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      Refugiado par Diego Lerman, un drame diablement efficace

       

      En la vida todo tiene solución excepto la muerte (« Dans la vie tout a une solution sauf la mort »). Lugubre dicton que Matias (Sebastián Molinaro) répète à sa mère durant leur échappée. Vers quoi exactement ? L’histoire ne le raconte pas. La caméra adopte le point de vue du petit garçon déguisé en super-héros dans les scènes du début et de la fin. Tous les enfants sont des héros pour leur mère, et c’est ce qui permet à Laura (Julieta Díaz), épouse et mère battue par un mari jaloux, de prendre la fuite, et de ne pas se laisser tomber.

      Il n’y a pas d’explication superflue dans Refugiado. Le drame se déroule dans l’Argentine contemporaine, à Buenos Aires d’abord. Diego Lerman plante le décor abrupt et sec d’une urbanité agressive. La violence ne vient pas des étrangers, des autres. C’est ce qui est le plus familier qui peut être le plus dangereux.

      Le béton armé, les échangeurs d’autoroute enchevêtrés, les sirènes et les klaxons, la lumière crue, artificielle ou naturelle : voilà le labyrinthe dans lequel sont plongés Laura et son jeune garçon, Mati. Ils fuient un croquemitaine dont on n’entend que la voix au téléphone, ou la silhouette du coin de l’œil. C’est que dans le thème de la violence conjugale, Lerman a choisi d’exposer les effets et non les causes, et la difficulté presque insurmontable de s’admettre victime.

      Le réalisme brut de la première heure met en exergue le sentiment d’angoisse causé par la traque. La musique minimaliste (vibraphone, cordes) créée par Jose Villalobos, quelques notes lâchées dans les moments de tension ou d’apaisement, avec parcimonie, a l’avantage de ne pas noyer le drame dans le pathos. Elle allège au contraire l’atmosphère délétère dont les personnages cherchent à se libérer.

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      Cette ambiance de chasse à cour est équilibrée par l’innocence et la spontanéité de Matias. On regarde ce qu’il voit. Sa mère scrute, tremble au moindre bruit, à fleur de peau comme une bête traquée. Mati en revanche n’a pas d’opinion sinon celle de sentir. Les fourches caudines de la raison  sont délaissées parce que le tragique a sa propre économie de la terreur. Parfois, caméra au poing, Lerman nous fait ressentir une lueur d’inquiétude, tempérée par la mère qui protège : No te preocupe (« Ne t’inquiète pas »). Le sens de cette fuite est immédiat pour Matias. La mère pleure et cela suffit. Et la caméra vacille en adoptant la démarche chaloupée du petit garçon, filme la lumière qui transperce la canopée de la forêt, les gouttes de pluie qui s’amoncellent sur la vitre de la voiture… Il faut remercier Wojciech Staron, le directeur de la photographie, spécialisé dans le film documentaire pour ces petits tableaux impressionnistes qui, dans la simplicité du point de vue, donnent au film sa dimension purgative..

      Dans une séquence, Laura et Matias se réfugient dans un foyer pour femmes et enfants. On assiste à un jeu où Mati poursuit une petite fille de son âge. Tant que la souris n’a pas défigé le chat, celui-ci doit rester stupéfié dans son élan. On peut y voir une analogie de ce que vit Laura. Paralysée par son amour pour Fabian, le père, elle ne peut s’empêcher de lui répondre au téléphone, seul moyen qu’il a vraisemblablement de les suivre à la trace. Rompre définitivement les ponts, à un certain point, ce n’est pas une décision qu’elle peut prendre seule. Désaimer ce qui la torture est impossible car le mot n’existe pas. C’est entourée de Matias, puis de sa propre mère, la voix de la raison vitale, qu’elle arrive à se tirer du cercle vicieux, ce qu’aucun dispositif judiciaire ne peut faire à sa place.

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