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      Mr. Robot saison 2.0 : Notre critique sur l’épisode final

      Après 2 mois d’épisodes hebdomadaires, le dernier épisode de la série aujourd’hui culte Mr. Robot sortait ce mercredi 21 septembre. Sam Esmail, créateur et réalisateur de la série, signe une fois de plus, une réussite incontestée. On décortique pour vous cet épisode tortueux et chargé de questions. Attention, spoilers !

       

      « You are me. I am you. »

      Si ce dernier épisode est composé de cinq gros blocs où tout nous fait nous questionner, chacun aura une importance primordiale. Esmail introduit directement l’épisode avec Tyrell, Elliot et Mr Robot sur un flashback. Ce premier élément sera d’autant plus marquant par la transition entre le récapitulatif qui nous montre Mr Robot, dans la voiture avec Tyrell, pour ensuite démarrer l’épisode 12 où Elliot se tient à la place de son père. Ce flashback ne sera pas anodin pour son désir de montrer l’élément qui lie Tyrell et Elliot : leur père. En effet, Tyrell récite le poème de William Carlos Williams qui seront les seuls mots anglais connus par son père. Ainsi, le lien entre les deux personnages prend tout son sens : ils sont tous les deux hantés, pourchassés par leur père. Cet effet miroir ne sera pas un cas particulier, car on pourra en relever d’autres dans le reste de l’épisode, voire dans toute la saison.

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      Retour au présent, où Tyrell vient de mener Elliot dans sa planque. Lorsque notre héros découvre, comme nous, peu à peu le but de cet endroit, de nombreuses réponses vont nous être apportées. Tout d’abord, on apprend l’objectif de cette fameuse “Stage 2” et son ampleur : l’attaque sur E-Corp n’est pas terminée. Mais tous ces éléments vont pousser Elliot à se questionner une fois encore sur sa perception des choses.

      “C’est une chose de questionner votre esprit, c’en est une autre de questionner vos yeux et oreilles. Mais là encore, n’est ce pas pareil, nos sens étant de médiocres périphériques reliés à notre cerveau ? Bien sûr, on s’y fie, on se fie au portrait qu’ils font du monde autour de nous, mais si la vérité était que ce portrait est faux ? Que ce qu’on perçoit n’est pas du tout le monde réel, mais uniquement une vue de l’esprit ? Que tout ce que nous avons, c’est une réalité déformée, une image brouillée qu’on ne décodera jamais vraiment. »

      Et cette fois-ci, c’est l’existence même de Tyrell qui sera remise en cause : pourrait-il être un troisième alter ego d’Elliot encore plus instable que Mr. Robot ?

      Mr. Robot obtient également l’importance qu’il mérite. De son point de vue, Elliot et lui sont une seule et unique personne, que ce soit physique, ou psychologique : “Tu es moi. Je suis toi”. Or nous savons que ce fait n’est pas à double sens. Le flashback nous montrait en effet qu’Elliot, sous l’emprise de Mr. Robot, complotait avec Tyrell. Cependant, Elliot n’a aucun souvenir de cet événement et va peu à peu comprendre le projet de Mr. Robot et Tyrell, pour finalement s’y opposer. Ce point précis lui permettra de découvrir la nature de Tyrell : réel ou illusion ? La balle tirée par Tyrell lui donnera la réponse…

      “Tu es moi. Je suis toi.” Oui. Mais jusqu’à quel point ? Elliot découvrant le projet de Mr. Robot, ce dernier affirme depuis le début que tout ce que fait l’un n’est jamais secret pour l’autre. Or ici, Tyrell ne fait que demander successivement à Elliot s’il est sûr de lui et s’il n’a réellement aucun souvenir de la mise en place de leur projet… Lorsqu’Elliot finit par comprendre la démarche des deux personnages, il va s’y opposer. Mais tout porte à croire qu’il conteste leur méthode et non le projet. En effet, Elliot souhaite tout comme eux éradiquer E-Corp comme le montre la métaphore de son rêve dans l’épisode 4 : il se retrouve dans ce songe englobant ses désirs. Un monde où tout le monde mange à la même table et où l’immeuble d’E-Corp s’effondre derrière eux.mr-robot-finale

       

      “Are you f*cking kidding me ?”

