Amel et les Fauves, odyssée viscérale

Critique du film et Interview du réalisateur Mehdi Hmili

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Affiche du film

Amel et les Fauves nous emporte dans l’histoire tragique d’Amel qui se démène pour aider son fils Moumen à grimper les échelons du football et qui se fait agresser sexuellement par l’homme qui devait l’aider, avant de finir en prison pour atteinte à la pudeur. Après avoir purgé sa peine, elle part à la recherche de son fils, perdu dans les bas fond de Tunis.

Sentiments prenants

Amel et les Fauves est un film viscéral qui captive son spectateur par toutes les émotions qu’il dégage. Il est rempli de messages et d’émotions multiples et en ressort comme un cri, entre l’appel à l’aide et l’exclamation de soulagement. Le film est capable de faire appel à des sentiments viscéraux chez son spectateur par la simple représentation du stress post-traumatique d’Amel (entre autres). Il s’exprime subtilement par son écriture, sa réalisation mais aussi par la performance sublime d’Afef Ben Mahmoud. Elle forme d’autant plus un magnifique duo mère/fils avec le jeune Iheb Bouyahia. Ici pas de tire larmes mais des sensations proches de la réalité, avec ce sentimentalisme discret mais profondément humain. C’est la grande force du film, l’humanité qu’il porte en lui, et on le comprend encore mieux face au réalisateur Mehdi Hmili, quand il dit qu’il avait besoin de faire ce film et que c’est en quelque sorte un bout de lui, très personnel.

L’expression d’un besoin de liberté

Si on a l’impression qu’Amel et les Fauves pousse un cri, c’est aussi qu’il le fait dans son discours plus politico-social. Le film se passe dans une Tunisie meurtrie, que le réalisateur lui-même décrit comme en état de choc post-traumatique après la révolution. Amel se retrouve dans une situation d’injustice affreuse et se fait étouffer par un homme corrompu, son fils et son groupe de marginaux se font violenter, menacer de mort et risquent leur vie tous les jours. Les personnages sont dans un état de danger permanent et cherchent à trouver cette liberté. L’un comme l’autre cherche à se reconstruire. On a des personnages en errance dans des espaces changeants, à la recherche l’un de l’autre mais aussi d’un bout d’eux-mêmes qu’ils semblent avoir perdus pour toujours. Cette ode à la liberté et à la perdition, devient très vite fascinante et on ressent ce cri vraiment très fort.

Une réalisation sobre et intime

La réalisation d’Amel et les Fauves est très sobre et contribue parfaitement à la transmission de ses sentiments viscéraux, à la fois touchants et d’une violence extrême. Le travail du son y est particulièrement soigné et nous plonge aisément dans cette ambiance prenante. Les séquences prennent le temps de se poser, sont pour la plupart longues avec peu de plans, souvent en caméra à l’épaule. On a cette impression d’immersion, de partager un bout de l’aventure d’Amel et Moumen envers et contre tous. C’est un film qui porte une ambiance très forte et qui le réussit avec brio. Tout est mis en scène pour que l’on entende le cri et qu’on ait envie de le pousser tout aussi fort, en considérant que leur histoire peut faire écho à énormément de choses.

Amel et Les Fauves est une petite pépite remplie d’émotions fortes qui sait où elle va et ce qu’elle veut nous dire. Une aventure déchirante qui retranscrit parfaitement les sentiments d’oppression et le besoin de liberté.

En salles le 26 avril

L’interview du réalisateur Mehdi Hmili, dans laquelle il nous parle de son besoin de faire le film, de ses acteurs et de l’importance de la libération du cinéma arabe est à retrouver juste ici.