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      Nanar Games : The Order 1886

      C’est un fait, les nanars sont à la mode pour les fans de septième art. Certains films surfent même allègrement sur la vague comme le bien connu Sharknado qui vient de sortir son 3ème opus alors qu’on se demande bien comment le premier a pu exister ! A la base, qu’est-ce que le nanar ? C’est un mauvais film que l’on peut considérer comme sympathique grâce aux fous rires dont il nous gratifie, bien involontairement. Oui car le nanar fait rire, cela passe bien souvent par un manque de moyens manifeste qui pousse le réalisateur à utiliser de système D parfois hallucinant. Drôle mais nécessaire pour pallier le budget avoisinant le PIB du Kazakhstan. Pour les jeux vidéo c’est un tantinet différent. En effet, comment savoir si un jeu est un nanar ou pas ? Les goûts et les couleurs fluctuent tellement que certains n’hésiteront pas à qualifier Metal Gear Solid V de « sombre bouse » juste parce qu’ils en ont marre de lire partout que c’est le jeu de l’année voire du siècle (et comme je les comprends, j’ai vécu ça avec GTA V). Donc quels seraient les critères pour déterminer le coefficient nanardesque d’un jeu ? Pour y répondre, nous allons examiner un cas d’école qui prouve que pour le jeu vidéo, le budget n’est pas forcément un bon critère. Beaucoup de petites productions fauchées accèdent vite au rang de chef-d’oeuvre vu la cote des jeux indés en ce moment. En revanche, une production gros budget peut faire rire beaucoup de joueurs tellement les ambitions de bases ont été coulées par un service minimum extrêmement flagrant. Et quand le nanar à gros budget en question est une exclu PS4, l’effet en est autrement plus drôle. Voilà pourquoi le premier épisode de notre nouvelle chronique Nanar Games sera consacrée à The Order 1886.

      Oh que c’est beau !

      Certains joueurs (enfin spectateurs) défendent encore The Order 1886 et lui trouvent des qualités assez variées. En général, ils disent que le jeu est vraiment très beau, que bon ok il est court, que le gameplay (quand il y en a) est assez répétitif et archi connu, mais que c’est beau quoi ! Ah mais attendez, ça fait qu’une qualité ça ! D’accord, donc avant de rire tous ensemble, admettons le une bonne fois pour toute : oui, c’est beau. C’est tellement travaillé d’ailleurs qu’on en vient parfois à des phases où l’on doit examiner un objet dans tous les sens juste pour voir à quel point c’est bien modélisé et que les effets de reflet sont excellents. Pourquoi Galahad examine-t-il une flasque en argent dans tous les sens ? Je cherche encore la réponse, peut-être essayait-il de se brûler la rétine avec le reflet pour devenir aveugle et prendre sa retraite ? Je ne sais pas mais c’est beau quoi ! Les environnements ont, quant à eux, le mérite d’être beaux (tiens original) et variés. C’est bien, c’est bien. Bon cela aurait peut-être été mieux si on n’avait pas dû tout traverser en ligne droite. Pas de problème pour ceux qui n’ont pas le sens de l’orientation : si vous êtes perdu, utilisez la touche R3 et un pointeur vous indiquera la direction. Si seulement ça existait dans la vraie vie !

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       »Mmmm… Cette montre est tellement bien faite que je vais l’observer pendant 5 minutes ».

      L’ordre de la moustache peignée

      Je sais que nombre de blagues ont déjà circulé sur le net concernant la moustache de Galahad, mais ne m’en voulez pas, c’est indémodable. On commence donc le jeu dans une bassine d’eau. Oui c’est épique. Notre tête est donc maintenue dans l’eau par de sinistres individus. On s’évade suite à un QTE version moderne, vous savez ceux où l’on a une touche à appuyer, et qui donne environ 20 secondes pour analyser la situation, repérer la touche, et appuyer dessus. J’ai pu lire sur certains sites que les QTE étaient bien rythmés et impardonnables. Ceux-là n’ont jamais dû jouer à Shenmue, ou pire encore, à Dragon’s Lair ! Enfin bref, on s’enfuit et on se rend vite compte qu’on va avoir droit à deux gros clichés de films à gros budget : le scénario qui commence par la fin avant de revenir au début par la magie d’un flashback géant, et le héros devenu solitaire malgré lui car s’étant retrouvé opposé à sa propre organisation. Mmm ok, champagne ! Après sans rentrer dans les détails du scénario, je préfère préciser d’emblée que son coefficient nanardesque est assez faible. Je l’accorde le scénario n’est pas mauvais en soi, on a juste l’impression d’avoir vu ça un million de fois dans les films à gros budget genre Underworld (d’ailleurs il y a d’énormes similitudes entre les ressorts narratifs des deux histoires). Le tout étant renforcé par un univers qui aurait pu avoir méchamment de la gueule, mais qui semble assez peu important tant il n’est pas développé.

