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      Critique « The Handmaid’s Tale » S2 (Hulu) : l’escalade de l’horreur

      Piqûre de rappel : nous sommes dans la République de Gilead, une théocratie totalitaire dystopique tenue par des fondamentalistes. Les libertés des femmes ont été anéanties. Les plus fertiles d’entre elles sont affectées aux familles dirigeantes et violées sur fond de lecture de Bible jusqu’à ce qu’elles tombent enceintes. Nous suivons l’une de ces servantes, June, désormais nommée Offred (DeFred), d’après le nom de son « Commander » (commandant) Fred Waterford.

      Après qu’elle ait raflé tous les prix aux Golden Globes et aux Emmy Awards, la réussite de la première saison n’est plus prouver. Comment maintenir alors une tension dramatique et une qualité égales alors même qu’Elizabeth Moss, devenue star, ne peut plus mourir et que le scenario est écrit indépendamment du roman de Margaret Atwood ? La saison 1 avait laissé au public un goût de perfection. Tous les éléments – narration, esthétique, bande-son, jeu d’acteurs – s’imbriquaient avec une cohérence naturelle pour un résultat aussi beau que glaçant. L’enjeu était donc de taille.

      Nous pouvons affirmer sans crainte, à l’aune des 8 épisodes sur les 13 que la saison comporte, que les fans de la première saison ne seront pas déçus. Le spectateur est entrainé dans une spirale dangereuse et vibre toujours au rythme des espoirs et angoisses de June/Offred, qui navigue de plus en plus difficilement entre ses deux identités. Vos nerfs seront autant mis à mal que vos yeux seront satisfaits des tableaux léchés d’une violence qui oscille entre brutalité et perversité. La réalisation parfaite sert une intrigue qui nous plonge toujours plus loin au cœur des rouages de Gilead. Le spectateur, à l’instar d’Alice qui tombe dans le terrier, entame une chute sans fin.

      L’intrigue nous fait voyager dans la République, nous en faisant découvrir de nouvelles facettes pas vraiment plus réjouissantes. Nous retrouvons ainsi Emily et Janine dans l’horreur des colonies, dans lesquelles elles travaillent désormais jusqu’à l’épuisement. Le personnage d’Emily, comme d’autres personnages secondaires, prend de l’importance, et enrichit la série en la décentrant un peu de June. Se dessine alors une mosaïque d’expériences féminines de Gilead, par lesquelles le spectateur saisit des fragments du ressenti de chacune pour son idée globale de ce que peut être cet atroce pays, pourtant si proche par certains aspects de notre réalité. La mère de June, très présente dans le livre, fait une apparition, étoffant la portée féministe de la série, et nous permettant justement de faire le pont entre réalité et fiction. 

      La toile des relations tissées entre les personnages se compléxifie avec la grossesse de June. Les jeux psychologiques et de pouvoir entre les personnages prennent de l’ampleur, notamment celui entre Offred et Séréna. Les frontières entre bien et mal, gentils et méchants se brouillent peu à peu. On saisit de mieux en mieux les individualités et les motivations de chacun.e et comment celles-ci s’imbriquent. L’aspect psychologique est sans doute l’aspect le plus intéressant de cette saison, et sauve la série d’une violence visuelle qui semble tout de même parfois exagérée et gratuite. 

      the handmaid's tale season 2

      La narration se nourrit des flashbacks qui éclairent le présent de Gilead de façon plus directe encore que lors de la première saison. Plus qu’un effet de contraste recherché et une explication amenée du Coup d’Etat, ils servent d’introspection aux personnages, et plongent réellement le spectateur dans la psyché des personnages. Peu à peu, les simples souvenirs qui leur servaient de refuges se transforment en regrets, remords ou culpabilité. Comme s’ils s’étaient résignés à ce nouvel ordre des choses. Le spectateur, tour à tour, ne fait plus qu’un avec la douleur de June, avant de prendre du recul sur l’histoire et frissonner un peu plus. June, qui, par son jeu, nous fait oublier qu’elle est actrice et qu’on semble imaginer ensuite à n’importe quelle heure de notre journée, assis à notre bureau ou allongé dans notre lit, toujours – elle – prisonnière de Gilead.

      Riche en actions et en retournement de situations, la saison 2 déroule les bases posées dans la première saison à un rythme soutenu. D’héroïne de série qui aurait dû s’en sortir, June devient sous nos yeux un simple témoin de l’injustice et de la violence de ce qu’est devenu son quotidien, de ce qui sera maintenant sa vie ? On retient sa respiration et on attend la suite. Allez, blessed day.

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