      Cisco est mort, longue vie à Darlene ! C’est quand même la bonne nouvelle de l’épisode : notre activiste favorite a survécu à l’attaque du restaurant, malheureusement sans son jules à ses côtés. La sœur d’Elliot se retrouve au début de cet épisode interrogée par les agents Dominique DiPierro et Santiago, et leur fait clairement comprendre à qui ils ont affaire : elle ne leur dira pas un mot.
      Mais c’est sans compter la détermination de l’agent du FBI qui ramène devant elle des preuves de sa culpabilité : une caméra et un masque de Fsociety. Premier problème à l’horizon. On retrouve encore une fois une sorte d’effet miroir entre Darlene et Dom, effet que cette dernière essaie tant bien que mal de mettre en avant pour l’amadouer : l’agent DiPierro ira même jusqu’à affirmer “Je suis elle”.

      vlcsnap-2016-09-25-16h03m56s985Lassée de l’obstination de la jeune femme, l’agent DiPierro prend une décision drastique : lui révéler qu’en vérité, le FBI sait beaucoup plus de choses qu’il ne le laisse penser. Si vous pensiez, comme nous, que Fsociety avait toujours une longueur d’avance, vous avez dû être surpris d’assister à un tel retournement de situation. Quand l’agent DiPierro conduit Darlene dans une pièce à l’autre bout des locaux des services secrets, un gigantesque tableau blanc décore le mur. Et sur ce tableau, des photos, des flèches, des numéros de dossier, des adresses : tous les visages des personnages impliqués de près ou de loin dans le hack d’E-Corp sont exposés, y compris ceux des personnages décédés. DiPierro explique alors à Darlene la tactique du FBI pour obtenir ces informations sans se faire remarquer.

      Alors nous nous sommes faits discrets et avons attendu. Ils appellent cela l’approche du python. Ils attendent le bon moment pour frapper.

      Et d’un coup, premier scoop : ce n’est pas la Dark Army qui a tué Romero mais une balle perdue tirée par accident par son voisin. Erreur de Darlene, donc 1-0 pour l’agent DiPierro. Puis dans un pano-traveling parfaitement maîtrisé, on découvre le centre de ce tableau : une photo d’Elliot liée aux noms de Darlene, Fsociety, Shayla (sa petite amie décédée dans la saison 1), mais également à celui de Tyrell Wellick, étiqueté “Porté disparu / Recherché pour le 5/9”. La réaction de Darlene face à cette révélation nous fait alors nous questionner : était-elle totalement ignorante de l’importance de Wellick ou est-elle simplement choquée de savoir que le FBI détient autant d’informations ?

      D’autres questions subsisteront malheureusement jusqu’à la saison 3. Que va-t-il arriver à Darlene maintenant qu’elle détient ces informations ? Quand et comment les services secrets ont-ils découvert qu’Elliot était impliqué dans le hack aux côtés de Fsociety ? Et le FBI pense-t-il vraiment que Tyrell Wellick est le cerveau de tous ces événements ?

       

      “Do you feel powerful ?”

      14466894_1288602707817975_2011414991_oLe dernier épisode de cette saison lève le voile sur un autre mystère : l’expéditeur des colis destinés à Joanna Wellick. Il s’agit en vérité du directeur technique de E-Corp, Scott Knowles, qui est autant noyé dans l’alcool que dans son désir de vengeance. Dans un monologue à la fois touchant et pathétique, Knowles exprime son désespoir d’avoir perdu sa femme mais également l’enfant qu’elle portait et dont il venait d’apprendre l’existence. Chouette ambiance en somme. A ce moment, l’actrice Stephanie Corneliussen, alias Joanna, sort le grand jeu : dans une première démarche de compassion forcée, son visage se transforme pour laisser place à la méchanceté crue avec laquelle on aime la voir jouer. Insultant la défunte femme de Scott, son enfant jamais né, elle le couvre de rage et le pousse dans ses retranchements. Mr Knowles ne se laisse pas faire et, dans une scène à la violence particulièrement dure, lui saute dessus, la frappe de toutes ses forces, jusqu’à ce qu’elle soit au sol, couverte de sang, respirant à peine.

