NWA : Straight Outta Compton

« N.W.A : Straight Outta Compton » a été une des grandes surprises estivales de cette année aux USA. Le long métrage produit entre autres par Dr Dre et Ice Cube raconte leurs propres histoires, la genèse de leur mythique groupe NWA, acronyme de « Niggaz With Attitudes ».

La naissance d’un groupe légendaire

NWA était un groupe de rap actif entre 1986 et 1991 puis entre 1998 et 2002. Originaire de Compton (une banlieue sud de Los Angeles ), il était notamment composé de Dr Dre, Easy E et Ice Cube, des rappeurs aujourd’hui réputés, adulés, incontestés et véritablement précurseurs de leur époque. NWA a popularisé le « gangsta rap », un rap violent, hardcore, aux textes crus et vulgaires. Le groupe est longtemps sujet à des controverses en raison de cette indécence textuelle qui leur est si caractéristique. Le groupe a écrit et interprété des chansons incitant à la révolte, à la violence. Des titres que le gouvernement a tenté de censurer, un groupe que l’on a cherché à museler. NWA était un exemple de véritable liberté d’expression. Grâce à une instrumentale absolument exceptionnelle, le groupe a réussi à percer au grand public à la recherche de sensations fortes. Les textes chocs, leur franc parlé ont séduit tout une partie de la population et ce groupe de soit disant délinquants a créé une révolution artistique totale. Dr Dre grand nom du groupe a par la suite aidé les plus grands à se lancer, de Snoop Dog à TuPac en passant par Eminem ou Kendrick Lamar. Chaque grand rappeur contemporain a un jour ou l’autre travaillé en collaboration avec Dr Dre. NWA fut censuré par le gouvernement, il est interdit d’antenne par de nombreuses radios américaines parfois même interdit de concert.

La reconnaissance artistique ne leur est attribuée que des années plus tard. Leur premier album « Straight Outta Compton » sort en août 1988. Un album qui a retourné les foules et rendu le gouvernement complètement fou. Dr Dre et DJ Yella composent le rythme de chaque chanson, Ice Cube et MC Ren s’occupent de l’écriture. Finalement, c’est cette nature musicale si tabou qui attira les foules et qui permit à NWA de se faire sa propre identité et d’offrir des sons encore inédits.

NWA
Une première partie doucement majestueuse

Le long métrage est découpé en deux parties. Après une scène d’ouverture mouvementée, le réalisateur Gary Gray, une fois le générique passé, présente le personnage de Dre écoutant du rap allongé sur le sol de sa chambre. Filmé de manière calme, une image en légère lévitation apparaît, portée par un son des plus musicales, un doux rap instrumental. Cette scène de présentation est l’illustration du zen par excellence et la première partie du film se basera sur ce style. La première moitié du long métrage apparaît comme une sorte de rêve éveillé. Le réalisateur présente ses personnages avec brio, une simple écriture stylisée indiquant leur noms et voila que le spectateur se retrouve en présence de la totalité des NWA. Le spectateur y découvre la vie à Compton, il y découvre des individus plein d’ambition, de passion, d’effervescence. F Gary Gray transmet la passion du rap. Dans « NWA », le rap est mythique, voir même mystique, une véritable divinité qu’il faut dompter, contrôler, transmettre. La caméra flotte le temps de quelques secondes, comme si celle-ci était stoppée, bloquée dans le temps, mais qui pourtant continue à exister grâce aux musiques douces de rap qui l’accompagnent. Le spectateur plane, phase, se retrouve en adoration devant les passages rapés, étonnamment peu présents, mais véritables pépites auditives. Lorsque les interprètes poussent de la voix, le temps s’arrête. Le spectateur se retrouve transporté dans une nouvelle dimension, un lieu dangereux et pourtant si attrayant. Le spectateur assiste à la monté de ces artistes, à la découverte de leurs talents, mais aussi à la création d’un groupe de légendes. Le metteur en scène montre avec quelle complicité ces artistes, ces potes, créent leurs sons, leurs musiques, leurs œuvres.

NWA
Le réalisateur s’attarde aussi sur le statu des afro-américains aux USA à la fin du XXème siècle. Il dénonce les abus que se permettent les policiers américains sur les noirs. Il tire le portrait d’une Amérique en changement, il présente l’injustice que subissent les noirs et à quel point ces derniers sont à bout. Sans porter véritablement de jugement, Gray présente la situation de l’époque, il montre les tensions existantes entre la police et le peuple afro-américains. NWA devenait l’étendard d’une révolte, d’une manifestation contre ces abus et des injustes prérogatives gouvernementales. NWA devenait la voix d’un peuple en colère, un cri dans le bruit, un stop contre toute cette violence futile et inutile.

 

Une lente perversion

La seconde partie apparaît plus sombre, plus violente, moins sereine. Le rêve idéal se termine. Le réalisateur ne semble rien omettre, il apparaît que celui-ci présente les relations des membres du groupe avec fidélité. Leurs relations se détériorent, les tensions, les doutes apparaissent alors que les rapports de force se font sentir, alors que les trahisons surviennent. Le petit groupe de Compton n’est plus, il est remplacé par des individus à la recherche de l’argent. Ice Cube se méfie de leur manager. Les tensions explosent, les relations s’effritent, s’étiolent, le groupe finit par être dissous et leurs parcours divergent. Gray tire un portrait apparemment très objectif, neutre. Il présente la perversion qu’entraine indéniablement la célébrité, l’artiste perdant toute notion de la réalité. Ainsi la réalisation est plus sombre, plus viscérale, d’avantage brutale. Le rêve se transforme peu à peu en cauchemar. Cependant les personnages s’affirment réellement.
Les interprètes sont tous fabuleux, jouant leurs personnages avec beaucoup de talent. Le spectateur a tout simplement l’impression de voir les véritables artistes sous ses yeux. Le casting est parfait, Paul Giamatti en seul tête d’affiche est quant à lui une fois de plus très convaincant.

Ice Cube

Ainsi « N.W.A : Staright Outta Compton » est une véritable immersion dans le monde du rap. Une lente et puissante découverte de cet art pour les néophytes, une somptueuse et terrible balade pour les connaisseurs. De la petite ville de Compton où l’on découvre Dre, le réalisateur nous emmène avec lui aux confins de la célébrité aux côtés de ces artistes devenus légendes pour le meilleur et le pire. Une réussite totale.

Bande-annonce

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