec lui à l’oreille de son mari lors du montage. Bien qu’il traite le sujet épineux sous un ton comique, Dusan est un personnage clé dans le message sur la société de consommation et les déboires permis par une fortune amassée lors du downsizing. Au final, chaque personnage représente une des nombreuses nuances du scénario dans ses motivations personnelles. Dans un monde réduit, les questionnements subsistent et prennent même une ampleur plus importante que dans le monde des grands. 

Le casting est à la hauteur de la promesse du réalisateur qui souhaitait faire un film d’effets visuels qui privilégie les acteurs. Ses deux alliés du monde des petits sont finalement les personnages qui marqueront le plus à la fin de cette épopée. Tout le monde le dit et le sait au fond de lui : le casting fait le film. Encore une fois, l’œil affûté de Payne a vu juste. La petite troupe agit ensemble de manière touchante, drôle, toujours avec spontanéité et justesse. Ils sont monsieur et madame tout le monde, n’ont pas de supers pouvoirs (ni de sabre lasers) et nous touchent tout simplement. Parce qu’on croit vraiment à leur histoire. 

L’accouchement a été long (120 mois) mais Downsizing est une vraie réflexion sur notre avenir. Le réalisateur apporte une solution complètement farfelue mais nuancée qui pose un regard analytique et humain sur un futur inconnu. Un pari audacieux de combiner l’humour, l’écologie et la réflexion dans un genre tout nouveau pour lui. Le film, premièrement présenté à la Mostra en août 2017 a recueilli un accueil confiant et élogieux. Downsizing n’est ni un chef d’oeuvre, ni une révolution cinématographique mais un film au fond immensément précieux. Un pamphlet dystopique humaniste non-voulu et qui fait plaisir à voir ! Comme quoi on peut allier des thématiques sérieuses et urgentes avec un cocktail comico-dramatique. Un modèle de cinéma de divertissement pour les générations actuelles et futures ! 

 

Teaser de Downsizing :

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