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      Déranger : Car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse

      DERANGER, une pièce à la fois loufoque et populaire mise en scène par Guy Benisty et interprétée par la troupe GHITEC. Empreint d’une réflexion saisissante, le texte aborde la folie avec justesse.

      Déranger : une histoire de « fous »

      A l’entrée de la salle, il nous est distribué un petit sac rouge contenant un petit pain au lait en cas de creux, des faux comprimés et quelques objets qui nous seront demandés par les comédiens. La troupe prend soin de son public! Le spectacle semble plus ou moins avoir commencé. Je m’installe sur l’un des coussins éparpillés à terre. Un enfant joue avec un ballon ovale, tandis qu’un homme en blouse blanche accompagne un patient. Nous voilà immergés dans une unité psychiatrique…

      « Deranger » a été crée à la suite d’ateliers organisés par Guy Benisty en collaboration avec l’Établissement public de Santé de la Ville-Evrard et le Centre de jour de Clichy-sous-Bois-Montfermeil. Le titre nous révèle des informations intéressantes de par sa définition. Est-ce causer du désordre dans la disposition naturelle des choses? Oter une chose de sa place habituelle peut-il s’apparenter au fou qui perd sa place au sein de la société? Qu’importe, un trouble est crée dans le fonctionnement sociétale.

      La troupe composée de comédiens professionnels et amateurs, adultes et enfants, parvient à donner du corps au texte. Les personnages sont fringants et attachants. L’interaction entre les comédiens et le public nous propulse entièrement dans l’histoire qui nous est contée. L’extravagante apparait au travers de l’organisation d’un gala de charité par l’équipe médicale du service en collaboration avec les patients. A noter que la scène des trois patients qui tentent de jouer une pièce de Molière est extrêmement comique.

      Dérangés, le sommes-nous tous? Quoi qu’il en soit, la folie est accessible pour tout être humain.

      DERANGERPuis une noirceur apparait par à-coup de manière insipide au travers le mal-être d’un délinquant récidiviste ou d’une jeune femme en quête de son identité. Ce sentiment de malaise nous amène à nous interroger sur la frontière entre la folie et la raison. Elle dépend des règles qui régissent une société à une époque donné.

      La pièce apparait comme œuvre anxiogène compte tenu du thème saisissant de la folie dont la mise en scène créative apporte une certaine légèreté.

       

      Une scénographie expressive

      La scène est transformée en couloir dans lequel les allers et venus marquent frénétiquement le rythme de la pièce. Les délires des patients s’entrecroisent et parfois se confrontent avec effervescence. Tandis que l’un tente désespérément de se faire passer pour un fou afin d’échapper à une sentence judiciaire, l’autre se bat contre sa folie grandissante.

      Le show du gala contraste clairement avec l’atmosphère morose d’un service psychiatrique. Des tenus à paillettes des présentateurs, nous passons aux blouses blanches du personnel. Des hurlements d’un patient aux cris du public dans le cadre d’une course de rats de laboratoire comme au PMU. Les rires des uns éclatent au milieu de pleurs des autres. Plus rien n’a de sens. Mais la beauté de la nature humaine c’est aussi de prendre au sérieux la folie en tenant compte de ses différentes possibilités: certains voient le ciel bleu, d’autre vert, certains voient des nénuphars là ou d’autres ne voient rien. Accessible à tout être humain, la folie traverse la société à l’image d’un virus transmissible.

      La musique apporte une certaine légèreté au sérieux du thème abordé. D’ailleurs, lorsque l’orchestre traverse la salle, une folle envie de danser nous prend. Les comédiens à la fois chanteurs et musiciens parviennent à tempérer l’agressivité de leur personnage.

      Basée à Pantin, le Groupe d’Intervention Théâtrale et Cinématographique (GITHEC) aspire à une libération populaire. En effet, la troupe souhaite un public représentatif de la diversité sociale et culturelle de la société. Un public qui représenterait le cœur du processus artistique de par son écoute, son attention et sa réactivité. Et même si nous déplorons quelques longueurs, la recherche intellectuelle de Guy Benisty donne à ces échanges une tournure peu conventionnelle qui vous enchantera.

      Félicitation à la ville de Pantin et au théâtre pour son combat culturel à travers ses initiatives artistiques saisissantes. Et c’est avec impatience que nous attendons de revoir la troupe GITHEC sur scène pour une nouvelle création théâtrale.

       

      Infos pratiques

      Le spectacle « Déranger » à la Salle Jacques Brel
      42 avenue Édouard Vaillant, 93500 Pantin
      Réservation au 01 49 15 41 70.

      Tarifs : de 3€ à 18€
      Durée : 2h

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