Deauville 2017 – « My Friend Dahmer » de Marc Meyers : Rencontre avec un serial-killer

Deauville 2017 – « My Friend Dahmer » de Marc Meyers : Rencontre avec un serial-killer

Deauville 2017 – « My Friend Dahmer » de Marc Meyers : Rencontre avec un serial-killer

Réalisation

Scénario

Acteurs

Reconstitution

Summary:
Malgré un axe narratif sous-exploité, My Friend Dahmer est une histoire intéressante du fait de sa véracité et de sa sincérité. Un point de départ intéressant pour découvrir la vie de Jeffrey Dahmer, le "cannibale de Milwaukee".

75%

Intéressant

Dernier film présenté en compétition lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville, My Friend Dahmer est une plongée dans les années lycée du serial killer bien connu Jeffrey Dahmer. Réalisé par Marc Meyers, My Friend Dahmer est un concept intéressant doublé d’une performance d’acteur incroyable. Toutefois, si le concept se défend, l’axe choisi n’était peut-être pas le meilleur pour en exploiter tout le potentiel. 

Super concept, problème de paradigme

Les serial killers ont toujours fasciné les citoyens ordinaires. Entités quasi démoniaques au cœur d’un monde très terre à terre, il sont toujours des sujets d’études fascinants voire révélateurs des maux qui gangrènent notre société. Plonger dans le passé de l’un des serial killers les plus réputés aux Etats-Unis était donc un projet jouissant d’un immense potentiel. Projet d’autant plus intéressant quand on sait qu’il s’agit d’une histoire réelle, dont l’auteur initial (John « Derf » Backderf) est un ancien camarade de Jeffrey Dahmer (qui avait sorti un roman graphique à ce propos). Cependant, il est dommage de constater qu’il manque quelque chose dans ce biopic, un petit « on ne sait quoi » qui aurait rendu le personnage réellement fascinant dans le film. 

Lorsque My Friend Dahmer commence, nous sommes déjà confrontés à un personnage dérangé et déconnecté de la réalité. Il est la risée de ses camarades et l’environnement familial dans lequel il évolue est indéniablement néfaste. Cependant, tout cela ne semble pas vraiment avoir d’impact sur lui, tant celui-ci est déjà intrinsèquement malsain. Au final, toutes les mauvaises choses  qui lui arrivent durant sa dernière année de lycée ne semblent être que des déclencheurs de sa folie meurtrière, mais en aucun cas des explications. On se dit alors que cela serait arrivé tôt ou tard, tant le mal qui habite ce personnage était profondément ancré.

C’est en cela que le film souffre de son axe narratif. Peut-être aurait-il été plus pertinent de s’attarder sur les éventuelles causes de cette folie du personnage. Et si cette folie est sans cause, peut-être aurait-il été intéressant de réaliser un film plus sensoriel, axé spécifiquement sur l’esprit malade de Dahmer. Ici, nous sommes face à une œuvre mi-explicative, mi-contemplative, dans laquelle nous suivons un personnage déshumanisé auquel il est difficile de s’attacher. Peut-être est-ce paradoxal de vouloir s’attacher à ce type de personnages que l’on sait horrible, mais il faut se rappeler que le plus effrayant chez les « monstres », c’est que ce sont d’abord des hommes. 

Un point du film est cependant très intéressant et aurait mérité d’être poussé plus loin : l’alcoolisme de de Dahmer. En effet, ce jeune homme est montré en permanence avec une bouteille sur lui et ce malgré son jeune âge. En outre, l’alcoolisme est un démon qui poursuivra Dahmer toute sa vie. Le film aurait donc pu choisir cet axe pour son histoire et suivre le personnage non pas par le biais de sa folie, mais par le prisme de son alcoolisme. 

Sinon, peut-être aurait-il été plus pertinent de suivre le titre de l’œuvre My Friend Dahmer au pied de la lettre, auquel cas ce n’est pas le serial killer dont nous aurions suivi le parcours, mais bien celui de son ami. 

My Friend Dahmer aurait donc mérité un axe différent en termes narratifs, malgré tout le potentiel de base dont jouissait cette idée. Entre les passions malsaines du jeune homme, son alcoolisme, ses échecs successifs dans la vie due à sa dépendance ou encore son homosexualité refoulée, une multitude de thèmes s’offraient à cette histoire. 

Reconstitution et acteur principal au top 

Deux points du film sont indiscutablement parfaits : sa reconstitution historique et son acteur fétiche. 

La reconstitution historique nous plonge dans l’univers des années 70 de manière absolument incroyable. Les vêtements, les véhicules, les décors… Aucun détail n’est laissé au hasard et l’immersion est totale dans l’environnement de cette œuvre. Le fait que le film se passe majoritairement dans un lycée aide beaucoup à cette sensation d’immersion, car le nombre conséquent de figurants crée un décor réaliste et mouvant, presque palpable. 

A cela s’ajoute l’excellente performance du jeune Ross Lynch, qui nous interprète un parfait Dahmer. Inquiétant, dérangeant et malsain, Lynch est impliqué à 100% dans son rôle et cela se sent. Si l’on reprend les propos ci-dessus concernant l’axe du film et que l’on couple ça à la performance de Ross Lynch, on peut sans peine se dire qu’il aurait été génial de le voir interpréter Dahmer via d’autres prismes que celui présenté. Celui-ci aurait sans doute été mémorable et tout aussi excellent qu’il l’est déjà. Espérons donc que celui-ci fera son trou dans les années à venir et nous offrira d’autres performances du même acabit. 

Malgré un axe narratif sous-exploité, My Friend Dahmer est une histoire intéressante du fait de sa véracité et de sa sincérité. Avec sa reconstitution impressionnante et son acteur principal bluffant, cette œuvre est un point de départ intéressant pour découvrir la vie de Jeffrey Dahmer, le « cannibale de Milwaukee ». A voir si d’autres films s’intéresseront encore à ce personnage dans les années futures… 

 

Bande-annonce My friend Dahmer

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