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      Critique « Sky Rojo » (Netflix) : une cavale féminine haletante

      Après la drogue dans White Lines – annulée après sa première saison – et les braquages dans La Casa de Papel, Álex Pina et son acolyte Esther Martínez Lobato s’attaquent à la prostitution dans Sky Rojo. Question épineuse en Espagne, la crise sanitaire a particulièrement ravivé les débats. Sky Rojo s’empare de ce sujet délicat, grâce à un trio féminin énergique. 

      Trois prostituées, Coral (Verónica Sánchez), Wendy (Lali Espósito) et Gina (Yany Prado), laissent leur proxénète, Roméo (Asier Etxeandia) pour mort – également propriétaire du club Las Novias. Ainsi, elles quittent Tenerife pour partir en cavale, non sans être poursuivies par les hommes de main de Roméo, Moisés (Miguel Ángel Silvestre) et Christian (Enric Auquer).

      Un sujet de société en Espagne

      De tous les pays d’Europe, l’Espagne est le premier consommateur de prostitution. Selon les statistiques, 39% des Espagnols ont déjà eu recours aux services d’une prostituée. Sky Rojo parle ainsi d’une vérité, qui fait encore débat aujourd’hui, notamment en ces temps de pandémie mondiale. Par ailleurs, il faut rappeler que les maisons closes sont autorisées en Espagne.

      Comme de nombreux lieux sur le territoire espagnol, celui-ci, fictif, est une boîte de nuit. Il officie de couverture légale au club, pour mieux masquer des activités clandestines. Qui dit proxénétisme, peut également dire trafic humain. Le personnage de Gina (Yany Prado) en est un exemple. Recrutée à La Havane en tant que serveuse, elle découvre l’abominable vérité une fois arrivée à Tenerife.

      Le club Las Novias abrite de bien sombres secrets. Femmes soumises aux désirs de clients impitoyables, maquereaux manipulateurs n’hésitant pas à utiliser leurs failles… Sky Rojo dépeint une horrible réalitéparfois voyeuriste, certes – mais qui ouvre les yeux sur la condition de ces travailleuses du sexe.

      Ce qu’on pourrait reprocher à Sky Rojo, c’est qu’on traite le sujet de la prostitution mais qu’il reste assez en surface. Cela peut s’expliquer par des épisodes relativement courts – d’environ 25 minutes.

      Roméo (Asier Etxeandia)
      Roméo (Asier Etxeandia)

      Une course effrénée

      Pour les protagonistes comme pour les spectateurs, Sky Rojo, c’est une course effrénée. Une course contre la montre même, puisque ces trois femmes fuient pour survivre ! Le caractère court des épisodes qui composent cette première saison les rend d’autant plus percutants, et le rythme de la série, lui, ne s’essouffle jamais.

      À la manière du bébé favori d’Álex Pina, La Casa de Papel, Sky Rojo enchaîne les plot-twists, relançant sans cesse ses intrigues et pimentant la cavale des trois amies. Dotée d’une esthétique colorée mais également d’une bande-son omniprésente qui accompagne à merveille ses scènes, Sky Rojo garde son énergie. 

      Scènes de cavale s’alternent avec d’autres, plus tendres, de complicité entre les trois femmes. Un ensemble qui donne une première saison bien dosée en termes d’émotions. On pourrait d’ailleurs dire que Sky Rojo tire largement ses inspirations de Tarantino – entre autres. Elle se trouve au croisement entre Une nuit en enfer (1996) – dont il est le scénariste – Boulevard de la mort (2007) ou encore Thelma et Louise (Ridley Scott, 1991). 

      Christian (Enric Auquer) & Moisés (Miguel Ángel Silvestre)
      Christian (Enric Auquer) & Moisés (Miguel Ángel Silvestre)

      Trois femmes vs trois hommes

      Comme les trois anti-héroïnes, on perçoit la menace constante, l’oppression et le danger. On s’attache à ces femmes si différentes mais qui se complètent dans une excellente dynamique. Dans des moments d’accalmie, le scénario nous plonge dans la psychologie des trois femmes comme dans leur passé, avec quelques éléments, disséminés ici et là, sans jamais trop en dire d’un coup. On doit aussi cet attachement aux qualités d’interprétation des trois actrices, Verónica Sánchez (Coral), Lali Espósito (Wendy) et Yany Prado (Gina).

      Face à cet excellent trio féminin, un trio masculin, plus inférieur, pourtant composé d’Asier Etxeandia (Douleur et Gloire), Enric Auquer et Miguel Ángel Silvestre (Sense8, Narcos). Malgré le charisme d’Asier Etxeandia semblable à celui de Pedro Alonso – Berlin dans La Casa de Papel – celui-ci reste en retrait. Pourtant, Miguel Ángel Silvestre, interprète de Moisés, brille de nouveau à l’écran. Sky Rojo semble pourtant chercher à humaniser les trois hommes, ce qui peut déranger par moment… À chacun de s’en faire son propre avis.

      D’autant plus addictive que les épisodes sont courts et construits pour être enchaînés en quelques heures, Sky Rojo est haletante. Une deuxième saison a d’ores et déjà été commandée par Netflix, certain du succès de la première. Une chose est certaine, Sky Rojo ne laissera pas le public indifférent.

      Bande-annonce de Sky Rojo

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