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       »Bonjour beau moustachu. Viens donc t’asseoir ».

      Attention : l’utilisation de The Order 1886 peut provoquer des effets de somnolence. Veuillez contacter votre médecin traitant.

      On arrive donc à ce qui fait la force nanarde de The Order 1886. Les développeurs, Ready at Dawn, ne s’en sont pas cachés : ils voulaient réaliser le mélange ultime entre le jeu vidéo et le cinéma. Sur le papier, c’est presque réussi puisque le résultat ne se rapproche réellement d’aucun des deux arts. La plupart du temps, on traverse des environnements couloirs assez vides en attendant de tomber sur quelque chose. Des caisses posées à l’arrache au centre de la pièce ? Gunfight en vue ! Vous vous mettez à couvert et guettez le bon timing pour tirer à votre tour. C’est du Tps pas mauvais, mais diablement classique.  Parfois, vous arrivez dans une salle où Galaad se met à marcher. Cette fois-ci, phase d’exploration où il s’agira de trouver des beaux objets à inspecter dans tous les sens, ou des documents assez inutiles qui serviront de « preuves ». Votre avatar a l’air de s’extasier devant la moindre feuille qu’il inspecte, mais le joueur, concrètement, se retrouvera juste devant des listes de courses ou des lettres illisibles de conspirateurs qui n’ont même pas été retranscrites de façon claire. Faux rythmes, scénario cliché, 16 chapitres dont plus de la moitié sont des cinématiques vaguement interactives, le joueur ne peut que constater le décalage entre l’ambition dantesque de base et le résultat final, et c’est bien ce décalage particulier qui renforce considérablement l’effet nanar. Malgré tout, le joueur peut juste retenir la seule qualité de The Order 1886 : c’est beau. Au final on en fera le tour en 5 heures si on prend son temps, on ne sera que rarement mis en danger quelle que soit la difficulté choisie, aucun défi, aucune rejouabilité, merci bien d’avoir dépensé 70 euros, on se paye même le luxe de faire une fin semi-ouverte racoleuse digne d’un blockbuster cinématographique, qui a le mauvais goût de laisser présager une suite.

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      « Il n’y a rien à faire dans cette rue. Observons à quel point ce stand de légumes est bien modélisé ».

      Il n’y a que peu de choses à dire sur The Order 1886. On aurait pu peut-être insister sur les bons côtés comme l’originalité des armes, mais on aurait pu aussi insister sur les mauvais comme les combats inutiles et scriptés contre les lycans, ou encore le boss de fin qui s’affronte en QTE, mais franchement, est ce utile d’en remettre une couche ? Commencer Nanar games par un nanar à gros budget, c’est un pari risqué tant certains joueurs vont retenir la forme et clamer haut et fort que ce n’est pas si nul que ça, mais si on analyse objectivement le fond, on se rendra compte de sa vacuité infinie. Cela ne ressemble ni à un film ni à un jeu vidéo. De plus, qu’on ne me dise pas que ça n’a jamais été fait avant. Quantic Dream, et notamment un certain David Cage, se sont illustré bien mieux que ça à l’expérience. Prenons Heavy Rain : là aussi des QTE, là aussi des beaux graphismes, là aussi le côté film interactif, mais tellement plus de qualités. Après forcément on aime on on aime pas. Au moins, The Order 1886 aura eu au moins comme mérite de faire se poser certaines questions aux joueurs : qu’est-ce qu’un jeu vidéo ? qu’est-ce qu’on en attend ? payer un faux film interactif vide 70 euros n’est-ce pas une arnaque ? Y aura-t-il un peigne à moustache dans l’édition collector de l’éventuel deuxième opus ? Je suis sûr que vous avez toutes ces réponses autant que moi ! (sauf pour le peigne à moustache, cela restera un mystère !). Allez, pour le prochain épisode de Nanar games, promis, on laisse tranquille Sony et on table sur un truc encore plus honteux. Sérieusement, ça existe, et de loin !

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      5 heures pour l’avoir ? Décidément, le Graal, ce n’est pu ce que c’était…

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