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      Critique de The Book of Fish, l’histoire d’un érudit en exil qui s’intéresse aux poissons et d’un pêcheur qui voudrait devenir magistrat.

      Basé sur la préface de « The Book of Fish » écrite par Jung Yak-Jeon, le réalisateur Lee Joon-ik, connu par ses films d’époque, revient pour nous parler de la vie de Jeong Yak-jeon, érudit catholique. Et en profite, par la même occasion pour nous dépeindre les inquiétudes de la Corée du début du XIXe siècle.

      Réalisé par Lee Joon-ik
      Scénario de Kim Se-gyeom
      Basé sur Jasaneobo, Encyclopédie Pishine, de Yak-jeon
      Photographie Lee Eui-tae
      Date de sortie 31 mars 2021
      Durée 126 minutes
      Pays Corée du Sud
      Langue Coréen

      Distribution
      Sol Kyung-gu
      Byun Yo-han

      Synopsys

      Jung Yak-Jeon est un l’érudit aux ordres du roi Jeongjo. Accusé de trahison, il est exilé en 1801 sur l’île de Heuksando après l’ascension du roi Sunjo sur le trône. Il rencontre Jang Chang Dae, un jeune pêcheur qui possède une très large connaissance de la mer, de la flore et de la faune. Adepte du confusionnisme, il refuse de parler à ce traître catholique. L’érudit, passionné par tout ce que le jeune homme peut lui apprendre au sujet des poissons, commence à écrire un livre qui sera une référence dans le domaine en Corée du Sud. Petit à petit, il deviendra le mentor de ce pêcheur assoiffé de savoir.

      Impressions

      Les deux hommes ont en apparence des philosophies différentes. Jang Chang Dae, le jeune pêcheur ne peut pas concevoir qu’on puisse croire en un monde sans roi. L’érudit, lui, rêve d’une société où tous les êtres humains seraient égaux. Par leurs échanges, ils reflètent la situation changeante de cette époque. Ils se disputent. Jang Chang Dae adhère aveuglément aux valeurs ancestrales du confucianisme et rejette les pensées occidentales. L’érudit essaie de lui faire comprendre que ce n’est pas parce qu’on embrasse la foi catholique qu’on rejette la philosophie de Confucius.

      Par ses idées révolutionnaires et progressistes, par sa mort atroce, le prince Sado semble avoir mis un pétard dans une fourmilière. La culture a été en effet affranchie, provoquant toute sorte de réactions. Son fils, le roi Jeongjo, est à l’origine du plus grand tournant culturel de l’époque et finalement de la Corée. Et puis, le roi meurt et c’est la débandade totale entre les idées provenant de l’Occident, les partisans du néoconfucianisme et les conservateurs.

      Les interactions entre les deux hommes semblent anodines. Leurs échanges se font en effet sur un ton drôle et insouciant. Elles sont en réalité le reflet du modernisme florissant du début du XIXe siècle de la Corée.

      The Book of Fish

      The Book of Fish, un Film en noir et blanc

      Ce n’est pas la première fois que Lee Joon-ik se sert du noir et blanc pour l’un de ses films. La comparaison entre « Dongju: The Portrait of a Poet » et « The book of fish » s’avère très intéressante. Le noir et blanc du premier film donne une impression de cendres, de quelque chose d’opaque, de poussiéreux. Cela ajoute de la pesanteur. Comme une pollution qui s’accroche à la peau et qui nous fait sentir sales. Les détails s’accentuent alors. Les cernes, le sel dans le coin des lèvres, la maigreur. Le noir et blanc du « Portrait of a Poet » nous enferme dans cette prison japonaise, nous accule. Il accentue le sujet dramatique, il permet presque un transfert.

      C’est avec une certaine appréhension qu’on aborde un film qui traite d’un poète emprisonné sous l’occupation japonaise, en noir et blanc qui plus est. Mais de la même façon qu’une chanson est capable de nous situer dans une ambiance particulière, le choix monochrome du réalisateur nous ouvre aussi la porte directement vers une atmosphère très orientée.

      The book of fish

      Paradoxalement, le noir et blanc de « The book of fish » ajoute de l’amplitude à l’espace. Le travail du réalisateur et du cinématographe, déborde de l’écran du moment précis où île, la mer, font leur apparition. Pas besoin de couleur. Les prises, les contrastes, la luminosité, cette évolution dans cette surface confinée où tous les habitants semblent avoir une relation fraternelle. Tous ces détails ouvrent une dimension, comme une joie de vivre.

