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      Le seigneur de Bombay, sacred games saison 2 : final en apothéose

      La première saison de Sacred Games (netflix) fut une vraie surprise. En effet, elle nous offrait en effet une adaptation fidèle et intelligente de la première partie d’un roman fleuve indien, 900 pages, salué par la critique dans le monde entier. Elle s’appuyait en outre sur une réalisation très soignée, des acteurs parfaits, une intrigue riche, un va et vient constant entre l’histoire personnelle d’un baron du crime et l’Histoire de la plus grande démocratie d’Asie. Elle s’achevait enfin sur deux mystères non résolus : qu’elle était la menace planant sur Mumbai et quel fut le rôle de Ganesh Gaitonde (le parrain) dans sa mise en place. Les attentes étaient donc immenses à la sortie de la deuxième et dernière saison,  attentes comblées en tout point.

      Un haut niveau de réalisation et d’écriture

      Nous retrouvons dans cette seconde saison l’ensemble des qualités observées dans  la première. La réalisation demeure toujours très soignée, la photographie très pertinente. Elles bonifient un scénario riche en symboles. La couleur, la lumière accompagnent une enquête qui ne cesse de naviguer entre l’ombre et la lumière. Des ruelles à l’ashram, des cellules terroristes aux jardins de méditation, nos personnages vivent  en effet une expérience initiatique où comme Alice, ils passent de l’autre côté du miroir. De même, les objets du décor viennent enrichir la dimension spirituelle, irrationnelle de l’histoire : la force du lien familial, l’inné face à l’acquis.

      Ensuite, nous retrouvons les mêmes personnages charismatiques, très bien joués, au service d’une ambiance oppressante. La nouveauté de cette saison c’est qu’aux deux protagonistes principaux, s’ajoutent de nouvelles figures – l’impressionnant Guruji, l’inflexible Shahid Khan – tandis que des personnages secondaires -le mystérieux Trivedi, le père de Sartaj- voient leur histoire approfondie. Ces multitudes de trames narratives sont très bien gérées : le récit demeure toujours facile à suivre et le suspense en est renforcé.  On ne peut qu’admirer tous les indices disséminés depuis le 1er épisode pour nous conduire vers la résolution finale.

      La série maintient enfin un très haut niveau d’écriture en menant de front trois histoires : une course contre la montre pour arrêter une machination infernale, deux quêtes personnelles (celle du policier et celle du parrain de la pègre) et une immersion au sein des maux de l’Inde contemporaine. Il faut à nouveau saluer l’excellence de la construction d’ensemble qui nous pose dans les premiers épisodes des éléments qui prennent tout leur sens en fin d’histoire, rendant crédibles l’itinéraire des personnages et les retournements de situation.

      Au service d’une intrigue riche de sens

      Cette seconde saison apporte de la nouveauté en nous transportant dans de nouveaux univers. D’abord géographique puisque l’enquête sur le passé de Gaitonde nous emmène au Kenya, au Pendjab, dans un ashram en explorant l’importance de la diaspora indienne.

      Ensuite spirituel car cette seconde saison se focalise sur la religion, son poids important à la fois dans l’histoire ancienne mais présente de l’Inde. Sans dévoiler des éléments importants de l’intrigue, la série interroge sur l’impact des religieux, sur l’influence des croyances sur l’âme des individus y compris sur celles d’hommes politiques et d’hommes d’affaire. Elle met aussi en scène la place très forte du religieux dans la société indienne, place tellement prégnante qu’elle façonne l’inconscient collectif. En évitant les clichés, les épisodes explorent les dimensions et les échelles de cette pénétration. Ce faisant, le discours tenu par la série est sans concession et polysémique. Il est à la fois fascinant par ce qu’il montre, déstabilisant par ce qu’il dit, et terrifiant par ce ce qu’il sous-entend.

      Avec cette dimension spirituelle, la seconde saison arrive à clore toutes les intrigues, à nous offrir un final haletant digne des meilleures saisons de 24 heures chrono. Elle nous laisse aussi dans un état de malaise car son propos est universel : aucune folie n’est plus destructrice que celle qui ne pare du nom de Dieu.

      Cette saison approfondit enfin le discours sur l’Inde. La série est terriblement clairvoyante d’une part parce qu’elle annonce avant l’heure les terribles événements qui ont secoué Mumbai en 2008. D’autre part, elle pointe du doigt, 10 ans en avance, la montée du nationalisme hindouiste et les liens dangereux entre la politique et la religion. Le livre ne prenait pas de gants pour dénoncer les intégristes de tout bord et il est heureux de voir la série ne pas édulcorer cette thématique forte.  Enfin, la série parvient enfin à faire passer un autre message du livre : les liens entre Inde et Pakistan et l’absurdité d’une division qui a divisé des familles.

      Sacred Games fait partie des grandes séries, exigeantes, intelligentes et uniques. S’appuyant sur un très grand roman, elle parvient à en offrir une adaptation grandiose, trahison magique d’un matériau dense, transposition lumineuse d’un univers oppressant.

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