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      Black Mirror : notre critique des épisodes de la troisième saison

      Netflix a mis en ligne le vendredi 21 octobre la troisième saison de la série anthologique Black Mirror. Diffusée depuis 2011 sur Channel 4, la série créée par Charlie Brooker (journaliste, scénariste et animateur britannique) compte deux saisons de trois épisodes ainsi qu’un spécial diffusé à Noël 2014.

      Tous les épisodes de Black Mirror peuvent se regarder de manière indépendante mais ont tous pour point commun une technologie dystopique. Sous un angle noir et très souvent satirique, la série nous plonge dans un univers pas si éloigné que cela du nôtre, un futur proche voire immédiat pour certains épisodes. Parfois gênante, souvent dérangeante, elle nous entraîne avec elle dans une réflexion sur la société de consommation et les liens qui unissent les gens à l’heure de l’émergence des réseaux sociaux et de l’omniprésence des écrans dans notre monde.

       

      Alors que vaut réellement cette troisième salve ? Nous allons faire le point épisode par épisode.

       

      Épisode 1 : Chute Libre (Nosedive)

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      Dans une société régie par la cote personnelle, Lacie veut tout faire pour obtenir l’appartement de ses rêves. Quand son amie d’enfance au statut irréprochable lui demande d’être sa demoiselle d’honneur, Lacie voit l’opportunité d’améliorer sa note et réaliser ses rêves.

      Le premier épisode de cette troisième saison s’ouvre donc sur un monde qui ressemble beaucoup au notre, où les réseaux sociaux ont pris une importance capitale dans la vie des gens, le système de notation en place permet ou non d’accéder à un emploi, à un appartement, à une vie tout simplement. Lacie, magnifiquement interprétée par l’actrice Bryce Dallas Howard (La couleur des sentiments, Jurassic World), est une femme qui n’espère qu’une chose : être appréciée de tous. Mais le monde dans lequel elle vit est beaucoup plus cruel qu’elle ne l’imagine, le moindre écart verbal ou moral et c’est la chute libre vers une note basse. L’épisode, écrit d’après une histoire de Charlie Brooker, offre une critique plutôt juste et visionnaire de l’état de la population face aux réseaux sociaux, où l’on se doit d’avoir des amis par paquet et des « j’aime » à n’en plus finir. Drôle et acerbe, on assiste impuissant à la disgrâce de Lacie, jusqu’au moment du mariage, où l’actrice nous livre une prestation inoubliable. La chute ouverte de l’épisode nous laisse à penser qu’ouvrir les yeux sur le vrai monde est plus important qu’avoir les yeux rivés sur un écran… Note de l’épisode : 5/5

       

      Épisode 2 : Playtest (Playtest)

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      Pour financer la fin de son tour du monde, un jeune homme en quête d’aventure accepte de tester un système de jeu vidéo en réalité augmentée directement relié à son cerveau. Il va alors vivre une expérience plus intense que prévue.

      La tentation de gagner de l’argent en testant de nouveaux produits est quelque chose de facile dans notre monde actuel. Cela l’est encore plus pour Cooper (Wyatt Russell), jeune homme qui part faire le tour du monde pour échapper à sa mère. Le monde virtuel est fascinant, par sa manière de faire croire que l’on vit au lieu de vivre tout simplement. Le personnage va en faire les frais dans cet épisode. Malheureusement, on peine à entrer pleinement avec lui dans cette histoire, peut-être la faute à un acteur très limité dans son jeu, ainsi qu’à un dénouement que l’on voit arriver quasiment dès le début. L’épisode démarrait pourtant bien, voulant nous démontrer qu’au lieu de vivre sa vie comme un jeu vidéo, enfermé dans un monde virtuel, il fallait se poser les bonnes questions. Mais rien ne décolle, et on a tendance à s’ennuyer devant, alors qu’un épisode de la première saison, traitant du même sujet, l’avait fait avec brio ! La vie vaut le coup d’être vécu en vrai, dans le monde réel, et pas derrière un casque qui ne permet même pas de survivre… Note de l’épisode : 2/5

       

      Épisode 3 : Tais-toi et danse (Shut Up and Dance)

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      Plusieurs personnes se font pirater et sous la menace de voir leurs vies ruinées par la mise en ligne d’informations compromettantes les concernant, se retrouvent à suivre les instructions absurdes et risquées des pirates.

