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      Matt Elliott en concert dans le cadre du festival Au Fil des Voix

      Pour sa 9 ème édition, le festival qui se propose de faire découvrir des musiques du monde à travers leurs voix a invité l’anglais Matt Elliott, à l’occasion de la sortie prochaine de « The Calm Before ». Ce chanteur de folk, également friand d’électro via son side project Third Eye Foundation, va brasser dans pas mal d’influences de musiques traditionnelles européennes pour arranger ses splendides et sombres ballades hantées. Petite retrospective sur Just Focus.

      Au début, Third Eye Foundation

      Third Eye Fondation

      Né à Brsitol, Matt Elliott a d’abord officié en tant que bidouilleur électronique avec son projet Third Eye Foundation, à l’aube des années 2000. Tout juste sorti d’une expérience post-rock avec Movitone et Flying Saucer Attack, il va pouvoir trouver matière à développer ses tendances dark et mystérieuses à travers ces roulements bouclés de type drum’n bass. Mais l’influence de cette musique très « party-friendly » s’arrête là, puisque lesdits rythmes, plutôt que de faire penser au dancefloor, passent par la moulinette de l’esprit torturé de l’artiste, et deviennent plutôt des saccades assez flippés, accompagnés de samples empruntant à des chants divers, des Balkans, de Géorgie, du classique moyenâgeux. La mélancolie va aussi battre de l’aile grâce à des nappes mélodieuses, faites des jeux inversés de cordes, violons, percussions, basses et son non identifiés, joués « à l’envers », triturés par des compresseurs et autres limiteurs audio. Point n’est question de techno ici, mais plutôt de cet art trans-genre de jouer des boucles préenregistrées, tel que les Beatles ont pu le faire en premier en 1966 dans le titre « Tomorrow Never Knows », révélateur de la consommation de LSD de l’époque (qui sera remplacée chez Matt par sa consommation de corticoïdes, à en croire cette interview). Ca donne un truc assez fascinant, pas trop descriptible, un brouhaha intense et émouvant, pour ce qui en résulte : une harmonie spectrale et hypnotique.

      La carrière solo : « The Mess We Made » et les 3 « Songs »

      The Mess We Maid

      2003, Matt Elliott enregistre sous son seul nom, et va entamer une carrière solo dans le sillon de ses précédents opus, avec « The Mess We Made ». Moins de boucles électro pour cette musique visqueuse, sous-marine, ou la voix du chanteur est encore trop timide pour se révéler entière. Elle est à peine identifiable, cachée sous des triples effets  compressés et digitaux. Les instruments sont légion chez Matt, on y entend dès l’intro « Let Us Break » carillons, cor de chasse, guitare, violons, dans des ritournelles chaloupées et naïfs. On touche littéralement à du cristal lorsqu’on écoute « Also Ran », avec sa suite d’arpège fragile de toute beauté, sur des paroles qui elles sont d’une certaine noirceur (« I can’t wait for you to die » nous chante-t-il à propos de son père – c’est en tout cas ce qu’il commente sur son profil Facebook). Quand « The Dog Beneath The Skin » passerait tranquille pour une marche funèbre, avec son piano glaçant, « Cotard’s Syndrome » va proposer un exercice de style tout en boucles de guitares aigües et de cuivres lointains et fuyants. Sans qu’on termine avec un splendide canon à cordes, « 40 days », où la simplicité va forger ce qui sera chez Matt un modèle pour ses futurs chansons : des enchainements d’accords mineurs évidents pour une belle déflagration de ses mélodies.

      Sa suite des « Songs » (« Drinking Songs », « Failing Songs » et « Howling Songs », 3 albums sortis entre 2005 et 2008) contiennent les titres où la voix de Matt Elliott va pouvoir se révéler. Progressivement. La complainte « What’s Wrong », extraite de « Drinking Songs », contient au moins 4 voix audibles (probablement toutes les siennes) , comme une chorale. Ces chants masculins apparaissent au fur et à mesure, entre plusieurs longues virées inquiétantes, s’aventurant vers des boucles lancinantes d’arpèges  (« The Kursk’) ou de piano (« What The Fuck Am I Doing On This Battlefield ? »). « Failing Songs » fait la part belle à l’acoustique, la mystérieuse « chorale » est désormais partout, pour un album limpide et chaud, lorgnant vers des sonorités de l’Europe de l’Est, évoquant les chants yiddish ou la musique des Balkans. Les chansons de Matt Elliott laissent pantois quant à leur puissance à évoquer une image étrange de la souffrance,car cette dernière en ressort gracieuse et précieuse (exemple dans « Borken Bones »). La contradiction est reine dans ces chansons, où leur aspect glorieux évoque paradoxalement le bannissement et la désolation. Dans « Howling Songs », Matt se fait enfin entendre seul, les arrangements se font plus sobres, moins retouchés. La nudité artistique remplace le baroque désespéré des 2 « Songs » précédents par une démarche plus personnelle et plus spontanée, le tout avec quelques touches flamenco et hispaniques.

      Matt Elliott dans les années 2010

      Broken Man

      Après un petit reboot de son side project « Third Eye Foundation » et l’album « The Dark », Matt Elliott sort ensuite l’écarlate « The Broken Man » en 2012, peut-être son album le plus dur, dans son constat permanent et inconsolable de la misère humaine. C’est le sens du bouleversant « Dust Flesh and Bones » – « en chair et en os » en anglais », l’existentialisme magnifiquement mis en musique, troublant aveu d’une insupportable solitude. 2013 voit la sortie du dernier album en date « Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart », une série de ballades simplifiées dans leur forme, et dans leur charge émotionnelle. Matt renoue avec la sobriété de « Failing Songs » et s’offre notamment ce « I Would Have Woken You With This Song », une pépite insturmentale « de chambre », ou un violoncelle complice va ponctuer la guitare de Matt Elliott, plus émancipée que jamais, tout comme sa voix. Le festival qui met cet organe humain à l’honneur vient à point nommé.

      Le vendredi 5 février 2016 à l’Alhambra à Paris, en compagnie de Gabby Young & other animals.

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