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      Critique S4 « Unbreakable Kimmy Schmidt » (Netflix) : la taupe sort les griffes

      Unbreakable Kimmy Schmidt a récemment dévoilé les 6 premiers épisodes de sa quatrième et ultime saison. L’héroïne jusqu’ici pétillante et crédule pourrait bien commencer à se durcir un peu…

      La pimpante Kimmy est de retour pour de nouvelles aventures ! Après une première saison coup de cœur, la suite avait de quoi décevoir, largement en-dessous de ce qu’on attendait. Au point même de se demander si ça valait vraiment le coup de sortir une quatrième saison. Le délire « Kimmy devient conductrice Uber », « Kimmy à l’Université », « Kimmy divorce », etc, était très vite devenu lassant. Mis à part Titus le Magnifique, on ne voyait plus trop l’intérêt de la série. Mais pour ce dernier chapitre, Kimmy, jusqu’ici très niaise voire carrément agaçante, prend sérieusement conscience du monde qui l’entoure. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas très fan de ce qu’elle voit.

      Les mêmes recettes périmées

      On vous rassure, il s’agit toujours de la même jeune femme beaucoup trop enjouée, prête à croquer la vie à pleines dents depuis sa sortie du bunker (ce qui explique probablement le fait qu’elle se contente d’une chambre de 5m2 sans porte digne de ce nom). La série joue toujours sur la crédulité débordante de la Mole Woman qu’on finit par regarder avec un air hautain. 

      On retrouve aussi les vieux gags réchauffés en surfant sur le fait que l’héroïne ne connait aucun des tubes de ces dernières années. Tout en clashant l’absence totale de sens dans les paroles. Vous reconnaitrez donc peut-être le refrain de Friday fredonné par Kimmy sur un air tout droit sorti de son imagination. Les scénaristes s’obstinent à traiter les personnages comme des personnes totalement dénuées d’intelligence ou ne serait-ce que de sens commun. Ces personnalités sont censées créer des situations cocasses. Sauf que la plupart du temps, on s’ennuie. Pire, on est mal à l’aise.

      Un revirement inattendu 

      Puis d’un seul coup, tout commence à prendre forme. La saison prend un sacré virage avec l’épisode 3, sous forme de parodie de documentaire un peu pété. Une forme tout à fait nouvelle pour la série et qui a l’effet d’un grand bol d’air frais après les vannes pourries qui précèdent.

      Go pro à la main, on suit un DJ reconnu (et dont les 3 neurones qui constituent son cerveau se battent laborieusement en eux). La star est à la recherche d’un ambianceur de soirée pour son mariage. Et qui de mieux que celui qui l’a inspiré en premier lieu ? Vous l’avez ? « Durnsville’s Worst Wedding DJ », ça vous dit quelque chose ? Oui, on va donc partir à la recherche du révérend Richard Wayne Gary Wayne, le gourou qui a séquestré Kimmy. Avant de se lancer en tant que kidnappeur professionnel, le révérend était également DJ raté à se heures perdues. Une reconversion pour le moins inattendue qui a néanmoins porté ses fruits pendant les quinze premières années.

      L’âge de raison

      C’est alors que tout prend sens. Le documentaire renverse complètement la vérité en décrédibilisant les Mole Women au profit du révérend, présenté comme une victime. Kimmy, en le voyant, prend conscience de la manière dont sont traitées les femmes en général. Du bunker au harcèlement sexuel, en passant par les contes de princesses, tout y passe. Depuis le premier épisode jusqu’à ce qu’on tombe sur des incels assumés (célibataires involontaires frustrés et misogynes), la série entière prend une toute autre tournure. Unbreakable Kimmy Schmidt devient beaucoup plus engagée que ce qu’elle le semblait au premier abord.

      Certaines critiques reprochent à la série de surfer sur la notoriété de la vague #MeToo. Ça tacle sur Weinstein, le slut-shaming et autres. Pourtant, le féminisme a toujours été présent, et ce, depuis les premières minutes du show. Souvenez-vous. Lorsque les Mole Women sont interrogées sur un plateau télévisé, Cindy confesse qu’elle a suivi le révérend parce qu’elle ne voulait pas paraître « méchante », « impolie »,  » (rude, en anglais). Le présentateur émet alors le commentaire suivant :

      « Je serai toujours impressionné de ce que vous les femmes, êtes capables de faire juste pour ne pas paraître malpolies ».

       

      Cette phrase, si anodine soit-elle, dénonce pourtant le fait que les femmes courent plus de danger lorsqu’elles refusent les avances d’un homme que dans le cas inverse. Elles sont parfois donc prêtes à faire des choses dont elles n’ont pas envie juste pour ne pas froisser leur interlocuteur et se sentir en insécurité.

      Et puis il y a le fait que l’héroïne refuse de parler des violences sexuelles quelle aurait subie pendant son calvaire. Cette histoire n’est pas sans rappeler l’affaire tragique de Natascha Kampusch. Elle aussi, enfermée sous-terre par un psychopathe, n’a pas souhaité évoquer les viols de son ravisseur pendant longtemps. Un droit qu’elle revendique. Tout cela fait partie de son intimité à elle.

      Plus tard, dans la saison 3, Kimmy questionne aussi l’essence même du féminisme. S’habiller sexy est-il un acte plus féministe que de s’habiller comme on en a envie ? Mine de rien, la série est truffée de messages subliminaux de ce genre qui font réfléchir le spectateur. 

      Rien que pour cet engagement, la saison mérite le visionnage. Si un (trop) grand nombre de gags lourds tombent à plat, on salue tout de même la prise de position intelligente et plutôt rare dans ce type de sitcom. Les derniers épisodes arrivent pour 2019. Kimmy sera-t-elle prête pour se rebeller à grands coups de bienveillance et bons sentiments ? En attendant, un seul message compte : Female are strong as hell!

       

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