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      Pourquoi la censure de Bastille Day est-elle une grave erreur ?

      Après le choc colossal dû à l’attentat de Nice, voilà que le terrorisme arrive dans nos salles de cinéma. Ou plutôt non : voilà que le terrorisme est censuré dans nos salles de cinéma ! En effet, suite au drame survenu sur la « promenade des anglais », le distributeur Studiocanal a décidé de retirer le film « Bastille Day » des 237 salles obscures où il devait initialement être projeté. La raison ? « parce-que certains aspects du film ne sont pas en phase avec l’esprit du recueillement national » selon le porte-parole de cette filiale du groupe Canal+.

      Cette excuse du distributeur tient à la coïncidence morbide concernant le scénario de « Bastille Day » et de ses quelques ressemblances avec les tragiques événements récents. Le film traitant d’une jeune française préparant un attentat pour le 14 juillet, il pourrait paraître logique que Studiocanal ait voulu respecter la mémoire des victimes de ces malheureux événements.

      Sauf que non ! Car si cette décision de Studiocanal a été prise pour des motifs tout à fait louables et compréhensibles, elle n’en est pas moins une erreur. Pourquoi ?

      1 – Nous encourageons les terroristes à gagner leur guerre de la censure culturelle :

      Cela peut paraître outrancièrement exagéré et pourtant, la symbolique que représente cette censure est plus lourde de sens qu’elle n’y paraît. Bien que le fait de vouloir protéger les familles des victimes ne soit pas à remettre en cause, la suppression de ce film pourrait avoir des conséquences symboliquement très graves.

      Il y a un an et demi, la France entière scandait en cœur « Je suis Charlie » et hurlait son amour de la liberté d’expression, plus spécialement de la liberté ARTISTIQUE

      Or, en censurant tout un film suite à des attentats, nous ne faisons que donner trop de crédibilité à des terroristes qui n’attendent que ça. Bien sur, il ne s’agit là que d’un film d’action probablement basique et sa suppression n’empêchera pas la création de nouvelles œuvres du même genre.

      Cependant, nous devons nous poser la question suivante :  Devons nous baisser la tête devant leurs actions et laisser notre culture en prendre un coup ? Je ne pense pas !

       

      2 – Les familles doivent cependant être protégées :

      Bien évidemment il ne faut pas se mettre des œillères ! Il est indéniable que les victimes et leurs familles doivent être prises en compte et protégées au maximum. La suppression du film de Nice et des villes alentours paraît donc être une évidence.

      Ainsi, le retrait du film des salles niçoises témoignerait d’une marque de respects vis-à-vis des victimes et des habitants encore sous le choc.

      Néanmoins, la censure sur l’ensemble du territoire français n’est plus de l’ordre de l’hommage mais de l’ordre de la démagogie. Et il serait donc bon que Studiocanal revoit son jugement afin de le tempérer et de ne pas tomber dans l’extrémisme obscurantiste.

      De cette manière, nous trouverions le compromis permettant à la fois de protéger les familles des victimes, tout en conservant notre culture intacte face à la barbarie.

       

      3 – Conclusion :

      Pour finir, je me permets de rappeler que cet article ne remet pas en cause la volonté de protéger les victimes et leurs proches. Je ne peux qu’approuver cette initiative empreinte de respect et d’empathie.

      Ce qui est remis en cause ici, ce sont les conséquences que cela pourrait entraîner et la symbolique que représente cette censure. Nous ne pouvons pas laisser le terrorisme gagner du terrain idéologique.

      Il en va de notre culture, qu’elle soit cinématographique ou autre. Le terrorisme existe, c’est un fait et nous devons l’accepter pour mieux le combattre. Malgré tous les drames survenus depuis un an et demi nous ne devons pas le cacher. Au contraire : il faut rappeler qu’il existe. Montrer de quelle manière les gens deviennent terroristes afin de mieux affronter ce fléau. Et surtout, laisser aux gens le plaisir de constater que ces horreurs arrivent plus souvent dans les salles de cinéma que dans la réalité. Car qu’on le veuille ou non, le visionnage de ces films ont souvent un effet de catharsis sur un public craignant réellement de subir des attaques.

      Nous n’avons pas censuré un Batman car des orphelins risquaient de s’identifier. Nous n’avons pas censuré La Rafle pour protéger les déportés et leurs enfants. Nous n’avons pas censuré Intouchables pour protéger les handicapés. Bien au contraire, les salles de cinéma ont montré que cela existait. Et elles ne doivent pas arrêter.

      Nous sommes un pays de culture, nous sommes un pays d’art, et nous sommes le pays des lumières. Ils ne le méritent pas et ne valent pas la peine que de tels moyens soient mis en œuvre pour censurer tout un film suite à leurs actes.

      Enfin, je tiens à saluer toutes les familles des victimes, les forces de l’ordre et les personnels médicaux qui se battent pour sauver des vies, et qui ont probablement autre chose en tête aujourd’hui que de se soucier du scénario d’un banal film d’action.

      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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