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      Rien, plus rien au monde de Massimo Carlotto

      Au théâtre de la contrescarpe, dans le quartier animé et jadis populaire de la rue Mouffetard, se joue une adaptation d’un texte italien. Ce « seule en scène » brosse le portrait d’une femme du peuple, frappée par la crise économique, mais pas seulement.

       

      Chronique du milieu ouvrier en souffrance

      Dès l’arrivée des spectateurs, cette femme est là, assise sur une chaise dans un décor oscillant entre l’aspect folklorique et celui d’un intérieur modeste. Vaisselle colorée et cabas s’y côtoient. L’on rentre assez vite au cœur du sujet puisqu’elle nous expose le détail de sa liste de courses : chaque centime compte dans sa vie. L’argent au cœur de tout est même devenu une obsession. La faute à la crise qui plonge cette famille dans le cercle vicieux du chômage, des jobs précaires, de la spirale des crédits et des restrictions sur l’essentiel : la nourriture, les frais de santé.

      La comédienne, Amandine Rousseau, sait bien rendre cette angoisse matérielle existentielle. Néanmoins, il est fort regrettable que le parti pris de mise en scène exclue toute action. Prenant le public comme auditoire et presque confident, le texte perd de sa force car trop exposé. Cela rend le récit sans surprise, trop verbal et intellectuel.

      Le décor n’est du reste pas utilisé. Cette femme à la vie bien chargée aurait été plus juste dépeinte dans ses gestes quotidiens tout en parlant (sortir les courses, ranger l’appartement comme elle l’annonce). Ce quotidien, qu’elle évoque du reste quand elle parle des conversations banales avec son mari, manque physiquement sur scène.

       

      Le drame au centre de la pièce

      Le leitmotiv de la pièce, rien, plus rien au monde, cache un drame qui frappe cette femme au cœur. Celui-ci est suggéré par touches, laissant un suspense appréciable. Les tâches de sang sur sa jambe, sa robe et dans son décolleté sont les premiers indices. Que s’est-il passé ?
      Très vite on sent une ambiance qui pourrait être celle de Volver. Aurait-elle tué son mari dont elle parle tant ? La comédienne est émue et généreuse, sans concession quand elle évoque sa fille et son mari qui sont des déceptions à ses yeux. Et l’on attend impatiemment de savoir ce qui s’est joué dans cet appartement.

       

      Au-delà du drame, le fait-divers : de la misère culturelle superposée à la misère économique

      La corrélation entre la misère économique et celle culturelle, rendue par le texte, est brutale. Comme la réalité de celle-ci. Les transpositions culturelles dans un contexte français sont parfois presque « cliché » mais il est vrai que la réalité dépasse bien trop souvent la fiction.

      L’histoire de la tragédie meurtrière au centre de la pièce c’est aussi l’histoire pathétique de rêves brisés les uns après les autres. Et plus avant de l’absence même d’espoir pour cette mère de famille qui ne vit que dans le sacrifice pour sa fille. Mais les rêves qu’elle nourrit pour cette dernière, loin d’une quelconque transcendance, sont aussi factices et pauvres culturellement que l’est sa détresse économique. Portrait au vitriol de gens pour qui le seul horizon est la célébrité d’un jour vendue par la télé-réalité et pressentie par Warhol. Telle est la reconnaissance sociale souhaitée. Et meurt avec l’idée d’une conscience de classe qu’avait encore son mari, avant qu’il ne déchire, symboliquement, sa carte de syndiqué, pour pouvoir travailler. Petite allusion politique pour les observateurs.

       

      Rien, plus rien au monde : le ressenti

      On regrette qu’il n’y ait pas une touche de lumière, d’ébauche d’espoir à ce tableau social sombre et si tristement plausible, où l’humain est broyé par le système. On aurait par ailleurs aimé que l’aspect « folie » du personnage soit plus exacerbé (comme dans le film italien « Folles de joie » qui se base aussi sur le même types de réalités sociales) afin de pouvoir faire naître encore bien plus souvent le rire. Car le texte se prête bien davantage au décalage comique que cela n’est exploité. Le titre en soi est noir. Le leitmotiv devrait le rendre bien plus comique et fellinien.

       


      Auteur : Massimo CARLOTTO

      Artiste : Amandine ROUSSEAU

      Mise en scène : Fabian FERRARI


       

      Infos pratiques

      Rien, plus rien au monde de Massimo Carlotto au Théâtre de la Contrescarpe 
      5 Rue Blainville, 75005 Paris
      01 42 01 81 88

      Tous les dimanches de janvier à 15h 
      Durée : 1h

       

      Un article de Marie Celine

       

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