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      Critique « Merrick » de Benjamin Diouris : Une sublime et sensorielle métaphore du deuil

      Présenté dans la compétition française du Champs-Elysées Film Festival, Merrick semble avoir conquis la critique ainsi que le public. Ce film post-apocalyptique relate l’histoire de Stanislas Merrick (aka Stan), un homme vivant seul au bord d’un lac et survivant tant bien que mal dans un monde où les humains ont quasiment disparu. Mais du jour au lendemain, il se retrouve avec une adolescente sur les bras qui bouleverse sa petite routine bien huilée… Aussi esthétique que sensoriel, Merrick est un film de genre où les images accompagnent un cheminement psychologique particulier : celui du deuil.

       

      Un scénario simple mais subtil

      Le scénario de Merrick est très simple : un homme vit seul au bord d’un lac et rend visite de temps à temps à une femme habitant non-loin. Mais un jour, il se retrouve face à l’obligation de s’occuper d’une jeune fille. Cependant, scénario simple ne veut pas dire scénario simpliste, puisque de nombreux sous-textes accompagnent le développement psychologique des personnages. Un point de détail intéressant est à noter, à savoir la ressemblance flagrante entre cette histoire et celle du chef-d’oeuvre vidéo-ludique The Last of Us. Ressemblance d’ailleurs totalement assumée par le réalisateur Benjamin Diouris. 

      Chaque personne présentée dans le film survit tant bien que mal en cachant sa sensibilité. Toutefois, la sensibilité de chacun est palpable de bout en bout. On ressent à quel point les survivants refoulent leurs émotions pour mieux supporter l’état actuel de notre monde. Outre ces émotions subtiles, le film est une métaphore d’un des pires états psychologique qui soit pour l’être humain : le deuil. Le deuil que doit accomplir Merrick, celui que doit accomplir son amie Mila, tout en apprenant à vivre avec une nouvelle personne (à savoir Esther). Nous ne sommes pas ici face à un déferlement d’émotions envoyées au visage par de longs dialogues. Au contraire : presque rien n’est dit. Tout est ressenti. En cela, Merrick est une oeuvre sensorielle venant toucher au plus profond les émotions humaines. 

      Merrick - 3

      Une esthétique lumineuse sublimée par la nature

      Merrick est visuellement beau, mais Merrick est surtout très lumineux. Grâce à des couleurs aux brillances démesurées, cette fable post-apocalyptique étaye sa dimension sensitive si travaillée. Il est d’ailleurs amusant de constater que même si beaucoup de plans ont été tournés après une longue préparation, d’autres ont été selon les dires du réalisateur, filmés sur le vif de manière totalement improvisée. Cette capacité d’improvisation de la part de Diouris et de son équipe technique ont permis à certaines images de prendre une certaine dimension presque fantastique voire divine (notamment pour un plan du soleil entouré d’un arc en ciel). 

      Merrick rappelle une chose grâce à son esthétique : même si celle-ci est simple, elle s’avère efficace de par sa sincérité. Pas de pyrotechnie à outrance ni de mouvements de caméra complexe, uniquement la nature et sa beauté intrinsèque. Cette sobriété rappelle également que le manque de budget de certaines œuvres amène aux plus grandes audaces de mise en scène. 

      Merrick est un film sensoriel dans lequel les images viennent sublimer de subtils sous-textes. Avec son esthétique si brillante et sa proximité avec la nature, cette oeuvre s’inscrit dans la droite lignée du magnifique The Last of Us, dont il est (à l’instar du très récent Logan) une adaptation spirituelle. Un film de genre à découvrir absolument. 

      Merrick - affiche

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      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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