More
    More

      Critique « Barbara » de Mathieu Amalric : déclarations d’amour mises en scène par un oeil aguerri et passionné

      Le film d’ouverture d’Un Certain Regard au Festival de Cannes en mai dernier est une sérénade romantique et touchante. Pour son sixième long métrage, Mathieu Amalric met à l’honneur la chanteuse Barbara avec une oeuvre à l’approche très judicieuse. L’histoire du tournage d’un biopic sur la musicienne. Une véritable mise en abime du cinéma, art que l’acteur/scénariste/réalisateur affectionne depuis son enfance et auquel il est devenu un pilier et un digne représentant. Cette chronique est tendre, juste, originale et Jeanne Balibar nous livre une performance à la limite de la perfection. Un énorme coup de coeur pour ce duo qui voue un amour éternel au 7ème art. 

      Amalric et le cinéma, une romance qui dure depuis trente ans

      Ce fils de journalistes a découvert le cinéma à 20 ans quand il s’est présenté au concours de la FEMIS. Accro aux plateaux, il a exercé tous les métiers jusqu’à poser des ventouses comme le rappelle son actrice principale. Dans Barbara l’envers du décor est révélé dès la première scène et vient apporter un nouveau témoignage sur les métiers du cinéma. Ce biopic, qui n’en est pas un, est un prétexte pour nous parler du quotidien des comédiens et de leur entourage. Mathieu Amalric incarne Yves Zand, le metteur en scène d’un biopic sur Barbara tiré du livre Barbara ou les parenthèses de Jacques Tournier. L’auteur a même son propre interprète à l’écran. Barbara expose les doutes que ressentent ces techniciens du cinéma que l’on ne projette pas sur le grand écran. Certains acteurs dans le film n’en sont d’ailleurs pas et le résultat est d’autant plus réussi. On est touché quand le metteur en scène devient fan de son actrice/chanteuse. Amalric apporte un regard vrai et intime sur le métier de réalisateur. Lui, qui est également acteur, dresse un portrait personnel et touchant sur une facette inavouée de cette profession. Il nous parle également de cinéma sur un ton plus léger et humoristique (Orlando et le piano en feront les frais). On touche du doigt le film autobiographique

      La mise en scène pourra en surprendre certains. Le regard assez particulier d’Amalric peut se rapprocher des traitements atypiques d’Arnaud Desplechin. Rien de choquant car ces deux là se connaissent depuis 20 ans. Mathieu Amalric joue d’ailleurs dans la majorité des films de Desplechin. Barbara est un subtil patchwork de prises de vues réelles et d’images d’archives. La métamorphose prend forme également grâce à un travail réussi sur le choix des caméras et un étalonnage crédible. Amalric nous donne une petite leçon de cinéma et de mise en scène. Il connaît son sujet et ça se voit. Son approche esthétique a d’ailleurs été récompensée par le prix Jean Vigo et à Cannes avec le prix de la poésie (en plus de concourir pour Un Certain Regard). Pur produit cannois, l’angle narratif est osé et on s’installe avec curiosité dans ce dispositif particulier qui va nous bercer (et nous déboussoler) pendant plus de 90 minutes. Ce n’est pas une approche classique du biopic. On rappelle d’ailleurs que ça n’est est pas un. Il faut le voir comme une chronique sur la chanteuse et le personnage qu’elle incarnait sur et en dehors de la scène. 

      Une femme au centre de tout

      On reste sans voix devant la prestation de Jeanne Balibar. Elle fusionne subtilement avec Barbara et l’on se perd souvent à savoir qui est qui. On ne sait plus si l’actrice joue le rôle d’une comédienne ou de Barbara. Le metteur en scène joue également avec la voix en attribuant celle de Balibar sur l’image de la chanteuse et inversement. L’actrice est désinvolte, imprévisible et son charme nous colle au siège. Elle incarne le personnage féminin dans sa complexité la plus totale avec ses hauts et ses bas. La comédienne vagabonde dans l’univers musical de la chanteuse portée par son impulsivité. Un rôle à rapprocher de ceux qu’interprète Mathieu Amalric en général. Elle est tellement juste et envoûtante qu’on a du mal à la qualifier. Le duo Brigitte/Barbara est fermement mêlé en laissant malgré tout de la place à chacun des deux personnages. Tantôt actrice en pleine immersion dans son rôle, tantôt Barbara dès qu’elle est devant son piano. Voilà comment résumer Jeanne Balibar.       

      Barbara nous plonge dans la vie d’une actrice. Ne vous attendez pas à un récit classique (avec un début et une fin). Cette chronique est universelle puisqu’elle nous parle de thématiques propres à chaque individu, quelle que soit leur profession. On a affaire à un film sur une passion, les aléas quotidiens que cela engendre mais aussi sur la transformation qui peut s’opérer. Transformation tout d’abord physique avec un maquillage et des costumes presque invisibles. Transformation mentale puisque qu’on se recentre sur soi même, on s’isole parfois et on se plaît à entrevoir des romances aussi futiles qu’éphémères. Quand Balibar/Brigitte est grande, perchée sur ses chaussures à talon jaune, Barbara/Monique Serf s’envole. Tout le monde se rappelle de la prestation exceptionnelle de Marion Cotillard interprétant Edith Piaf dans La Môme (Olivier Dahan, 2007). On se mouille à promettre (espérer) le même avenir français à l’actrice. 

       

      Barbara est un petit bijou conduit par deux artistes complets et talentueux. Une chronique introspective et collective sur le cinéma dans toute sa complexité et ses nuances. Mathieu Amalric nous prouve encore une fois qu’il est aussi un grand réalisateur. On reste encore sans voix devant Jeanne Balibar. C’est en prenant du recul qu’on se rend compte qu’on vient de voir quelque chose d’inhabituel et de trop rare au cinéma. Une oeuvre déjà majeure en salles le 6 septembre. 

       

      Bande Annonce de Barbara : 

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.