      Le hacking. On le connait aujourd’hui par le vol de numéros de compte, l’extorsion d’argent… Mais si les hackers décidaient d’aller plus loin encore. Que se passerait-il si les preuves vidéos, les SMS ou les mails devenaient de véritable monnaie d’échange ? Cet épisode, mettant en vedette le jeune Alex Lawther (Le monde de Nathan), est peut-être le plus lent à démarrer, mais bel et bien celui dont personne ne pouvait envisager la fin. Kenny est un adolescent ordinaire, qui travaille dans un restaurant, regarde des clips à la télé, et qui aime bien se masturber devant son ordinateur. Jusqu’au jour où il est filmé par sa webcam, et qu’on le contraint à suivre des ordres donnés par SMS en échange de quoi la vidéo ne sera pas diffusée sur les réseaux sociaux. Un point de départ assez simple, et on se demande pourquoi un jeune de son âge peut bien se reprocher son geste, qui est après tout plutôt courant. S’en suit un véritable jeu de piste au cours duquel il va croiser la route d’Hector (Jerome Flynn, Bronn dans Game of Thrones), qui joue malgré lui au même jeu. Ils vont ensemble progresser, au détour d’un braquage notamment. Il faut attendre les cinq dernières minutes de l’épisode pour enfin tout comprendre. Et on reste bouche bée devant ces révélations. Note de l’épisode : 4.5/5

       

      Episode 4 : San Junipero (San Junipero)

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      En 1987, dans une ville de bord de mer, une jeune femme timide et une fêtarde extravertie nouent un lien puissant qui semble défier les lois de l’espace et du temps.

      Le temps qui passe, les rencontres, les désirs. L’épisode nous entraîne aux côtés de Yorkie et de Kelly, respectivement interprétées par Mackenzie Davis (Halt and Catch Fire) et par Gugu Mbatha-Raw (Undercovers). L’épisode prend le temps de poser les bases de cette relation amoureuse, avant d’accélérer sa cadence. La série veut nous montrer que la vieillesse n’est pas une fatalité ni ne doit empêcher de vivre et d’avoir encore des rêves. Après 49 ans de mariage, le mari de Kelly a refusé de voir sa conscience téléchargée à San Junipero, l’endroit où les gens peuvent se rendre, en visite ou à jamais après la mort. Le destin de ces deux femmes, qui se rencontrent virtuellement avant de se rencontrer dans la réalité, nous touche car il est une ode à la vie. Avoir la chance de continuer à vivre ses rêves, aux côtés de la personne que l’on aime, alors que son corps est mort et enterré. On touche ici aux croyances personnelles, à la notion de vie éternelle, et Black Mirror le fait de la plus simple et douce des façons. Loin des peurs et des monstres, cet épisode, se déroulant en grande partie dans les années 80 et 90, avec une bande-son impeccable, déroule son fil comme la vie déroulé le sien. On nait, on vit, on regrette et on meurt. Ici, la notion de regret a une chance de ne plus exister. La véritable question est de savoir si notre croyance personnelle nous permet de passer outre. L’épisode nous interroge au plus profond de nous sur ce qu’est le futur. Et si… Note de l’épisode : 4/5

       

      Episode 5 : Tuer sans état d’âme (Men Against Fire)

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      Dans un monde après-guerre, une unité militaire d’élite est chargée de tuer les humains dégénérés qui se cachent. L’un des nouveaux membres va malgré lui découvrir la réalité cachée par son équipement de haute technologie.

