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      Critique « Conjuring 2 – Le Cas Enfield » de James Wan

      Trois ans après le premier Conjuring, film d’épouvante bien reçu par la presse et les spectateurs, James Wan, son metteur en scène, revient avec une suite reprenant les protagonistes Ed et Lorraine Warren dans leurs aventures paranormales. Conjuring 2 s’inspire d’une histoire vraie, le cas Enfield, où dans une petite maison dans le nord de Londres, une famille entière est témoin de faits paranormaux et de possessions.

      Une suite qui choisit une tournure différente :

      Patrick Wilson
      Patrick Wilson

      Le grand atout du premier opus était sa capacité à entretenir un mystère passionnant, porté par une ambiance lente et oppressante, jouant avec les peurs primaires du spectateur. Celui-ci se retrouvait irrémédiablement immergé dans un monde horrifique complexe, à l’écriture poussée, présentant des protagonistes intelligents et des démons travaillés. Pour autant, le film de James Wan pâtissait d’une conclusion bâclée. Cette suite prend une tournure un peu différente. James Wan, qui s’est attiré les bonnes grâces du studio grâce à Fast and Furious 7, a obtenu un budget deux fois supérieur pour cette suite. Avec 40 millions de dollars, le cinéaste a débuté avec de véritables moyens pour mettre en scène Conjuring 2. Le Cas Enfield s’adonne d’avantage au spectaculaire que le premier épisode. Moins lancinant, moins mystérieux, moins inquiétant, The Conjuring 2 oppresse moins, s’éloigne de la vieille école de l’horreur, fait de bruits, de grincements et d’ombres pour aller vers un divertissement d’avantage grand public. Les personnages maléfiques sont très faciles à identifier, au-delà de simples silhouettes, ce sont de véritables corps qui évoluent clairement devant les yeux du spectateur. Ainsi, il n’y a pas totalement de dimension mystique, pas de doute sur le danger. James Wan se contente de jouer avec les nerfs des spectateurs avec d’habiles jumpscares. Effet classique du genre horrifique, le jump scare a pour but de surprendre le spectateur en détournant son attention pour lui imposer par la suite une image forte, rapide et inattendue. Ainsi, le premier Conjuring oppressait son public lentement grâce à une ambiance stressante. Cette suite décide d’avantage de jouer sur le rythme et d’offrir une bonne dose d’adrénaline. James Wan joue adroitement de sa caméra, offrant quelques coups de mise en scène brillants, accompagnés d’une photographie magnifique. Les travellings s’enchaînent, la caméra bouge dans des endroits improbables, offre des hors champs anxiogènes, pour faire sursauter ensuite le spectateur en plaçant le danger à un endroit surprenant. Le rythme est donc plus vif, la mise en scène plus rapide, et les ennemis concrets.

       

      Escroquerie ou paranormal ? 

      Vera Farmiga
      Vera Farmiga

      Mais la grande force de cette suite réside en deux points. D’abord par son final brillant, une apothéose écrite à la perfection, crescendo, jouant avec nos nerfs pendant une dernière demi-heure très tendue. L’esthétique est grandiose, les décors du Londres de l’époque et l’intérieur de la maison sont très réussis. La direction artistique impressionnante, mais surtout, le jeu d’ombres, de couleurs et de lumières offrent une image très agréable. James Wan s’éclate pendant son final, offre des plans en plongée brillants, un passage en vue subjective court mais intense, et une conclusion sur le fil du rasoir relativement aboutie. Avec cette photographie travaillée, le cinéaste ne délaisse pas pour autant le fond de l’histoire et ses thématiques. Escroquerie ou véritable apparition paranormale ? James Wan incorpore une dimension sociale et religieuse à son film. Il est en effet question pendant une grande partie de l’histoire de prouver la véracité des dires et des apparitions que subissent la famille victime de ces esprits. Une opposition entre le réel et l’imaginaire dont la frontière est différente en fonction des individus. Le réalisateur joue bien avec cette subjectivité de l’être humain, et retranscrit les nombreux doutes qui ont entouré ce cas Enfield. Avec beaucoup de symbolismes, Wan oppose l’Eglise à la rationalité, la peur au scepticisme sans réellement prendre parti. Pour autant, même si James Wan construit une thèse et une antithèse intéressantes, faites de réfutations puis d’affirmations, la synthèse déçoit, n’étant qu’une happy end détestable où la croyance profonde et personnelle a réussit à l’emporter sur le doute et la crainte.

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