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      Retour à zéro: un renouveau graphique !


      La bande-dessinée Retour à zéro est l’une des toutes dernières sorties Ankama. Adaptée d’un roman de SF par Thierry Smolderen et Laurent Bourlaud, cette BD est un pari audacieux et réussi, tout en offrant un vent nouveau au genre.

      Civilisation lunaire/Civilisation terrestre

      Nous alunissons dans un monde fantastique où la Terre envoie depuis plusieurs siècles ses plus grands criminels sur la Lune. Mais la réunification de tous ces mauvais esprits crée une contre-culture hostile et jalouse, qui développe une science alternative et ses propres technologies pour se venger de la planète mère. Afin de contrer cette tendance, le grand espion Jâ Benal est envoyé en tant qu’agent double pour espionner sur les projets de cette civilisation dissidente. En essayant d’éviter le risque du « retour à zéro », et accompagné de la magnifique Nira Slid (A. E. 712), il va tout tenter pour battre l’ « Ancêtre » et réinstaurer un climat de paix.

      Alunissage de Jâ Benal
      Alunissage de Jâ Benal

      Un space opera apocalyptique

      Retour à zéro est un véritable hommage au vintage, et aux années 50-60 ; ce qui apporte une dimension fortement novatrice à la BD.

      Elle adapte le célèbre roman SF de Stefan Wull de 1956, Retour à « 0 ». Côté narratif, la bande-dessinée reprend les grandes « étapes » du roman, qui est un conte abracadabrant, quasi surréaliste, partant d’une histoire d’exploration, jusqu’à un space opera apocalyptique sur une ambiance de guerre-froide. Un peu comme le roman de Wull, l’histoire n’est pas toujours très claire ou très logique, mais, mis à part quelques rares baisses de rythme, le lecteur se laisse prendre au jeu avec plaisir. Pour les auteurs, il était essentiel que, à l’instar de Stefan Wull, les lecteurs suivent les aléas et « bizarreries » de l’élaboration d’un monde. Certains enjeux de l’œuvre originale sont même repris, comme le statut social de la femme qui n’est ici qu’objet de désir et de manipulation.

      Cet univers un peu fantaisiste permet des scènes géniales, comme quand des savants miniatures sont injectés dans le corps de Jâ Benal pour combattre, avec des scaphandres et des épées, les microbes de la « maladie verte ».

      Vive la pulp !

      Laurent Bourlaud prend le pari d’un dessin ultra-graphique, peu commun en bande-dessinée. Ici, pas de ligne claire, mais de larges aplats, des dessins géométriques au fusain qui oscillent entre le cubisme, le constructivisme et la figuration narrative. Ce qui prend sens puisque ce genre artistique des années 60 (Erró, Télémaque, Rancillac, …), qui puisait déjà dans les pulps et comics, en utilisant beaucoup le collage, était le contemporain de la grande époque de la littérature SF et fantastique et donc de celle de Stefan Wull.

      Les bâtiments et vaisseaux futuristes, les personnages, les explosions, sont moins définis mais paradoxalement beaucoup plus accessibles et grandioses. Des couleurs primaires pastels, éclairant des dominantes noir&blanc, renforcent ce sentiment. Le fantastique est d’autant plus surprenant que l’histoire de Wull fut écrite bien avant 1969 et les premiers pas d’Armstrong, et prendrait plus son inspiration chez Jules Verne ou H.G. Wells. Laurent Bourlaud respecte cette non-connaissance scientifique de la lune, pour en inventer une bien plus intéressante.

      Retour à zéro est proche du conte illustré pour adulte ou d’une œuvre d’art plastique narrative. Il y a une participation artistique du lecteur qui « construit ses mondes », figé entre une esthétique pulp délirante et l’œuvre d’art contemporaine à déchiffrer. Une excellente bande-dessinée, à conserver autant qu’à lire.

      Un dessin proche du cubisme
      Un dessin proche du cubisme

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