More
    More
      Array

      Samedi 8 octobre : Le Sourire au cinéma !

      Il est une expression qui dit que c’est dans les yeux que l’on trouve l’âme des personnes, que c’est à travers eux que l’on prend conscience de ce qu’elles ressentent : Joie, tristesse, colère …

      Toutefois le regard est, souvent, accompagné d’un panel de mouvement des muscles du visage, de rictus qui étayent les propos oculaires. Il en est un, qu’il fait bon de retrouver sur le visage des gens qui nous font face : Le sourire. Et pourtant, celui-ci n’est pas l’apanage des gens heureux. En effet, l’incitation des « zygomatiques à la tétanisation crispé » (Desproges) n’est pas uniquement traduisible par un signal de satisfaction et de bien-être. Le sourire est un outil social, qu’il faut avoir constamment à portée de main, des muscles qu’il faut tendre et détendre au gré des rencontres. Une politesse qui permet d’éviter les problèmes, d’éviter également de trop en dire sur soi. 

      Pourquoi cette introduction ? Parce qu’hier, premier vendredi du mois d’octobre, le sourire était à l’honneur avec la journée mondiale du sourire. Alors, pour fêter cela à notre façon, parlons du sourire au cinéma.

      Qu’il soit en noir et blanc, comme dans la Ruée vers l’or (1925) dans une scène devenue culte, où Charlie Chaplin se met à jouer avec deux fourchettes et deux petits pains, ou en couleur ; qu’il introduise le film, dans la scène d’ouverture de Bronson (2008), ou qu’il en sonne la fin, dans Quatre mariages et un enterrement (1994), court et bref instant, préfigurant un des plus célèbres et désormais cliché baisers sous la pluie ; le sourire est important dans la compréhension des sentiments qui anime son auteur. Il peut également mettre à nue la psychologie d’un personnage, témoigner de sa transformation ou encore, avec plus de recul et d’intellectualisation, faire la critique d’une société qui se dissimule … derrière bien des sourires contrefaits. 

       

      • Le sourire comme moyen d’interagir avec autrui 

      L’élargissement de la mâchoire a rarement lieu lorsqu’on est seul, comme dans Interstellar (2014), où l’astronaute, Joseph Cooper, interprété par Matthew McConaughey, regarde, mi- joyeux mi- triste, des années de messages qui lui sont adressés.

      C’est davantage une gestuelle qui a vocation à être partagée. Le personnage souhaite témoigner sa joie, comme la petite olive de Little Miss Sunshine (2006) lorsqu’elle chorégraphie enfin sur scène, ce qu’elle avait vu avec son grand-père. Il peut vouloir signifier sa fierté, son empathie, comme le sourire de Monsieur Keating, emplie de tristesse et de fierté en réponse au dernier « Oh Capitaine, mon Capitaine ! » lancé  par les derniers poètes du cercle (1989) dans un instant tinté de poésie et de tristesse !

       

      C’est l’interaction qui conduit au sourire. C’est souvent d’un moment gênant que vient l’échange de regard, et le sourire qui s’en suit inévitablement. Cette gêne peut n’être que momentanée, comme dans Le loup de Wall Street (2013) lorsque Matthew McConaughey demande à Léonardo DiCaprio combien de fois il se branle par jour. Elle peut également être représentative d’un trait de caractère : qu’il s’agisse d’Amélie Poulain dans le film éponyme (2001) ou de celui de Celie (Woopy Goldberg) dans La couleur pourpre (1985), notamment lorsque Shug Avery lui dédit une chanson, seul moment d’affection depuis son mariage forcé.

       

      L’intéraction, c’est donc l’échange avec l’autre, c’est aussi la rencontre en elle-même, soit qu’elle fasse peur, Hannibal Lecteur attendant l’agent Clarice Starling dans Le Silence des Agneaux (1991), soit qu’elle illumine, lorsqu’en prison Jim Carrey rencontre Ewan Mcgregor dans I love you Phillip Moris (2009).

      Dans ce dernier exemple, le sourire symbolise, le coup de foudre, l’amour. Le sourire étant un des premiers gestes que l’on échange avec l’autre, c’est avec lui que les personnages jouent pour séduire. Un jeu de séduction qui est la substance même de Basic Instinct (1992) entre le flic et l’écrivaine. Un sourire lancé pour séduire, mais également pour réduire l’autre, le mettre au défi de prouver qu’elle est coupable dans le cas présent. Avec la sexualité en moins et la pilosité en plus, on retrouve un tel sourire en coin, sur le visage de l’inspecteur Harry (1971). Notamment lorsqu’il met au défi les malfaiteurs, en tout genre, de se confronter à lui et ses deux acolytes : Smith et Wesson.

      Une forme de supériorité qui peut muer très facilement en Dédain. Une moue très largement répandue dans le cinéma chez des personnages respectés et craints par leur congénère : la terriblement célèbre Miranda Priesly, dans Le Diable s’habille en Prada (2006) ou l’enseignant et chef d’orchestre Terrence Fletcher de Whiplash (2014).

