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      Must See #2 : « L’Armée des 12 Singes »

      70124Voici venu le deuxième Must See. Pour ceux qui ne connaissent pas encore le principe et qui veulent le découvrir, je vous invite à lire le premier article de cette rubrique. Pour l’heure, intéressons-nous à un tout autre genre de film. Cette fois-ci, vous avez certainement plus de chance d’avoir vu ce film du fait de son ancienneté, son réalisateur et son casting. Terry Giliam que vous connaissez peut-être pour Brazil ou Sacré Graal, est le réalisateur de L’Armée des 12 Singes. Film sorti en 1996 et qui a su conquérir le grand public, on y découvre Bruce Willis et Brad Pitt en têtes d’affiche pour leur seule et unique collaboration. Synopsis : Nous sommes en l’an 2035. Les quelques milliers d’habitants qui restent sur notre planète sont contraints de vivre sous terre. La surface du globe est devenue inhabitable à la suite d’un virus ayant décimé 99% de la population. Les survivants mettent tous leurs espoirs dans un voyage à travers le temps pour découvrir les causes de la catastrophe et la prévenir. James Cole, hanté depuis des années par une image incompréhensible, est désigné pour cette mission.

      Inspiré d’un autre film

      Plaçons les choses dans leur contexte : L’Armée des 12 Singes est inspiré du roman photo La Jetée, réalisé par Chris Marker en 1962. Le film est composé de photos, pendant qu’une voix off raconte l’histoire d’un personnage voyageant à travers le temps pour tenter d’aider son présent. Il est bon de rappeler l’importance de La Jetée de Marker dans l’histoire du cinéma. Il faut savoir que ce film est très mis en valeur critique-la-jetee-marker8par la plupart des critiques, car il développe de nombreux aspects concernant le montage du cinéma. Ce court métrage a beau être un roman photo, le montage donne un rythme fragmenté, laissant parfois une impression de ralenti filmique. L’Armée des 12 singes, se montre particulièrement fidèle au film de Marker. Je ne parle pas du scénario, qui diffère par endroit, mais de son rapport au montage qui apporte de nombreux éléments au film. Les souvenirs du personnage principal, présents dans les deux films, sont montés de manière bien particulière : ralenti filmique, flou, surexposition des couleurs.

      Une société en déclin

      Mais revenons au principal sujet de notre étude : L’Armée des 12 singes. Oubliez vos conceptions linéaires du temps ! Ici, passé, présent et futur ne font qu’un. Nos repères volent en éclat dans un univers désolé et affaibli par le désir de retrouver le passé. Même si le passé est la priorité durant ces 2 heures 11 minutes de film, le futur et son décor souterrain ne cessent de poursuivre nos protagonistes. En effet, qu’ils soient en 1917, 1990, ou 1996, la ville, le décor ont toujours l’air délabrés ou à l’abandon, déchirés par le temps. On notera également la période de l’année : Noël, période froide, mais surtout durant laquelle la société de consommation est à son paroxysme. Jusque dans un futur apocalyptique, James part trouver des échantillons dans une grande surface en ruine. Ce genre d’éléments nous montre que Cole voyage dans une société déjà morte, et il ne cesse de le répéter : “c’est déjà arrivé”. 

      Dans cette société en déclin vit une micro-société : l’asile des fous. A son arrivée dans le passé, James se retrouve enfermé à cause de ses explications farfelues sur un futur apocalyptique. Cette micro-société que Gilliam installe garde les traits de la société en général : Bruce Willis, Brad Pitt *** Local Caption *** Titre original : Twelve Monkeys Réalisateur : Terry Gilliam Date de sortie France : 28 février 1996un décor délabré et l’évocation de la société de consommation. C’est à ce moment là que s’introduit l’incroyable performance de Brad Pitt alias Jeffrey Goines. Ce dernier est le fils d’un savant travaillant sur les virus (coïncidence !). Durant cette partie où James est à l’asile, Jeffrey ne cessera de le bombarder d’informations concernant les médias en lui disant qu’ils le manipulent. Pendant ces multiples trips démentiels où Brad Pitt louche à moitié sur un Bruce Willis baveux, Gilliam peint une société de consommation, affalée devant la télé, gavée de spots publicitaires et dessins animés pour enfants.

      Une société future effacée

      Le film nous montre volontairement peu de choses de l’humanité qui vit désormais sous terre. Les seuls éléments montrés sont la prison dans laquelle on vient chercher Cole, et la salle où ce dernier s’entretient avec le groupe de scientifiques. Ce choix est purement délibéré puisque la société dans laquelle vit initialement Cole est illustrée par ce groupe de savants. Explications. Dans les dernières scènes du film (Attention spoilers), un des chercheurs travaillant avec le père de Jeffrey Goines est sur le point de répandre le virus mortel et se retrouve dans un avion à côté d’une femme. On la reconnait immédiatement comme faisant partie du groupe de scientifiques ayant affaire à Cole. Or dans cette scène, elle se présente en annonçant qu’elle travaille dans les assurances. Gilliam montre donc que cette nouvelle société a « recyclé » les êtres humains. La propagation du virus a engendré un nouveau départ pour l’humanité, les amenant à modifier totalement leur profession pour le bien de cette nouvelle communauté. Cependant, dans ce qui nous est montré de la vie souterraine, les seuls personnages que l’on voit sont ces savants qui restent très effacés. Aucun d’eux n’est nommé, travaillé en profondeur, et ils 12-singes-04apparaissent morcelés sur cette boule géante faite d’écrans, comme s’ils étaient une seule et même personne : la société actuelle. Pour résumer, ce groupe de scientifique illustre cette nouvelle civilisation. Chaque personne avait un travail dans l’ancien monde, mais a dû se réorienter pour obtenir une place dans ce nouveau monde. Dans cette image de recyclage, Cole lui même rejoint cette catégorie. Il est simplement un prisonnier qu’on envoie dans le passé pour élucider le plus gros meurtre de masse jamais effectué.

      En soit, L’Armée des 12 Singes pourrait être un film où on profite purement de l’histoire, en se laissant abandonner dans les limbes du temps suivant ce personnage traversant les époques. Mais si on creuse suffisamment, on découvre que le film trace quelque chose de plus engagé. Dans son désir de reproduire la société des années 90, Gilliam critique cette société qui s’engage progressivement dans le déclin. Cette décennie marque l’aube des plus grandes avancées technologiques et du fondement de la société de consommation et il en fait son sujet principal.

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