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      Ode aux séries terminées : Buffy contre les vampires

      Buffy contre les vampires, la série de 144 épisodes créée par Joss Whedon et diffusée de 1997 à 2003 est de retour sur le petit écran depuis le 1er février, date à laquelle la chaîne 6ter la rediffuse en version remasterisée HD (version qui, soit dit en passant, avait fait débat chez  les fans les plus aguerris, inquiets à l’idée que leur joyaux ne soit dénaturé). C’est l’occasion pour nous de revenir sur cette série mythique qui reste à mes yeux la plus belle jamais réalisée !

      Tout le monde a sa série préférée, celle qu’on connaît par cœur, qu’on pourrait regarder encore et encore sans que jamais les émotions provoquées n’en soient affectées. Pour moi, c’est Buffy contre les vampires. Il est peut-être pourtant difficile de faire admettre aux autres la qualité intrinsèque de ce petit bijou télévisuel, tant les préjugés sur la série font barrage à sa pleine reconnaissance. Seul un petit bataillon de fans (toutes générations confondues) continue de débattre, d’analyser et de défendre la série sur les forums français officiels (Slayer Revival et Buffy Angel Show), du moins pour ce qui est de la France. En effet, aux Etats-Unis, sa réputation n’a pas décliné en treize ans, et la série est considérée par de nombreux sériephiles comme l’une des meilleures de tous les temps. Dans la geekosphere, son créateur de génie, Joss Whedon, se fait même appeler « God ». Une branche universitaire est même née, les Buffy studies, preuve que la série en a dans le coffre.

      La genèse

      Il est intéressant d’analyser plus en profondeur les raisons d’une telle popularité (et certains cas, d’un tel dédain), mais pour cela, il faudrait faire un retour en arrière sur les origines de la série, dont l’accouchement fut laborieux. En 1992 sort le film Buffy, the Vampire Slayer, réalisé par Fran Rubel Kuzui (future productrice avec son frère de la version TV) avec Kristy Swanson dans le rôle de la Tueuse : au bout du compte, gros fiasco. Le film est un flop total, sorte de teen-movie nanardesque aux relents de Vampire, vous avez dit vampire ? dont le succès est quasi-nul. Joss Whedon, alors scénariste du projet, pointe du doigt la réalisatrice qui aurait dénaturé son scénario pour rendre le tout plus comique et accessible.

      Quatre ans plus tard, Joss Whedon est de retour, bien prêt à faire enfin aboutir son projet. Il obtient raison auprès de la WB Chanel (future CW), que la série quittera aux termes de sa quatrième saison pour passer sur la chaîne UPN, suite à des désaccords entre auteurs et diffuseurs. Passionné de comics, Joss Whedon tire son inspiration des héros de son enfance pour créer le personnage de Buffy Summers, valley-girl surpuissante qu’il associe à Kitty Pryde (héroïne de X-Men).

      Je voulais qu’elle soit une héroïne qui existerait dans l’esprit des gens comme Wonder Woman ou Spider Man, qu’on en fasse une poupée ou une figurine. Je voulais une Barbie avec des prises de Kung Fu, qu’elle pénètre la conscience collective et l’imaginaire des enfants, qu’elle soit un phénomène culturel.

      Atterré par les rôles généralement attribués aux personnages féminins dans les films d’horreur, et particulièrement les slashers, Whedon entreprend de changer la donne, et d’inverser les rôles : la blonde insignifiante qui se fait tuer au bout d’une allée sombre, continuera à coucher librement, après avoir tué le monstre. Il donne ainsi à Buffy l’apparence de la screaming-girl typique, mais pas la culpabilisation sexuelle. Cette fois-ci, elle n’est plus traquée, mais traqueuse.

      Fortement inspiré par les films d’exploitation, des séries B ou Z, Whedon attribue un titre volontairement dérisoire à son œuvre (il disait qu’il était impossible de prendre le nom Buffy au sérieux et que c’était la raison de son choix) et lui en inculque l’esthétique : des monstres en carton-pâte, à la limite du kitsch, et des vampires d’une laideur absolue.

      In every generation, there is a Chosen One

      Pendant sept saisons, Whedon et sa bande de scénaristes narrent l’histoire de Buffy Summers, nouvelle héritière du statut de Tueuse, dont le but est d’éliminer les forces du mal et autres créatures de l’Enfer. Dès qu’une Tueuse est tuée, une autre est activée.

      Âgée de seize ans au début de la série, Buffy emménage dans la petite ville fictive de Sunnydale, en Californie. Elle intègre le lycée local, situé pile au-dessus de la Bocca del infierno / Hellmouth, et y fait la rencontre d’une bande d’amis renommée le Scooby-gang, qui l’accompagne dans sa lutte. Pendant sept ans, on les verra s’ajuster à leur rôle, grandir, accepter leurs responsabilités, souffrir, aimer, évoluer. Vivre.

      buffy cast

      Si la saison 1 présente quelques stand-alone au mécanisme semblable (un monstre différent à éliminer à chaque fois), et bien que les arcs narratifs changent d’une saison à l’autre (chaque saison possède son propre Big Bad), la série dans son ensemble présente un seul et même arc cohérent, développé en filigrane pour mener à un point d’orgue dans un épisode final époustouflant et bouleversant.

      Whedon a la particularité d’accorder une importance méticuleuse à chacun de ses personnages, presque irreconnaissables entre la première et dernière saison. Il dessine un monde nuancé, anti-manichéen, où personne n’est jamais tout blanc ou tout noir, et où chacun a le droit de commettre des erreurs, tant qu’il prouve qu’il est capable de changer. Personne n’est jamais prédéfini.

      Les grands thèmes

      Buffy est l’emblème-même de la série féministe, et son personnage éponyme une icône. Whedon a redonné vie aux personnages féminins forts, et l’on peut-être sûr que de nombreuses séries actuelles avec des personnages féminins centraux n’existeraient pas de la même manière sans Buffy. Il a humanisé ces personnages habituellement réduits à des rôles de side-kicks embarrassants, potiches, ou faire-valoirs, demoiselles en détresse ou femmes fatales, pour en faire des role models inspirants.

      Buffy, Willow ou encore Faith sont admirables parce qu’elles renversent les codes, allient des caractéristiques féminines et des caractéristiques masculines qui ne sont pas réduites à leur genre : elles sont imparfaites, car humaines. Ni idéalisées, ni sous-estimées, juste réelles. Indépendantes, intelligentes, puissantes, elles ont le sens du leadership mais n’en demeurent pas moins des personnages émotionnellement complexes.

      Pour moi, Buffy contre les vampires est une série profondément existentialiste : tout le monde peut devenir cebuffy qu’il souhaite devenir, en s’affranchissant de tout ce qui pourrait les en empêcher. Elle traite de problèmes adolescents; tels que les conflits intra-familiaux, l’effet de groupe, la solitude, la sexualité; de problèmes existentiels, autour de la notion d’identité, d’individualité, d’émancipation; mais aussi de dépression, de mort (The Body est le plus bel épisode jamais réalisé), de l’addiction, de justice, des responsabilités qu’apportent le pouvoir. Et plus encore, qui bouleversent parce qu’ils nous touchent directement. Parce que le fantastique n’est qu’une couche qu’il faut gratter pour en découvrir toute la substantifique moelle. Que chaque mythe évoqué n’est qu’une illustration de la vie réelle.

      Et que si Buffy nous a bien appris une chose, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

       

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