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      [Critique] Mustang

        Le film se déroule dans une Turquie rurale et contemporaine, à l’aube des vacances scolaires. Une sororité de cinq écolières rentre à pied à leur domicile tout en discutant et jouant avec des garçons. Leur situation change complètement. Enfants et innocentes hier, elles sont femmes et coupables d’être attirantes aujourd’hui.

      Scandale dans le petit village de la société patriarcale d’Atatürk, au carrefour des civilisations, ce long métrage est le conte du désenchantement et du fardeau que la Femme orientale doit porter avant même qu’elle en ait conscience.

      La prison où sont cantonnées et éduquées (formatées ?) ces jeunes sœurs devient peut-être pour les scénaristes la métaphore de l’Etat musulman dirigé par Erdogan. La réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven semble adopter un point de vue tranché sur la condition de la femme. Sans aucune nuance et à l’instar des mouvements occidentaux dits féministes, le contenu ne fait qu’embrasser la doxa américo-européenne quant à la place de la femme dans les pays musulmans. Le concept de intersectionality entremêlant les facteurs du contexte d’une discrimination est complètement ignoré. Ainsi, à travers les yeux ethnocentristes de la femme blanche la réflexion reste superficielle. Quel dommage !

      Le scénario comme le fond de l’œuvre est grossier. On en voit les répétitions et le motif  à l’avance, ce qui alourdit et allonge le film. La mise en scène et l’interprétation des filles sauvent le film. Naturelles et désinvoltes, elles redonnent de la fraîcheur à une atmosphère lourde de préjugés. Le rôle presque de voyeur que prend la caméra propulse le spectateur comme à la place d’une sixième sœur au centre de l’action. L’intérêt se trouve dans les gros plans sur leurs chevelures sauvages et la facilité avec laquelle le spectateur s’identifie à leurs vies.

      Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015, le film semble avoir été produit pour attirer les trophées. On regrette la position victimaire presque contre son gré que donne le film aux aînés et leurs séquestrations passives confirmées par des fugues sans futur.

       

       

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