      Il est aussi évident que le choix du noir et blanc nous ramène directement aux premiers ébauches du cinéma japonais, avant l’année 1930. À ce moment-là, il était question des héros sages, gentils aux airs naïfs qui représentaient l’évolution vers le modernisme. Cette histoire basée sur des faits réels prend tout son sens par ce choix du directeur.

      Et puis bien sûr, impossible de négliger ce détail à la fin, qui nous ramènera inévitablement vers cette petite fille au manteau rouge de « La liste de Schindler« . Par cette scène, Spielberg avait voulu nous montrer l’être humain juif comme une individualité plus que comme un groupe. Dans « The book of fish« , ce petit oiseau bleu qui sort d’un oursin pourrait nous faire penser à un pays qui cherche à s’envoler. À se libérer, en somme. Un sentiment très fort s’approprie de nous : le réalisateur a réussi à nous faire ressentir l’espoir de l’érudit.

      The book of fish

      Le réalisateur

      Lors d’une interview donnée au « The Korea Times » Lee Joon-ik parle de son envie de faire connaître l’histoire de la Corée. « Quand j’ai assisté à des marchés du film à l’étranger et rencontré des gens de l’industrie, j’ai réalisé qu’ils connaissaient très peu l’histoire de la Corée. Cela m’a encouragé à faire « Il était une fois sur le champ de bataille » en 2003. Heureusement, c’est devenu un succès, qui m’a donné la force de continuer à faire des films d’époque jusqu’à aujourd’hui ». Et c’est tout à son honneur. Car des films comme Le Roi et le Clown, Sunny ou encore The throne lui ont valu la reconnaissance, pas seulement dans son pays mais aussi au niveau international.

      Contexte historique

      Les trois frères, Yak-Jeon, Yak-Jong, et Yak-Yong, sont nés à l’époque de l’exécution du prince Sado. Le prince Sado (1735-1762) a été condamné par son propre père à mourir enfermé dans une boîte de 120cm². Accusé d’aliénation et de trahison. Son crime ? Il voulait que le peuple apprenne à lire et à écrire, qu’il puisse avoir accès à la culture, aux manuscrits initiatiques. Comme ses idées révolutionnaires étaient inacceptables, il aurait dû être condamné pour trahison. Absolument inenvisageable car cela aurait coûté la vie de sa femme et de son fils. Il a alors été accusé d’aliénation, ce qui lui a valu une mort atroce.

      Le roi Yeongjo, père du prince Sado, a ordonné que tout ce qui avait été écrit au sujet du prince soit brûlé. Il a en outre imposé de ne plus parler de lui, comme s’il n’avait jamais existé. Or à la mort du roi Yeongjo, c’est Jeongjo (né Yi San), fils du prince Sado et déjà nommé régent, qui monte sur le trône. C’est lors de sa cérémonie d’intronisation, qu’il proclame être le fils du prince Sado, provoquant la peur et la méfiance des tous les politiciens qui avaient joué un rôle dans l’exécution du prince.

      Il passera la plupart de son règne à essayer de laver le nom et la réputation de son père. Tout en mettant en place tous les idéaux dont son père rêvait. Il est à l’origine d’une bibliothèque royale « Kyujanggak (규장각) », dont l’objectif était d’améliorer la position culturelle et politique de Joseon. Avec l’aide des nombreux érudits comme Jeong Yak-Yong, frère de Jung Yak Jeon (personnage principal du film), il a ouvert des postes au gouvernement à tous ceux qui ne pouvaient les examens royaux à cause de leur rang social.

      Mais le roi Jeongjo meurt à l’âge de 47 ans. Sa veuve, la reine Jeongsun assure alors la régence. Elle s’oppose aux réformistes et aux catholiques, considérés comme des traitres. C’est pourquoi en 1801, Jeong Yak-Jong, dirigeant de la nouvelle communauté catholique, est exécuté et ses deux frères envoyés en exil. (Début du film)

      The book of fish
      The book of fish

      Comme toutes les œuvres mises en scène par le réalisateur Lee Joon-ik, The Book of Fish, nous apporte un fragment de l’histoire de la Corée. Rempli des couleurs malgré le choix du monochrome, il nous sera possible de sentir les odeurs, la passion et les émotions.

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