LE SOLILOQUE DE GRIMM au Lavoir Moderne Parisien, touchant et troublant

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Après un succès au Festival d’Avignon Off, Le Soliloque de Grimm se joue jusqu’au 10 avril au Lavoir Moderne Parisien. L’occasion de découvrir ce spectacle aussi troublant que touchant.

« Comédien, le look clodo et acloolique, il faut s’appeler Depardieu pour trouver un job… »

 

Un décor de squat sordide. Juste de quoi se donner l’illusion d’un confort minimaliste, l’illusion de pouvoir survivre… de tenir au jour le jour avec tout juste de quoi manger, dormir et boire, boire et encore boire. Le Soliloque de Grimm nous fit d’abord entrer dans le cliché rebattu du sans-abri…

Au milieu de ce décor triste à pleurer un SDF incarné par Fred Saurel, seul en scène, sort de sa tente Quechua. Sale, hirsute, ivre encore de la veille, il se lance dans des considérations pseudo philosophiques, sociales ou politiques en usant d’un humour proche des brèves de comptoir. Très présent sur la scène, par un jeu qui sonne vrai, c’est sa vie qu’il raconte, lui, le « locataire du froid » et celles de ses copains d’infortune. Il dépeint les parcours chaotiques d’une caissière, d’un cheminot, d’un acteur entre autres : le tas de pauvreté de leur vie insoutenable de foyer en refuge avant de toucher le fond.

Au départ, les tentes Quechua c’est quand même prévu pour les mecs qui montent au sommet, pas pour ceux qui touchent le fond… »

Fataliste, il mène sa vie de misère -« chez nous, ça va, ça meurt »- et se raccroche à ses souvenirs heureux émaillés de trous de mémoire qui sont ses piliers et sa raison de vivre : son père et sa femme dont il est toujours follement amoureux.

De sa voix puissante qu’il sait moduler et maîtriser, Fred Saurel passe du rire (jaune) aux larmes (contenues), d’une émotion à une autre dans un rythme crescendo qui va du mal-être au désespoir.

Il ne s’adresse pas aux spectateurs, il souffre de la « soliloquie de Grimm ». Il parle à son miroir, il se la raconte sa vie déshumanisée, sa déchéance, sa mélancolie et sa tristesse qui le mèneront au désespoir ultime.

La mise en scène de Jean-Philippe Azéma sobre et tout à fait réaliste, alliée à l’ingéniosité des accessoires du décor, ne tombe jamais dans les pièges du misérabilisme. Il est même des moments où l’on trouve à sourire voire à rire. Le spectateur ne peut rester insensible à la profondeur du personnage. On se retrouve interpelé et ému.

Le Soliloque de Grimm dresse un portrait réaliste et humaniste des SDF à découvrir sans hésitation !

 

 

Informations Pratiques

Le Lavoir Moderne Parisien à 20h30
Rue Léon – Paris

Durée : 1h20