[Critique] Le système Ribarbier : La théâtralisation sarcastique de l’hystérie

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Le Système Ribardier

Écrite par Georges Feydeau en collaboration avec George Hennequin en 1892,  Le système Ribardier est une comédie en trois actes jouée au Théâtre de la Pépinière jusqu’au 16 juillet 2016. Cette pièce révèle la manipulation de la femme par l’homme dans toute sa splendeur.

Une comédie qui arbore un désordre subversif

« Mais regarde-moi donc … » Les yeux dans les yeux, les mains dans les mains, une formule magique et voilà Madame Ribardier endormie dans un sommeil artificiellement provoqué.

D’une jalousie sans limite suite aux déboires de son précédent défunt mari, Angèle Ribardier (Hélène Babu) est devenue paranoïaque. Elle épie avec ferveur les activités de son second époux, persuadée de son comportement coupable.

Monsieur Ribardier (Pierre Gérard) possède une ingéniosité imparable: l’hypnose. Seulement le système semble défaillant suite à l’arrivée d’Aristide Thommereux (Romain Lagarde), l’amoureux transi de Madame. Afin de ne pas trahir son ami, Feu Robineau, premier époux d’Angèle, Thommereux  s’était exilé à Batavia attendant patiemment le décès de ce-dernier afin de reconquérir la veuve.

Ribardier semble nous faire croire qu’Angèle, étant une « femme », a des prédisposions à l’hystérie, toutefois, on découvre qu’elle avait de réelles raisons de se méfier de son mari qui la trompe à répétition. Elle prend sa revanche en le piégeant à son tour au troisième acte, prétextant qu’elle aurait été abusée sous hypnose. C’est ainsi qu’elle met en valeur les dérives de cette médecine .

Tous les codes d’un Vaudeville sont réunis : la frivolité, l’insouciance, l’adultère, la trahison et les quiproquos.  Par ailleurs, la légèreté de ce texte peut faire transparaitre l’individualisme des personnages qui se traduit par une violence spontanée.

Le clivage social est caricaturé et assumé. Le rôle des bourgeois et domestiques est stéréotypé à outrance. La domestique, Sophie (Ludmilla Dabo), extorque un pourboire à son patron afin de lui remettre directement son courrier sans passer par Madame. Tandis que Madame est accusée d’avoir pour amant le cocher. Elle ne s’insurge que de son statut en répondant:

« Ce serait un homme bien, encore ! Mais un cocher ? ».

Chacun se moque des valeurs y compris les domestiques, pourvu que les apparences soient sauvées.  Les histoires de coucheries décadentes appartiennent à chaque époque, la nôtre n’est d’ailleurs pas épargnée.

Les mots crapahutent de part et d’autres, au point de nous donner le vertige compte tenu de leur ressemblance avec le mot d’avant ou celui d’après. Nous sommes alors emportés dans un tourbillon de médiocrité humaine révélée dans toute sa splendeur.

 

La cadence endiablée d’un Vaudeville revisité

C’est avec la collaboration artistique de Denis Loubaton que le metteur en scène, Jean-Philippe Vidal, nous offre le décor épuré d’un appartement contemporain. C’est ainsi qu’ils parviennent à instaurer le renouveau d’un théâtre de genre. Il est intéressant de noter que la présence en fond de scène d’un cadre en forme de cinémascope, sur lequel figure le portrait du défunt Robineau, apparaît comme un spectre témoin de l’action. Les mots fusent à l’instar des portes qui claquent, l’univers de Feydeau, particulièrement codé, est interprété avec une incroyable énergie. Les situations absurdes s’enchaînent sur le fond d’une liberté de ton qui tranche avec le langage bourgeois de notre époque.

On sombre dans une grivoiserie qui accentue l’effet comique de par la gestuelle pantomique des personnages. La scène de Ribardier transportant son épouse afin de l’installer dans le vestibule est hilarante car il lui fait prendre les positions les plus incongrues.

Le Système Ribardier est un Feydeau empreint de surprises, entre le double jeu du langage et les apartés adressés au public qui nous rendent indulgents face à la mesquinerie des personnages. D’ailleurs, la crédulité est poussée à son paroxysme de manière à créer des situations improbables. Nous pouvons, toutefois, regretter un certain immobilisme. Étant donné que l’action se concentre principalement autour de l’hypnose, les deux derniers actes ne font que répondre aux intrigues au lieu d’en créer de nouvelles.

Pour ainsi dire, s’il existe une morale, elle paraît sinistre! Les individus sont pleutres et pervers. Aucun des personnages n’en sort grandi.  Loin d’un simple théâtre de boulevard, cette pièce se présente comme un satyre cynique d’une société accaparée par ses divagations et ses obsessions.

Le point fort de cette pièce se traduit par le jeu des comédiens qui vous embarquent à travers leurs péripéties dans un rythme effréné sans vous laisser de répit. Je vous invite donc à voir Le Système Ribardier pour son ingéniosité dont la distribution mérite des éloges.

 

Le Système Ribardier

Infos pratiques:

Le Système Ribardier au Théatre de la Pépinière

7 rue Louis le Grand, 75002 Paris

Réservation au 01.42.61.44.16 jusqu’au 16 juillet 2016

Durée:1h50 sans entracte