Critique “La flûte enchantée” de Maurice Béjart : La magie renaît au Palais des Congrès

Critique “La flûte enchantée” de Maurice Béjart : La magie renaît au Palais des Congrès

Dix ans après le décès du chorégraphe Maurice Béjart, le Béjart Ballet Lausanne lui rend hommage à l’occasion du trentième anniversaire de la compagnie en interprétant La flûte enchantée, opéra composé par Mozart AU XVIIIe siècle, lors de cinq représentations exceptionnelles au Palais des Congrès, jusqu’au 11 février.

L’amour dansé sur un air de Mozart

Le ballet créé par Maurice Béjart met en scène la quarantaine de danseurs composant le Béjart Ballet Lausanne, qui évoluent trois heures durant sur La flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, jouée par la Philharmonie de Berlin dirigée par Karl Böhm en 1964. Amoureux fou de la belle Pamina, le prince Tamino est prêt à tout pour la sauver des griffes du roi Sarastro. Armé d’une flûte aux pouvoirs magiques et accompagné de Papageno, un homme oiseau, il va devoir traverser de nombreuses épreuves pour obtenir le droit de vivre avec sa bien-aimée. Plus qu’une simple histoire d’amour, La flûte enchantée est une allégorie de la lutte de la lumière de la connaissance contre les ténèbres de l’ignorance ou de la méconnaissance. La reine de la nuit se révèle être en réalité l’ennemie de Tamino, mais également de Tamina, alors que Sarastro les éclaire de sa sagesse. Divisé en deux actes tout comme l’opéra, le ballet laisse le spectateur dans un suspens haletant au moment de l’entracte, même si celui-ci connaît déjà l’issue du spectacle. Une atmosphère toute particulière règne sur scène, happant le public dans la quête de Tamino et son combat pour délivrer la belle Pamina.

Flûte enchantée
Gabriel Arenas Ruiz (Tamino) et Kathleen Thielhelm (Pamina)

Une interprétation toute en émotions

Le talent de chorégraphe de Maurice Béjart ressort tout particulièrement dans l’émotion qui se dégage du spectacle. Reprise par Gilles Roman, digne successeur de Maurice Béjart et nouveau directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne depuis 2007, la chorégraphie de La flûte enchantée n’a pas pris une ride depuis sa première représentation en 1981. Mis en valeur par une mise en scène sobre, les danseurs évoluent sur scène, transpirant et sublimant les émotions portées par l’opéra. De l’humour au tragique, en passant par l’espoir et la ténacité, chaque geste est savamment étudié afin de laisser transparaître les sentiments des personnages. Papageno, interprété par Masayoshi Onuki, est extrêmement touchant. Elisabeth Ros est impressionnante en reine suppliante et diabolique. Kathleen Thielhelm livre une prestation remarquable tout du long, d’autant plus lors de l’épreuve du silence que doit passer Tamino et au cours de laquelle il doit ignorer sa bien-aimée. Julien Favreau dégage en Sarastro une incroyable prestance, ôtant tout doute au public sur sa capacité à anéantir la reine de la nuit de sa lumière. Quant à Gabriel Arenas Ruiz, il incarne un Tamino à la hauteur du rôle de Prince qui lui est attribué. La chorégraphie du ballet démontre à chaque instant la charge émotionnelle que la danse est capable de décharger et tempérer à sa guise.

Reine de la nuit
Elisabeth Ros, la reine de la nuit

Une symphonie de talents

L’interprétation des danseurs n’a d’égale que la précision dans leur mouvement. La maîtrise du geste et du placement permet une synchronisation sans accroc, qui exerce fascination et émerveillement sur le spectateur. La formation classique des danseurs se mêle sans difficulté aucune à la patte contemporaine et humaniste de Maurice Béjart. Elle contribue au contraire à rendre l’ensemble particulièrement riche. Composée de danseurs venus du monde entier, la compagnie du Béjart Ballet Lausanne n’a aucunement perdu de sa superbe en dix ans. La danse et la technique de chacun des danseurs n’est cependant pas le seul point fort du spectacle. L’histoire de La flûte enchantée est portée, en plus de la partition de Mozart, par le jeu d’acteur et de narration de Mattia Galiotto, qui incarne le Sprecher. Guidant et interprétant tour à tour les personnages auxquels il offre sa voix, il ponctue le ballet de ses courtes interventions, apportant fraîcheur et diversité. Finissant de créer grâce et enchantement, les trois fées et les trois génies rythment le tout de leurs apparitions et de leurs rires.

Flûte enchantée
Kathleen Thielhelm (Pamina) et Julien Favreau (Sarastro)

La flûte enchantée de Maurice Béjart fait partie de ces grands ballets qui ne peuvent être oubliés et c’est une chance exceptionnelle qu’elle puisse renaître l’espace de quelques jours, afin d’enchanter son public, qu’il soit novice ou amateur de danse.

Bande-annonce La flûte enchantée par le Béjart Ballet Lausanne

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