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      Deauville 2017 – « Katie says Goodbye » de Wayne Roberts : sexuel et subversif

      Présenté au Festival du cinéma américain de Deauville, Katie Says Goodbye est l’un des films les plus subversifs de la compétition. Avec une héroïne aussi forte que fragile, une sexualité omniprésente et des personnages secondaires hauts en couleurs, ce film de Wayne Roberts est une fable qui devrait grandement marquer les membres du jury. 

      La sexualité au centre de tout 

      Katie Says Goodbye frappe immédiatement par ses scènes de sexe crues et sans concessions. Le sexe n’est pas seulement montré pour être montré. Il nous est dévoilé sous toutes ses facettes, des plus communes aux plus violentes, en passant par le sexe comme outil de contrôle. Ainsi, nous avons affaire à un personnage féminin aussi naïf que résistant, connaissant aussi bien le sexe qu’elle ignore l’amour fou. Ignorance vite balayée lorsqu’elle rencontre Bruno (interprété par Christopher Abbott, déjà présenté au festival avec Sweet Virginia). 

      Si le sexe est aussi présent dans cette oeuvre, cela ne manque pas de faire passer de nombreux sous-textes. Ainsi, nous (re)découvrons progressivement à quel point sexualité est synonyme de commérages, la façon dont la prostitution peut ternir la réputation d’une personne (malgré le fait qu’elle n’ait pas le choix) ou encore à quel point le viol est une pratique aussi destructrice que banalisée. Il s’agit d’une bonne chose que ces sous-textes soient présentés de manière aussi directe au spectateur, car il s’agit d’une façon de commencer à faire évoluer les mentalités. En effet, malgré le fait que nous soyons en 2017, la sexualité est un sujet encore bien trop tabou. Il est donc judicieux, dans une société encore patriarcale et où la culture du viol est très ancrée, d’en présenter les faces les plus sombres de manière aussi brutale. 

      Un actrice principale parfaite 

      L’interprétation de la jeune Katie par Olivia Cooke est tout simplement parfaite. En interprétant ce personnage d’une grande naïveté, Cooke retranscrit à merveille toutes les émotions découvertes par Katie au fur et à mesure de son parcours. Ce personnage naturellement attachant de par sa gentillesse est mis en totale contradiction avec d’autres bien plus malveillants, tous très bien interprétés. On pense à Christopher Abbott déjà évoqué plus haut. Après son rôle de tueur implacable dans Sweet Virginia, le voici en rôle de mécanicien un peu bêta et repris de justice. Personnage totalement aux antipodes de Katie, celui-ci la complète parfaitement et crée avec elle un duo totalement improbable. Enfin, les personnages secondaires sont tous très bien marqués et reconnaissables dans l’histoire. Nous ne sommes ainsi pas perdus entre ceux attachants et ceux exécrables. La fresque de personnages créés est ainsi très réussie. 

      Réalisation et écriture en demi-teinte

      Malgré beaucoup d’aspects positifs, Katie Says Goodbye souffre de quelques soucis de réalisation ainsi que d’écriture. 

      Commençons par le positif : la réalisation du film instaure une proximité très réussie avec les personnages et permet une rapide implication du spectateur. En outre, l’écriture permet de bénéficier des sous-textes évoqués précédemment. Ces deux aspects réunis permettent une expérience crue, proche des personnages et de leur dilemme. 

      Cependant, le scénario perd de sa solidité du fait de sa prévisibilité. La majorité des événements, notamment tout ce qui est négatif, se prévoit avec une facilité un petit peu décevante. Peut-être aurait-il été préférable de jouer avec l’intelligence des spectateurs afin de les emmener dans une direction différente de ce à quoi ils s’attendaient. En outre, quelques séquences filmées en caméra à l’épaule sortent temporairement le spectateur de l’intrigue. Là où la plupart de la mise en scène est réussie et crée son atmosphère bien à elle, les séquences en caméra à l’épaule ne semblent pertinentes ni pour le fond, ni pour la forme. 

      Katie Says Goodbye devrait sans nul doute marquer les membres du jury de Deauville autant qu’il a marqué les spectateurs. Avec sa mise en scène et son écriture sans concessions, cette oeuvre est indéniablement l’une des plus marquantes de l’année 2017. 

      Bande-annonce Katie Says Goodbye

      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

      2 Commentaires

      1. « Katie Says Goodbye frappe immédiatement par ses scènes de sexe crues et sans concessions. Le sexe n’est pas seulement montré pour être montré. » On n’a pas dû voir le même film alors !!! Toutes les scènes de sexe sont d’une incroyable pudeur et on ne « voit » jamais rien. La scène de viol est même carrément filmée hors champs (et heureusement). Vous êtes sûr d’avoir vu le film ??? Si ces scènes sont « crues et sans concessions », du coup, je me demande comment vous avez vécu les scènes de « La Vie d’Adèle »…

        • Pour qu’une scène soit « crue et sans concessions » il ne suffit pas de montrer un organe génital ou de la nudité… L’aspect très cru des scènes de sexe réside dans la proximité que nous avons avec les personnages. La scène de viol est certes hors-champs, mais cela la rend bien plus impactante que si nous avions vu quoi que ce soit.
          En outre, mes propos « cru et sans concessions » (que je maintiens car nous sommes au plus proches des protagonistes) ne sont pas utilisés de manière péjorative, mais bien comme un compliment vis-à-vis de la mise en scène. Être aussi impactant tout en restant aussi sobre (voir en ne montrant rien) démontre la maîtrise de son réalisateur.
          Quant à la phrase « Le sexe n’est pas seulement montré pour être montré », c’est évidement « la sexualité » au sens large qui est désignée et non pas un quelconque « sexe » au sens propre. Et la sexualité étant au centre de beaucoup de choses dans ce film, cette phrase n’est en rien hors-propos avec l’oeuvre.
          Je pense qu’il y a un vrai malentendu entre ce que vous avez pensé du film et ce que vous avez compris de ma critique, car globalement, je pense que le film vous a impacté autant que moi, ce qui peut se comprendre au vu de sa qualité.

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