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      New Order : nouvel album, tournée et rétrospective

      Putain, 10 ans ! Cela fait autant de temps que l’on a pas eu de nouvelles des Mancuniens. New Order en 2015, c’est toujours la voix de Bernard Sumner. Ce dernier avait pris les rennes du groupe Joy Division, rebaptisé après le suicide du chanteur Ian Curtis à seulement 23 ans. Et quel bonheur (enfin le dernier album, pas le suicide) ! Des featurings impressionnant (Iggy Pop, Chemical Brothers, La Roux…), des morceaux sonnant déjà comme des classiques tout autant qu’ils respirent le présent. La génération post-punk ne veut pas être des dinosaures et veut rester artistement et spirituellement vivant. Rétrospective et écoute.

      New Order
      New Order

      1977 : Bernard Albrecht et Peter Hook sont bluffés par la déferlante punk, et embauchent Ian Curtis comme chanteur. A l’époque, les post baby-boomers artistes fauchés connaissent la désolation, lorsqu’ils découvrent qu’il n’y a rien d’autres dans ce monde que le rock à papa de Genesis et des Rolling Stones et la société de consommation. Par ailleurs, avec la crise naissante, on doit se battre à nouveau pour nos droits. Mués dans ce contexte par le chanteur torturé Ian Curtis, ils fondent alors leur premier groupe Warsaw : le chanteur est ému par le titre instrumental Warszawa de David Bowie. Mais ils doivent changer de nom pour des problèmes de droits d’auteur : le groupe, très porté sur la tendance autodestructrice de la condition humaine, va alors opter pour Joy Division, en référence à la « division de la joie », qui pendant la seconde guerre mondiale était des prostitués qui étaient vendues auprès des SS dans les camps de concentration. L’ambiance des 2 albums officiels « Uknown Pleasures » et « Closer » (de nombreuses face B et live ont été édités ensuite) oscille alors entre post-punk aigre-dur et compositions d’écorché-vifs, donnant des moments de tension incroyable et fascinante, en studio comme sur scène.  Ian semble se battre sur chaque note chantée contre ses démons, lui qui doit supporter des crises d’épilepsie régulières. Jusqu’à ce qu’il abdique un jour de mai 1980, la corde au cou, la veille de leur première tournée américaine. La guitare typique de New Order s’est tout de même construite et subsiste jusqu’à nos jours.

      Rebaptisé tout de suite après « New Order« , le groupe produit ensuite l’album qui suit « Movement » en 1981, qui voit la venue de Bernard Sumner au chant, et essaye d’imiter la voix de Ian à la tonalité près. Des pièces d’une noirceur splendide, où la musique de feu Joy Division sort une dernière fois, sans l’urgence ni la frénésie du chanteur défunt. Un album-testament majeur, à la grandeur sous-estimée, avec des digressions instrumentales post-punk, gothique et précurseurs de l’électronique.

      Plus, on avance dans les années 80, plus l’influence obscure de Ian s’éloigne : la voix du remplaçant Bernard Sumner est plus aiguë dans « Power Corruption & Lies« , album sensiblement moins triste. « Your Silent Face » confirme la tournure plus électro du groupe,  il y a du Kraftwerk pour les sources, du Brian Eno pour l’inspiration, et du Jesus and the Mary Chain avant même leur début. Un formidable hymne ambiant-pop à la langueur irrésistible :

      « Low-Life » en 1985 voit un  Bernard Sumner méconnaissable et un style résolument plus électro-pop, et les chansons plus sages, plus positives. On commence sérieusement à bouger les hanches, d’autant plus que le groupe s’intéresse également à la mouvance dance naissante (les Pet Shop Boys ne sont pas très loin). Avec « Brotherhood » et «  »Technique« , c’est le summum de leur métamorphose et la symbiose parfaite de la génération 80’s à Man(Mad)chester, en Angleterre et en général, dans laquelle participent  également allègrement les Happy Mondays, The Cure et Primal Scream.

      Après une grosse traversée du désert durant les années 90, New Order revient en 2001 avec « Get Ready » et son tube « Crystal » : pas de nouveau baptême, mais plutôt une baisse de régime. Malgré des exceptions notables dans l’autre album de cette décennie 2000 (2005, « Waiting for the Sirens’ Call« ), New Order persiste et signe, mais la plume a un peu terni, et le groupe meurt lentement, le goût du risque n »étant plus trop leur tasse de thé. Après que Peter Hook, le bassiste originel du groupe, quitte le groupe en 2011 suite à des tensions avec le chanteur Bernard Sumner, le groupe veut se refondre autour de d’autres artistes et admirateurs pour composer « Music Complete« . Le premier titre « Restless » évoque un retour aux sources (des mélodies qui rappellent celles de leurs fraicheur 80s). Le reste contient également cette tonalité juvénile, alors que les arrangements derrière reçoivent un petit coup de pied au c… pour doper le groupe aux influences des années 2010. Les Chemical Brothers sur « Singularity » s’en donnent assez goulument, La Roux pour l’électro pop féminine d’aujourd’hui, et Brandon Flowers des Kills pour le rock rugueux (qui date de 15 ans quand même)… Et Iggy Pop, clin d’oeil très sympa sur « Stray Dog » (« Chien errant »). Surprenant titre, sur lequel la flegme inquiétante et surannée du punk quasi septuagénaire (Iggy parle sans une note) se déploie par dessus une ambiance digitale rapide et légèrement anxiogène. Lui et ses Stooges chantait « I wanna be your dog » en 1969, quand les membres du groupe étaient encore enfants : il se complait en 2015 dans son allure crade et vieillissante. Sympa aussi quand on sait que dans « Movement », New Order, les déjà ex-post-punk, empruntait la ligne de basse de cette même chanson dans « ICB »… La boucle est bouclée?

      New Order sera au Casino de Paris le 04 novembre 2015, également à Bruxelles le le 6 novembre et le 16 novembre à Londres.

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