       

      • Le sourire comme muraille 

      Le sourire est également un masque (… splendide ! …), qui dissimule les sentiments auxquels font face les protagonistes. Ce peut être la peur d’un client, comme dans Mafia Blues (1999) lorsque celui-ci se venge, d’une façon particulière sur un coussin. A contrario, la peur de perdre un client – amant, qui s’en va vers d’autres chambres. La perte d’un amour, une tristesse de plus en plus profonde, pour Clotilde, qu’il faut pourtant remplacer par un sourire, sous peine de ne pas gagner d’argent, seul moyen pour sortir de ses dettes (l’Apollonide, 2011).

      Le sourire est alors, visiblement forcé pour appuyer le trait humoristique ou tout simplement pour ne pas qu’il échappe aux spectateurs … L’acteur britannique Alan Rickman, décédé cette année, a dans son répertoire, énormément de scènes qui correspondent exactement à ce type de crispation.  

       

      • Les sourires qui dérangent 

      Il arrive que le sourire soit tout à fait naturel, cependant c’est un personnage extérieur qui vient contraindre le protagoniste à ne plus sourire. Dans Full Metal Jacket (1987), le soldat « grosse baleine » en est réduit à s’étrangler avec la main du sergent instructeur Hartman, pour ôter de son visage, le sourire niais qu’il arbore.

      C’est également dans ce film de Kubrick, que la transformation psychologique du personnage est soulignée par la modification de son regard et de son sourire. La folie peu à peu le prend, jusqu’à cette scène des toilettes, où un visage déformé par une bouche béante, souriante, il se suicide.

      http://www.dailymotion.com/video/x5wvx5_full-metal-jacket-scene-culte_shortfilms

       

      D’ailleurs, à l’écran, folie et sourire sont souvent liés. Le sourire est figé, sur une durée plus ou moins longue, sur un rictus dont le but est de mettre mal à l’aise. Le type de sourire dépendra du type de folie. Le sourire peut être littéralement figé pour décrire à quel point le personnage est fou, comme dans le Joker de Tim Burton (Batman, 1989). Le paranoïaque et schizophrène sera représenté comme parlant vite et souriant de manière très prompte, à de nombreuses reprises (L’armée des 12 singes, 1995), ou plus lentement, mais avec des placements de sourires et rires à des moments où l’on ne s’y attend pas … tout comme les sautes de colères (Bronson, 2008).

      Dans Shinning (1980), la folie de Torrance est manifeste lorsqu’il passe ses mains sur son visage et se met à rire seul… enfin presque … Dans Orange mécanique (1971), la scène introductive parle d’elle-même : musique, plan serré sur le visage de Malcolm McDowell, regard, faux cil, sourire en coin … puis un travelling en arrière …  l’ambiance est parfaite. 

       

      Le sourire permet également d’avertir de la menace que le personnage encours à côtoyer, s’attaquer à celui qui sourit. La liste précédente, contient cinq exemples, qui en témoignent parfaitement. Toutefois, entre le sourire comme indication de folie et celui du danger à venir, il n’y a qu’un pas. Voici donc d’autres exemples pour élargir le spectre : le colonel Hans Landa d’Inglourious Basterds (2009), qui semble dans la liste le pire de tous, car unique en son genre. Il est extravagant, rieur mais aucune folie ne transparaît. Quant aux quatre qui restent, tueurs en séries, ils ressemblent davantage aux exemples précédents : Daisy Domergue dans les 8 salopards (2016), Kevin Spacey dans Seven (1995), Javier Bardem dans No contry for old man (2007) … à moins que ce soit sa coupe ? … ainsi que Peter Lorre dans M le maudit (1931) … à moins que son regard suffise ?

       

      • Le manque de sourire 

      Enfin, il y a dans l’univers cinématographique, aux antipodes de l’homme qui rit (1928), des personnages qui ne sourient jamais, soit pour accentuer leurs passifs de solitaires, tel que le Néo-zélandais Baines de La leçon de piano (1993), dont le silence hante un peu plus chaque note, ou « l’homme sans nom » des films de Sergio Leone, qui par politesse, ne parle jamais lorsqu’il a la bouche prise par un cigarillo ; soit parce qu’ils occupent des fonctions où parler un peu … c’est déjà trop. Il en est ainsi de l’agent du FBI, Bob, dans Nikita (1990) ou du lieutenant Ripley (Sigourney Weaver) de la franchise Alien.

      Cependant, s’il y a un réalisateur, acteur, scénariste et producteur célèbre pour ne jamais sourire, aussi bien lors du jeu, que dans la vie, qui plus est, dans le genre de la comédie, c’est bien le seul et l’unique : Buster Keaton.

       

      Y aurait-il meilleure conclusion à cet article qu’un court métrage ? Un court métrage dont le sourire serait le thème principal, un court métrage qui vous redonnerait le sourire … et bien je l’ai trouvé, voici donc ma conclusion : 

      (Ah ! Et oui cet acteur est bien celui qui interprète Hodgins dans Bones !!)  

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

      Publicité