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      Dossier : Comment le Streaming a changé notre consommation musicale ?

      A l’heure actuelle, il y fort à parier que vous écoutiez votre musique via une plateforme de streaming. En effet, Deezer et ses compères nous facilitent la vie en proposant du contenu musical varié et accessible rapidement sur nos appareils. Tout cela au détriment des disques physiques. Si le streaming peut être vu comme une innovation pertinente et utile, il a aussi, au fil du temps, conditionné l’auditeur : consommation rapide des albums, obsolescence du format album… En bref, focus sur comment le streaming a changé notre façon de consommer la musique. 

      Une industrie musicale en difficulté

      Commençons par le début. Dans les années 2000, en France, l’industrie du disque est fortement touchée. Elle connaît une longue crise sans précédent. Selon le SNEP (Syndicat National des Écoutes Phonographiques), les ventes de disques chutent de 19% en 2007. Il s’agit là de la plus grosse chute en Europe.

      Les raisons sont diverses : la forte concurrence, que ce soit des artistes américains ou des nouveaux artistes francophones, le développement des nouveaux médias : Internet, téléphone en tête… Et bien sûr le téléchargement. Prenons l’exemple du rap. En effet le rap est une musique écoutée essentiellement par les 15-34 ans, qui n’ont donc pas forcément les moyens de s’acheter un disque à la FNAC ou autres. La deuxième option est donc le téléchargement, souvent illégal.

      De ce fait, la musique est consommée en masse par les auditeurs mais ne peut pas être comptabilisée comme une vente pour l’artiste. Seul l’achat d’un disque fait office de vente. Nous retrouvons avec ce cas de figure : Des artistes se retrouvent sous-évalués car la totalité des écoutes n’est pas comptée, alors que le nombre d’auditeurs rap ne cesse d’augmenter. En effet, lorsque l’on est habitué à avoir des disques gratuitement et rapidement, on n’a pas forcément l’envie de remettre son argent dans un disque.

      Les solutions face à la crise

      Face à cette chute spectaculaire de l’industrie du disque, les majors tentent de riposter. La solution tient en un mot : Streaming. En effet, grâce à l’émergence de plateformes de streaming comme Deezer ou encore Spotify, l’industrie du disque revit. Ces plateformes sont une véritable alternative au disque devenu désuet. Et ça, les producteurs l’ont bien compris. Ces nouveaux outils sont donc utilisés pour distribuer la musique.

      En 2019, on compte pas moins de 248 millions d’utilisateurs dans le monde entier sur Spotify. De plus, toujours selon le SNEP, plus de 50% des transactions musicales se faisaient sur la toile. En clair, le streaming est un véritable seconde souffle pour la musique.

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      Les streams et les ventes

      Comme nous l’avons dit plus haut, les maisons de disques sentent le vent tourner. De plus, le streaming permet de réellement mettre en lumière l’impact et le nombres d’auditeurs réelles. En 2016, les écoutes sur les plateformes de streaming sont officiellement prises en compte pour un album. C’est un tournant majeur car nous passons d’une logique d’achat à une logique d’écoute. Un système qui se base sur le nombre de fois où la musique est jouée.

      Cette nouvelle méthode a d’ailleurs permis au rap de devenir la musique la plus écoutée en France très rapidement. En effet, le rap vise avant tout les jeunes et ils sont majoritaires sur les applis de musique (34% des utilisateurs sont des 16-34 ans). Ainsi, la consommation d’un jeune de 17 ans n’est pas la même que celle d’un adulte de 45 ans. Bien qu’il ait des avantages considérables, le streaming change la façon de produire, d’écouter et de profiter de la musique.

      Overdose de musique

      A l’époque du CD, la sortie d’un album était un événement. La tête d’affiche avait préparé son projet pendant 2 ou 3 ans et distribuait un CD travaillé et abouti à son public. L’auditeur profitait longuement du CD de l’artiste car il savait pertinemment que le prochain sortirait dans longtemps. Il y avait valeur limite sentimentale avec le CD, car il représentait un aboutissement. A l’heure du streaming et de la musique dématérialisée, l’auditeur se retrouve avec une surproductivité record. Il arrive même qu’un artiste sorte 2 projets la même année. Comme Jul par exemple. Cette surproductivité amène forcément à une surconsommation du produit.

       

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      En effet, on en vient a consommer la musique tel un fast-food, au point qu’on a à peine le temps de digérer qu’on nous force à manger la suite. De plus, ajoutez à cela le nombre d’artistes qui a triplé, dû à la facilité de production. Cette abondance musicale se remarque le vendredi, jour des sorties d’albums, où quasiment chaque semaine, le public se retrouve avec 5 projets à écouter au minimum. Alors oui, rien ne vous force à écouter tous les projets, mais force est de constater qu’on se retrouve face à une offre bien supérieure à la demande.

      Musique commerciale

      Ensuite, vient le problème de la production. Les musiciens ont compris l’importance de la « Replay value » avec le stream. Il faut donc des sons accrocheurs, facile à réécouter. De ce fait, les musiques et par extension les albums, sont beaucoup plus courts qu’à l’époque en terme de durée. Le défunt XXXtentacion avait sorti un album de 18 titres pour une durée totale de 37 minutes… La consommation d’un album est différente, le nombre d’albums qui sortent le même jour fait qu’on ne peut pas s’attarder sur tous les projets.

      Les fans vont donc sélectionner des titres, soit les featurings ou les hits et les mettre dans leur playlist et le reste : poubelle ! Les artistes, en créant leurs albums, vont donc prendre en compte ces critères et adapter leur musique pour tourner en playlists ou en radio.

      Album ? de XXXtentacion

      C’est donc avec une conception davantage marketing qu’artistique qu’ils préparent leurs projets. Il semblerait qu’il existe un cahier des charges que s’imposent 90% des acteurs de la musique. Pour illustrer le propos, voici un exemple : Quand le phénomène « afrotrap » est apparu en France, portée par MHD, beaucoup d’artistes ont surfé sur la vague afro alors que ça ne correspondait pas à leur musique de base. On peut citer Kaaris par exemple avec le titre Tchoin. Un titre plutôt dansant aux antipodes de ce qu’il pouvait faire sur Or Noir.

      Le format album en péril

      En reprenant l’argument ci-dessus, on peut se demander si le format album est encore pertinent avec le streaming. Le phénomène de playlist rend le format album obsolète. En effet, aujourd’hui, peu d’auditeurs écoutent des albums du début à la fin. Ajoutez à cela la longueur de l’album. Pour augmenter leur nombre de streams, les artistes n’hésitent pas à proposer des albums pouvant dépasser les 40 titres comme Chris Brown et son album Indigo . N’est-il pas plus pertinent pour certains artistes de sortir des sons à intervalles réguliers ou des projets courts , style EP ? Plutôt que s’entêter à produire des albums moyens dans lesquels l’auditeur ne retiendra que 2 à 3 sons ? Bonne question !

      En définitive, le stream a révolutionné l’industrie du disque et lui a permis une renaissance. Il a démontré en chiffre, les réelles écoutes de certains artistes et a permis au rap de s’installer comme la nouvelle variété en France. Il faut reconnaître que les plateformes de streaming ont un réel impact culturel en mettant à disposition du contenu musical d’époque et moderne. Toutefois, grâce (ou à cause) de lui, la musique ne se consommera jamais plus comme avant. L’affect et le culte que l’on vouait aux CD est remplacé par la surconsommation et l’obsolescence. 

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