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      Critique de la pièce L’île aux esclaves : Mise en scène de Didier Long

      L’île des esclaves, une comédie de Marivaux parue pour la première fois en mars 1725 a été jouée le mardi 23 novembre 2021 à 21h au théâtre de poche à Montparnasse. Elle est mise en scène par Didier Long. 

      Cette pièce, comme le précise Long, est prémonitoire. Dans le sens où elle annonce la révolution de 1789. Cette pièce montre des travestissements provoqués par le renversement de l’ordre sociale du XVIII siècle. Les maîtres prennent la place des valets et vice versa. Cette comédie prône ainsi l’égalitarisme et la fraternité. Cette pièce est une expérience humaine pour l’exercice de l’empathie. On bouleverse l’ordre hiérarchique pour placer un homme à  la place d’un autre et forcer ainsi la compassion.

      Cette pièce est une expérimentation sociale. Aujourd’hui, nos valeurs républicaines affichent et affirment cette fraternité, cette égalité des chances, cette liberté d’être. Mais notre société assume aussi un système hiérarchique, voilà pourquoi cette pièce s’actualise encore de nos jours. Elle est aussi rafraîchissante tant les acteurs de cette troupe nous la présente bien.


      Une mise en scène symbolique 


      Le Décor est sobre et simple. La scène est cernée de palissades ou de paravents, tressés de fils marron foncé ou noirs, entremêlés les uns aux autres. Cela crée un effet de broussaille, de liane, et notre imaginaire redessine la forêt d’une île. Dans la pièce originelle, on doit voir sur scène la mer et les cases, mais ici la mer est suggérée par une lumière bleue projetée au ras du sol, et elle est rendue perceptible par  la musique. La musique lance des notes similaires aux sons que peuvent provoquer une tempête et un naufrage. On traduit facilement ces indices. Quant aux cases, on les imagine, par le jeu des acteurs qui regardent au loin, dans les coulisses, sur le coté droit.

      Le décor suggère beaucoup, et laisse libre court à l’imagination qu’on se fait d’une île tout en nous ramenant par ces matériaux bruts à une forme de sauvagerie.
      Sur le coté gauche de la scène, les paravents sont disposés comme pour former un chemin. Deux glaces ou deux plexiglas, prennent la place de deux paravents. Ils permettent de voir à travers et de refléter les personnages, ils jouent donc le rôle de miroir. Le Miroir, dans son fonctionnement physique est une inversion de l’image projetée. Leur présence illustre donc l’idée d’inversion des rôles et de travestissement.

      Tout au long de la pièce, les acteurs passent et repassent dans ce chemin où sont placés les miroirs. Une fois, Cléanthis se regarde longuement, parée des habits de sa maîtresse, elle apprécie sa nouvelle personne et veut jouer le rôle sérieusement. Elle prend sa nouvelle vie très au sérieux. Le miroir, dans sa fonction pratique, permet la réflexion de sa propre image lorsqu’on s’y regarde, c’est un moyen de se connaître, de se reconnaître, de ne pas oublier le genre de personne que l’on est. Mais c’est aussi un moyen métaphorique de voir l’autre comme nous même.  D’ailleurs, au début de la pièce, un homme non identifiable (qui s’avérera être Trivelin) sort de nulle part, émerge du public, se place derrière le miroir tandis qu’Iphicrate, qu’on devine être dans la cabine d’un bateau, se regarde à travers. Les deux hommes se font face, sans se voir. L’homme inconnu est le reflet d’Iphicrate : ce jeu annonce les deux objectifs de la pièce : à savoir l’expérience de se mettre à la place d’autrui, de mieux le connaître pour mieux se connaître. Et cela Annonce aussi le travestissement et le rôle que cet homme inconnu, ce personna dans le costume, jouera dans la vie des 4 personnages.

      Les personnages et l’anachronique


      Le
      s 4  principaux personnages, qui sont :  Cléanthis jouée par Chloé Lambert, Euphrosine  jouée par Julie Marboeuf, Arlequin par Pierre Olivier Mornas ou Frédéric Rose qui joue le rôle d’Iphicrate ont des  costumes bien réalisé, car représentatifs des habits du XVIII siècle. Corinne Rossi a conçu une redingote, des  pantalons, des chemises, des corsets, une robe avec froufrous, des paniers et des jupes et autres pièces composites d’une robe de noble au 18siècle. Il y aussi d’autres accessoires tout aussi précis et bien faits. Mais Trivelin a un costume tout à fait différent des autres personnages. Il est, par son costume, un personnage totalement anachronique. Il porte un long manteau noir, un pantalon noir, des chaussures de ville noires. Le genre d’individu que l’on croise aujourd’hui au tournant de la rue. On est surpris et on se questionne sur ce décalage si étrange !

      Ce personnage, Joué par Hervé Briaux, est héritier des premiers instigateurs de la république de l’île. Il dit que la liberté a adouci leurs mœurs. Il présente peut-être le même discours que  l’homme de notre temps. Ce personnage est comme téléporté, venant du futur, et même lors de ses apparitions scéniques, il vient du dehors, et ressort par le devant de la scène, laissant les 4 personnages se débrouiller avec ses recommandations pour être libérés. Il apparaît comme un sage et a une parole d’autorité puisque c’est lui qui distribue la parole lorsqu’il est sur scène.

      Concernant le jeu et la gestuelle des personnages: ils réalisent très bien les différents comiques. Le comique de parole, lorsque Arlequin veut poétiser ses propos : « on appelle ça un ciel tendre », ou bien le comique de geste avec les grimaces ou les déplacements, c’est très amusant et ils sont réalisés au bon moment.

      Et enfin le comique de situation, quand Arlequin essaie de faire la cours à Cléanthis mais qu’il ne respecte absolument pas les codes des castes supérieures. Ou bien lorsqu’il essaie de charmer Euphrosine, ces scènes sont tout à fait amusantes.

      Arlequin est le personnage du bouffon valet. Il essaie de jouer la comédie , mais contrairement à Cléanthis qui prend cette situation comme une chance de se venger et de se réinventer, (Chloé Lambert est d’ailleurs dans ce rôle, extraordinaire, talentueuse, elle passe du rire aux larmes, et nous transporte avec ses émotions). Arlequin, lui, ne se prend pas au sérieux. Finalement, il ne se trahit pas vraiment. Lorsqu’il parle à Euphrosine et à son maître, il parle avec le cœur et c’est à ce moment précis et seulement à ces instants qu’il arrive à être éloquent et convaincant.
      Mornas joue l’âme d’une homme simple à la perfection.

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