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      Critique de « You » sur Netflix : un retour plutôt réussi

      Déjà annoncée pour une quatrième saison, « You » a fait son grand retour sur Netflix pour un troisième volet. Retardée à cause de la pandémie, cette troisième saison a été très attendue. Joe et Love ont quitté Los Angeles en laissant leur passif sombre derrière eux. Ils s’installent dans le quartier tranquille de Madre Linda, à San Francisco et comptent bien commencer un nouveau chapitre de leur vie. Une vie paisible semble leur être promis, mais pour combien de temps ?

      La dynamique de la série est d’entrée de jeu différente. Joseph, interprété par Penn Badgley,  est toujours meurtrier mais désormais père. Love (la superbe Victoria Pedretti, déjà vu dans The Haunting Hill of the House) a donné naissance à leur fils Henry. Il doit ainsi endosser toutes les responsabilités que son nouveau rôle lui confère. Il se sent prêt à changer pour son fils, et à restreindre ses pulsions. Mais il semble déjà très intrigué par leur nouvelle voisine, qui est le parfait profil pour être sa nouvelle proie. Son inlassable envie de conquérir ce qu’il ne possède pas ne le quitte pas, bien qu’il cherche à la repousser. Car désormais, Joe et Love sont mariés. Cela contraint Joe à devoir faire tout son possible pour ne pas trop contrarier Love, et la pousser dans ses retranchements.

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      Crédits : Vanity Fair, Joe, Love et Henry

      Une construction toujours aussi intelligente

      Le risque avec cette série était que le scénario se répète et ressemble bien trop à celui des deux saisons présentes. Or il n’en n’ai rien, puisque dès le début, l’intrigue est immédiatement différente. Le changement principal est l’arrivée d’Henry dans la vie des deux serial killers. Bien que l’aspect psychopathe de la personnalité de Joe soit omniprésente dans l’histoire, sa volonté de devenir un bon père attendrit en quelque sorte son personnage. Il se pose des questions légitimes et profondes sur la parentalité, et ce qu’elle nécessite.

      Cela est également dû à la présence de Love. Elle rajoute un aspect imprévisible à l’histoire tant son personnage est impulsif. Elle se présente comme étant la parfaite épouse pour Joe, étant elle-même tout aussi meurtrière et calculatrice. Son personnage évolue et prend une place importante dans l’histoire pour notre plus grand plaisir. Sa puissante envie de construire une vie heureuse la pousse à faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger sa famille. Même si ses méthodes sont souvent extrêmes et moralement inacceptables.

      Un total renouveau est fait. Cela est dû à l’arrivée du couple dans ce petit quartier résidentiel et huppé. Les nouveaux personnages de l’histoire apparaissent tous stéréotypés. Il y a un couple qui a banni tout sucre de leur alimentation, un père antivax… Tout est tiré par les cheveux, pour donner l’illusion d’une fausse normalité chez Love et Joe. Mais l’accès constante aux pensées de Joe par une voix-off permet de comprendre qu’il n’en n’est rien, même si leur but est de passer pour les gentils voisins ordinaires. Cette voix-off accentue l’attrait du personnage, qui fait toujours tout pour être en pleine maîtrise de la situation. Il est plus facile de décrypter sa psychologie de meurtrier, et de montrer à quel point il ne laisse jamais rien au hasard. Ce choix scénaristique est essentiel à la série, et en devient même la signature.

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      Crédits : Melty, Love Quinn et Joe Goldberg

      Quelques lenteurs dans l’histoire

      Bien que l’intrigue soit toujours rondement menée et que chaque coup d’éclat de Joe et Love nous tient en haleine, il est tout de suite clair que ce quotidien rangé est en permanence au bord de l’implosion. Leur vie de couple manque parfois d’intérêt et  laisse place à aucun doute : la fin ne sera pas heureuse. Chacun craint l’autre car ils savent pertinemment de quoi ils sont capables. Il y a aussi de nombreuses tentatives visant à humaniser les deux protagonistes. Comme tout couple normal, ils tentent de « sauver » leur relation par tous les moyens. Mais elles s’avèrent toujours vaines. La nature de l’un et de l’autre est profondément ancrée, ne laissant pas de place à un réel changement.

      Enfin, les flashbacks de l’enfance difficile d’orphelin de Joe vise à donner une raison à son comportement de sociopathe et de meurtrier. En réalité, ils n’apportent pas grand chose à l’histoire, mise à part à montrer qu’il n’arrive pas totalement à son détacher de son passé. Il en est de même pour Dottie, la mère de Love qui occupe une place étouffante dans la narration. Elle n’apporte pas de réelle plus-value, et ne cesse de vouloir s’imposer dans la vie de sa fille. Cependant, d’autres personnages réussiront à ajouter une certaine fraicheur : Theo Engler ou les quelques apparitions de l’avocate Jean (interprétée par Marcia Cross, la star de Desperate Housewives).

      Un meurtrier condamné à rester le même

      Joe reste et demeure un meurtrier qui a sans cesse le besoin de venir en aide à ceux qui l’entoure. Il est toujours en quête de sa nouvelle obsession, et n’est jamais satisfait de ce qu’il possède déjà. Joe semble aussi ne jamais manifester le moindre regret pour les meurtres qu’il commet, les jugeant comme inévitables ou nécessaires. Il reste impuni de tous ses méfaits, et fait tout ce qui est en son pouvoir pour le rester.

      La psychologie de son personnage réduit la place au doute, puisqu’il n’est pas difficile de deviner ce qu’il compte faire pour arriver à ses fins. Bien qu’il s’imagine sans cesse dans la posture d’un bon samaritain qui sauve des victimes qui en ont besoin, il n’en reste pas moins un assassin impitoyable. Quiconque risque de mettre en danger son jeu d’échecs se verra renverser sans état d’âme.

      Moins accrocheuse que la saison deux, cette troisième saison tient tout de même toutes ses promesses. Rebondissements et cliffhangers sont au rendez-vous.  L’alchimie entre les deux protagonistes principaux transperce l’écran tout le long des épisodes. Il ne reste plus qu’à espérer que la saison quatre ne sera pas celle de trop, car les meurtres à répétition étant l’ADN de la série, la place au suspense n’en n’est que plus réduite.

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