      La guerre, ses ennemis, ses tirs, ses douleurs. Cet épisode est très clairement explicatif et met en lumière un pan de l’histoire. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, il a été prouvé que les soldats américains tiraient au-dessus de la tête des ennemis. Car oui, l’être humain n’est pas programmé pour en tuer d’autres. Cet épisode joue habilement avec cette leçon. Le futur proche qui est dépeint ici a été légèrement modifié par une technologie qui permet de repérer les Cafards, des mutants aux traits immondes. Enfin presque. On réfléchit ici sur la notion d’évolution. Si une technologie future nous permet de ne plus ressentir certaines choses qui nous font du mal, pourquoi ne pas l’adopter ? Mais on sait que chaque chose à un prix, et perdre une certaine notion de la réalité entraîne forcément des dérives. L’épisode cherche à nous prouver que les émotions sont essentielles aux humains, qu’elles guident nos vies et influencent nos choix. La présence de l’acteur Michael Kelly (Person of Interest, Les Soprano) en psychiatre militaire apporte la dose suffisante d’explications, et le face à face final entre lui et le soldat Stripe (interprété par Malachi Kirby – Doctor Who) est à la limite du supportable. Faire face à sa propre réalité est un don, pas quelque chose de facultatif. Black Mirror nous démontre encore une fois le pouvoir de la technologie, ses conséquences positives mais éphémères. Note de l’épisode : 4/5

       

      Episode 6 : Haine virtuelle (Hated in the Nation)

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      Une série de meurtres sanglants frappe les cibles au cœur de bad buzz dans les médias britanniques. Les policiers chargés de retrouver le coupable découvrent son arme inédite mais surtout ses motivations.

      De nos jours, les réseaux sociaux et la télé-réalité sont des notions courantes dans notre quotidien. Voter pour untel, cliquer, aimer, détester, tant de choses qui paraissent faciles. Et si en fait ce jeu du gagnant et du perdant devenait réalité ? Et si un simple hashtag suffisait à décider de la vie ou de la mort de quelqu’un ? Ce dernier épisode de Black Mirror, d’une durée exceptionnelle de 90 minutes, démarre par un simple bashing de personnes sur Twitter pour se terminer en arroseur arrosé. Couplée à une technologie futuriste possédant un potentiel bienfaiteur, l’envie devient la seule chose dont votre vie dépend. On pourrait penser à ces pseudos-stars qui vivent et meurent en l’espace de quelques mois. Ici, faire payer quelqu’un pour ses dérapages devient la clé de l’histoire. Et l’équipe formée par Kelly Macdonald (Harry Potter et les Reliques de la Mort), Faye Marsay (Glue) et Benedict Wong (Docteur Strange) mène la danse du début à la fin, sans jamais en faire trop. Le jeu des acteurs est excellent, on rentre tête baissée dans l’intrigue écrite par Charlie Brooker, et la fin, une fois n’est pas coutume, est excellente. On se retrouve face à une fin ouverte, telle une nouvelle, qui laisse le téléspectateur attendre une fin qu’il lui suffit juste.. d’imaginer ! Note de l’épisode : 4.5/5

       

       

      Cette troisième saison de Black Mirror est dans l’ensemble un bon cru, si on fait l’impasse sur le deuxième épisode, trop simple par rapport à ce que la série sait faire. Elle nous interroge, nous, téléspectateurs, sur nos propres valeurs, nos propres idées d’un futur possible et pas si lointain que cela. On ressort un peu hanté après le visionnage de certains épisodes, on a tendance à ne plus regarder le bouton de notre webcam de la même façon, et notre habitude de liker sur Facebook prend un sens un peu différent.

      Ces six nouveaux épisodes sont un peu moins gores que ceux des saisons précédentes mais interpellent de la même façon. Charlie Brooker peut se targuer d’avoir créé à chaque nouvel épisode un univers particulier, oscillant entre l’horreur, le film noir, le policier, la romance, le film de guerre… Netflix a eu raison de ramener Black Mirror dans son sillage, quand on connait la qualité de ses productions. Les acteurs sont dans l’ensemble bien choisi et s’intègre parfaitement aux différents univers dépeints. Les fans de séries seront ravis de retrouver des têtes connues.

      La technologie est un progrès à côté duquel on ne peut pas passer, mais on peut choisir, et c’est ce qui fait et fera certainement toute la différence. Les clés du futur sont déjà entre nos mains, à nous de voir comment s’en servir…

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