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      Wabéri vous conte sa « Divine Chanson »

       

      Editions Zulma
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      Paru le 8 Janvier 2015 aux éditions Zulma « La Divine Chanson » d’Abdourahman A. Waberi, l’écrivain djiboutien rend hommage à l’illustre Gil Scott-Heron.
      Vous ne le connaissez pas ? Drake et Rihanna ont sorti en une reprise de sa chanson « I’ll take care of you » en 2011, année où le chanteur-poète nous a quitté. Alors découvrez la voix délicieusement suave du chanteur de soul dans ce titre intitulé « Bottle » qui date de 1974.

       

       

      « Pour moi ne comptent que ceux qui sont fous de quelque chose, fous de vivre, fous de parler, fous d’être sauvés, ceux qui veulent tout en même temps, ceux qui ne baillent jamais, qui ne disent pas de banalités, mais qui brûlent, brûlent, brûlent comme un feu d’artifice. »

       

      Le texte s’ouvre sur cette épitaphe de Jack Kerouac, qui annonce un texte sombre et puissant, une sorte d’hymne à la vie, bien qu’elle puisse être tumultueuse et infernale que Gil Scott-Heron a entièrement consacré à la création poétique et musicale. Jazzman entre soul et blues, qualifié par certains comme étant l’un des pionniers du hip hop, il se positionne très vite comme un défenseur de la cause des Noirs, très souvent délaissée par le Gouvernement américain. Sans jamais appartenir à une idéologie bien définie, il est sous surveillance du FBI car il joue dans des événements organisés par les Black Panthers dans les années 1970.

      Gil Scott-Heron développe son art entre écriture et musique. Ce qui compte avant tout dans sa démarche, c’est le texte, le « spoken word » qu’il utilise comme une arme. Moins connu que d’autres musiciens de la scène noire américaine tels que Marvin Gaye ou Billie Holiday, il n’en demeure pas moins un des précurseurs du rap, la musique où le « spoken word » prend toute sa splendeur.

       

      « La Divine Chanson » du « Bob Dylan noir »

      Narré par le vieux chat roux dudit chanteur ; le récit relate les dernières semaines de l’artiste, ici réincarné sous les traits de Sammy Kamau Williams dit « l’Enchanteur ». C’est donc sous une forme moderne de conte que Wabéri nous livre ici, avec une écriture musicale et poétique qui enrichie son texte, sa divine chanson.
      Avec la distance d’un félin, Paris, le narrateur, garde un œil bienveillant sur son propriétaire qui, comme lui, sent le vautour de la mort approcher. Il a traversé sept vies, celle-ci est la dernière et elle touche à sa fin. Il se présente ainsi dès les premières lignes:

      « Je ne suis pas juste un chat roux. Je suis le vieux chat du prodige Sammy Kamau Williams, c’est son histoire que je vais vous conter, si toutefois elle n’est pas encore parvenue à vos chastes oreilles. »

      Le chat narrateur part alors à la poursuite des souvenirs, et se faufile jusqu’au Tennessee, où le jeune Sammy a été élevé par sa grand-mère maternelle, Lilly Scott, ou encore dans les rues d’Harlem ou de Paris. Entre croyances vaudous et traditions soufis, forces de vie et de mort irriguent le récit jusqu’au dernier souffle de l’artiste, dont le processus créatif semble être directement inspiré de ses racines jamaïcaines.

       

       « The revolution will not be televised »

      Il est important de revenir aux racines, et c’est pour ça que le chat est un personnage central du roman ; il permet de faire un lien entre les différentes étapes de la vie (mouvementée !) de Sammy aka Gil Scott-Heron et la condition Afro Américaine. En effet, le chat qui a vécu auparavant six vies bien remplies a suivi au cours de ses pérégrinations les différentes étapes de l’esclavage. Toutefois, bien que le sujet soit sensible car dramatique, le ton reste léger ; c’est un animal qui construit le récit, avec poésie, humour et respect.

      C’est un sujet cher à l’auteur, Abdourahman A. Wabéri. En effet, nombre de ses romans sont marqués par l’exil et la dérive d’un continent dépossédé de son passé et de ses traditions, les errances et déchirements de l’Afrique Noire. En 2006, il publie « Aux États-Unis d’Afrique », un roman aussi drôle que « La Divine Chanson », qui met le monde à l’envers en entonnant le chant du panafricanisme, un appel à un monde plus juste et plus humain.

      Bien qu’il soit professeur de littérature française et francophone à l’Université de Washington, il s’agit du premier roman d’Abdourahman A. Wabéri qui se déroule aux Etats Unis. Peut être est-ce dû au sujet intense de ce roman, mais il donne quelques observations acides sur la société américaine. Il y dépeint un artiste engagé qui refuse toute forme de compromis avec les autorités et les médias pour garder une entière liberté d’expression. Un sujet profondément actuel.

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