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      Théâtre : « Murs » par Abdelwaheb Sefsaf et Jérôme Richer

      Après Fantasia Orchestra et Médina Mérika, la compagnie Nomade in France est revenue ce mois-ci au Théâtre de la Croix-Rousse, à Lyon, pour présenter sa nouvelle création.

      Fondée en 2010 par Abdelwaheb Sefsaf, la compagnie explore le lien étroit entre le théâtre et la musique. Mais pas que… Plus que jamais dans « Murs », leur travail est à l’image de leur engagement. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, nous ne cessons de construire des murs, d’ériger des frontières entre les hommes. C’est sur ce terrain qu’Abdelwaheb Sefsaf et Jérôme Richer se sont aventurés, accompagnés de Georges Baux, Marion Guerrero, Toma Roche et Nestor Kéa.

      Pourquoi un spectacle sur les murs ?

      Malgré les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, nous ne savons pas toujours ce qui se passe autour de nous. Après une journée de travail, on rentre chez nous et on s’isole. On se protège, on se rassure. Qu’est-ce que notre voisin est en train de faire, pendant qu’on lit nos mails ou que l’on raconte notre journée à notre famille ? Peut-être que quelqu’un se fait agresser dans la rue là, juste à côté de chez nous. Ou même à l’étage en-dessous. Mais comment savoir ? Là n’est pas la question.

      Les murs que la compagnie Nomade in France dénonce, ce sont les murs de la haine. Ceux qui sont érigés soit disant pour « protéger », qui surveillent sous couvert de sécurité ; ce sont ces murs qui font des morts chaque année. C’est le mur entre le Mexique et les Etats-Unis, c’est le mur isréalo-palestinien.

      Sans que nous nous en rendions compte, ces murs-là créent d’autres murs dans nos âmes et nous séparent les uns des autres. Aujourd’hui en France, nous ne fuyons plus l’étranger, nous le condamnons. L’autre n’a plus sa place parmi nous. Nos frontières sont sans cesse rediscutées même si sur un plan politique – en tout cas à l’heure actuelle –, la situation reste en suspens. Toutefois, le racisme est bien là.

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      Faire tomber les murs

      Dans l’écriture de leur concert théâtral, Abdelwaheb Sefsaf et Jérôme Richer ont mis l’accent sur la justesse de l’émotion. Nous pensons notamment à un passage marquant dans lequel Sefsaf raconte l’histoire d’un homme ayant demandé l’asile à la frontière suisse, pendant la seconde Guerre Mondiale. Deux options s’offrent à eux : l’accueillir sous risque de représailles de l’armée allemande ou le renvoyer en France, tout en sachant qu’il se fera arrêter. Un destin tragique, qui malheureusement, fait écho à des millions d’autres.

      « Sobre mi muro empuja un otro muro en mi alma »

      Sur mon mur pousse un autre mur dans mon âme. On l’aura compris, le collectif souhaite « faire tomber les murs ». On nous assure que la liberté est le fondement de notre humanité. Un homme aliéné ne serait pas vraiment un homme. Certes, mais qu’en est-il de notre liberté de penser ? Pensons-nous vraiment librement quand la menace terroriste est présente à chaque pas que nous faisons ? Venir voir ce spectacle, c’est prendre un risque après tout. Et pas n’importe lequel, celui de notre mort.

      Pendant une heure et demie, Abdelwaheb Sefsaf et Jérôme Richer nous embarquent dans ces réflexions. Tantôt ils nous les rappellent, tantôt nous les font oublier. Dans tous les cas, nous n’en ressortons pas indemnes. « Murs » fait l’exploit de ne pas être un discours de culpabilisation et n’a pas non plus pour prétention d’être un message qui va nous sauver. Il est une invitation à être conscient de ce qui se passe autour de nous. Une illustration de ce que peut signifier « vivre », « aimer » ou encore « donner ».

      Quand la musique est rencontre…

      La musique de « Murs » a été écrite par le groupe Aligator, composé d’Abdelwaheb Sefsaf et de Georges Baux. Une exploration de la rencontre entre les cultures, et ce, avec beaucoup de poésie.

      Sur ce, nous vous laissons découvrir l’interview d’Abdelwaheb Sefsaf, diffusée par le Théâtre de la Croix-Rousse. Dans cet extrait, vous pourrez en savoir plus sur sa volonté d’allier son métier de chanteur à celui de comédien et en quoi pour lui, la musique constitue le foyer de l’altérité.

       Vous pouvez aller voir « Murs » à la Comédie de Saint-Etienne du 13 au 15 décembre 2016 ainsi que du 9 au 10 mars 2017 au Théâtre Jean-Vilar à Bourgoin-Jaillieu. Nous vous le recommandons absolument : ce spectacle vous laissera un souvenir impérissable !

      Lauren Mary

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