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      « Youth » la critique

      « Youth », le dernier film de Paolo Sorrentino est sur nos écrans depuis le 09 septembre dernier. Le réalisateur de « La grande Bellezza » et de « Il divo » revient avec un nouveau long-métrage, présenté au dernier festival de Cannes, avec un casting composé de Harvey Keitel, Michael Caine, Rachel Weisz, Paul Dano, et Jane Fonda. Le spectateur suit les deux personnages principaux : Michael Caine, immense chef d’orchestre à la retraite, et Harvey Keitel, réalisateur encore actif peaufinant son dernier scénario. Les deux hommes sont dans une maison de repos, un bel hôtel dans les Alpes.

      Quelle joie de découvrir deux immenses interprètes, deux cadors du cinéma, acteurs respectés, adulés, emplis de classe et de charisme dans un même et unique film. Un mélange atypique entre un acteur profondément américain et un interprète à la classe anglaise si caractéristique. Sorrentino réunit pour « Youth » Michael Caine et Harvey Keitel. Son long-métrage est d’une puissance peu commune. Un film à la fois drôle et morose. Une ambiance gênante, sarcastique, nostalgique se dégage et place son spectateur dans un étonnant cocon, un paradoxal mélange entre tristesse et bonheur. Sorrentino déclarait il y a quelques semaines au sujet de « Youth » : « J’ai toujours su faire rire qu’avec des sujets tristes ». « Youth » ne déroge pas à la règle. Le metteur en scène fait rire de la vieillesse, de la lente annihilation des souvenirs, du physique, de la mémoire, avec subtilité et gentillesse sans jamais tomber dans le pathos ou la mesquinerie.

      Michael Caine et HArvey Keitel

      Paolo Sorrentino développe des sujets forts, des questions existentielles, philosophiques, propices à la fin de vie. Les personnages se sentent perdus. Ces artistes âgés regardent leurs œuvres passées, leurs exploits terminés avec un regard lointain, détaché, triste, ils se rattachent à leur vie d’antan avec une nostalgie qui détruit leur reste de vitalité. Le personnage de Keitel refuse d’abandonner. C’est un réalisateur qui cherche son talent passé et qui refuse la retraite, synonyme de fin, il continue de créer, d’écrire, de réaliser pour avoir la certitude d’exister. Ces personnages sont inquiets, inquiets de leur avenir, bloqués dans leur passé.

      Michael Caine

      Le long-métrage est parfaitement écrit, parfaitement monté. Les répliques sont fortes. Les dialogues intelligents. Les conversations passionnantes. Sorrentino joue avec les décors, avec les personnages, avec les objets et les formes. Il offre des coupures, des transitions sublimes : des plans étonnants, véritables tableaux, très artistiques, stylisés et esthétiques qui représentent des corps désincarnés, réponse au vieillissement des individus. Une vieillesse qui enlève tout espoir, tout bonheur. Des plans qui déshumanisent les êtres humains. Il démontre la triste relativité de l’être humain. La perte d’une possible beauté physique qui s’accompagne d’une terne disparition de l’âme de l’individu. Celui-ci ne devient plus qu’un objet lointain, rétrograde, sans saveur, qui erre sans but, bloqué dans un passé qu’il magnifie et idéalise. Une perte de repère, de motivation, de bonheur : la perte de l’âme humaine.

      Le long-métrage de Sorrentino est une ode discrète à la vie, à la joie. Une superbe motivation, un ultimatum contre l’abandon. Il prévient, il met en garde la nouvelle génération, il lui inculque des fondements de vie. Il leur assure qu’il ne faut pas vivre avec demi mesure, qu’il ne faut pas se cacher derrière des illusions futures ou des regrets destructeurs. Il ordonne à son spectateur d’ouvrir les yeux, de profiter de l’existence sans s’arrêter sur des éléments qui deviendront par le futur que de lointaines brides de souvenirs fades et froides.
      Sorrentino présente la relativité des souvenirs, des images passées, des devoirs accomplis. Il affirme que dans les souvenirs rien n’a d’importance, ni la gloire passée, ni les regrets accablants, seul compte les futures émotions dont il faut s’abreuver sans fin.

      Rachel Weisz

      Les interprètes sont tous convaincants. Harvey Keitel et Michael Caine sont fidèles à leurs styles mais le plus étonnant reste une fois de plus Paul Dano dans son personnage d’acteur intelligent, inquiet sur son avenir, frustré que le seul rôle que retiennent les spectateurs soit celui d’un robot idiot. Sorrentino en profite pour faire une critique du cinéma actuel, il avance grâce au personnage de Jane Fonda, que le septième art est voué à devenir obsolète, dépassé par la télévision et les innombrables séries TV. Seuls les films à gros budget survivront au détriment d’œuvres indépendantes.
      Sorrentino manie ses personnages avec beaucoup de sensibilité, il en fait des représentants de l’humanité, des portes-paroles de tout ce qu’endurent les êtres humains. Avec beaucoup de tendresse, une bande originale des plus rassurantes, le réalisateur offre une vision de la vie réaliste, à la fois morose mais aussi pleine d’espoir. Il encourage les êtres humains à se tourner vers les émotions, vers la magnificence de la vie.

      Sorrentino offre un univers onirique où ses personnages déversent une dose d’émotion non négligeable. « Youth » est une sublime allégorie de la vie, ponctuée de puissantes métaphores. Insolite et excentrique, c’est un long-métrage drôle et cruel mais aussi incontestablement touchant, émouvant et finement empli d’espoir et de combativité. « Youth » est un film ambitieux auréolé de deux interprètes exceptionnels.

       

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