      Mais Joanna le sait, le sang est ici le prix de la victoire. Grâce à cette altercation, elle a pris le pouvoir sur Scott et peut faire pencher la balance de son côté. Elle demande alors à son nouveau compagnon Derek de modifier son témoignage de la nuit du meurtre de Sharon Knowles, la femme de Scott, afin d’incriminer ce dernier et d’éloigner tous les soupçons de Tyrell et d’elle-même. Derek, quelque peu perplexe au début, finit par accepter sa requête. Au final, Joanna semble être le seul personnage à sortir totalement gagnant de cet épisode, même si elle finit plutôt amochée. Well done, Joanna !

       

      “You did what needed to be done.”


      vlcsnap-2016-09-25-17h53m19s265La dernière scène est introduite par un journaliste, Frank, de l’émission
      Let’s Be Frank, véritable symbole récurrent de la vérité à travers la saison. On s’apprête à nous annoncer quelque chose, une vérité qui semblerait vouloir être tue, quand le génie d’Esmail frappe à nouveau : un téléphone sonne et l’émission passe en mode “mute”. Décidément, les révélations ne seront pas pour cet épisode. À ce moment, c’est Angela, la grande absente de l’épisode qui décroche. Angela a été un personnage particulièrement mystérieux dans le reste de la série et elle commençait, dans les derniers épisodes, à prendre une importance particulière. L’émission de télévision laisse alors place, à notre grand étonnement à un Tyrell Wellick désespéré. De nombreuses questions se présentent à nous : pourquoi Angela a-t-elle l’air de connaître Tyrell ? Combien de temps s’est écoulé entre ce moment et celui où Tyrell a tiré sur Eliott ? Comment Angela est-elle au courant ? Et puisque cette conversation nous le confirme, à quel point est-elle impliquée dans les affaires de Fsociety ou de la Dark Army ?

      Toutes ces questions seront ponctuées par ce plan final où Angela raccroche et sort du champ au moment précis où les problèmes d’électricité refont apparition. Une coupure de courant définitive, métaphore d’une finalité, d’un accomplissement pour l’étape 2 ?

       

      “What if we could ?”

      vlcsnap-2016-09-25-16h25m40s638Enfin, cet épisode se conclut par un plan séquence post générique où d’autres questions viennent s’ajouter à la pile déjà bien haute. Mobley et Trenton semblent avoir réussi leur petite exfiltration et tentent par tous les moyens de ne pas trahir leur nouvelle vie. Cette petite scène supplémentaire n’aurait pas eu son importance si Trenton (alias Tanya) n’insistait pas autant sur leur passé de hackers. “Si ce que j’ai découvert est vrai, tu sais ce que ça veut dire ?” Les voilà donc confrontés une nouvelle fois aux ennuis qu’ils fuyaient. Mais pour quelles raisons ? Trenton semble parler de “potentiellement tout annuler”. Le 5/9 ? Leur inculpation dans l’affaire ? En tout cas, Esmail les veut dans la partie de la prochaine saison. Décor plus chaud, chemise, cheveux au vent, nos deux génies de l’informatique ont l’air d’avoir mis les voiles vers le sud, mais seront quand même avec nous l’année prochaine.
      Mais partir aussi loin n’a pas suffi pour passer inaperçu. En effet, c’est sans compter l’apparition étonnante de l’ex-codétenu d’Elliot : Léon. “Avez vous l’heure ?” seront les mots finaux de ce season final. Parlant presque au nom de Whiterose, pourquoi le sauveur de Elliot est-il si loin des lieux de l’action ? A-t-il pour ordre de tuer les déserteurs ? Cherche-t-il des informations pour son boss ? Que de questions qui continuent de se rajouter…

       

      En somme, l’épisode final de cette deuxième saison de Mr. Robot était ce qu’on peut appeler un chef-d’oeuvre. Toujours grâce à ces plans à la David Fincher, Sam Esmail nous transporte dans les méandres paranoïaques des pensées d’Elliot tout comme dans des scènes plus calmes et réalistes aux côtés des agents du FBI. Un scénario qui tient la route jusqu’au bout, des personnages saisissants de crédibilité, une bande originale qui décidément n’arrêtera jamais de nous faire rêver, tout a un sens et tout est à sa place. On notera également la montée en puissance du “girl power”, autant dans cet épisode que dans l’ensemble de la saison. En définitive, Esmail aura appliqué dans cet épisode l’approche du Python : un début plutôt lent amenant les informations au compte-gouttes pour arriver à une fin agressive et révélatrice. Encore une belle réussite pour le réalisateur de la série !

       

      Article écrit en collaboration avec Clémentine.

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